Bonjour, nous sommes le 18/10/2019 et il est 08 h 19.





IN MEMORIAM

 

A ma très chère et tendre Maman Elisabeth Ondja ;

A mon frère John Kawatshomba;

Au professeur Mulamba Shondo Joseph.

 

DEDICACE

 

A notre père DIHONGA TSHOMBA, Jean pour d’innombrables bienfaits moraux, matériels et pécuniaires ; et pour tant de sacrifices consentis durant nos études, souvenirs inoubliables de notre vie. 

 

REMERCIEMENTS

 

Au soir de notre deuxième cycle, il nous a été demandé de produire un travail à caractère scientifique. Tous nos sincères remerciements à Dieu le Tout Puissant qui nous a donné la force, le courage, la sagesse, l’intelligence et qui a pourvu des moyens durant toutes les années passées à l’Université de Kinshasa.

Elaborer ce travail n’a pas été chose facile pour nous, tout travail de cette grandeur comporte des tâches ingrates mais, pour les avoir réalises avec attention, nous tenons à exprimer nos profonds remerciements au professeur NSILU MATONDO qui, non seulement a accepté de diriger ce travail, mais aussi et surtout, a guidé avec soin nos pas dans son élaboration couronnant notre deuxième cycle.  Nous remercions le chef de travaux Franck TSHIBWABWA pour son dévouement et sa sympathie dont nous avons été l’objet tout au long de cet encadrement et pour lesquelles nous lui sommes extrêmement reconnaissants.

Nos remerciements à tous les professeurs de la FSSAP pour leur contribution à notre formation.

Nous remercions également toute la famille Tshomba: Ndjoka Marie Jeanne, Olela, Jolie Otonga, Taty Akatshi,Lyly Muleko, Pasience Kitoto, Papy Fita, Trésor Tshomba, Maty Ondja, Joel Mulamba, Milor Lufua, Daniel, Jacques , Michée, Bebe Ephraim, ELSA, Xavier , Djodjo, Josianne, Esther, Bijoux Walo,Ndaya Kaniki.

Enfin, nous n’oublions pas nos collègues avec qui nous avons partagé des moments inoubliables sur le campus de l’UNIKIN; A ce titre nous citons : Angel Kiziba, Freddy Tshishimbi, Lubo Tambwe, Marth Kayiba,Vanesa Kandolo, Paulette Omiki, Magloire Tshilanda. Joséphine Kayongo ainsi qu’à tous ceux qui de loin comme de près s’estiment convenir à notre vision, qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude.

 

INTRODUCTION

 

1.     Etat de la question

 

Le phénomène « divorce » dont la recrudescence  est constatée dans la plupart des ménages de la ville de Kinshasa ne laisse pas insensibles les chercheurs soucieux d’analyser les problèmes sociaux en vue de relever les méfaits et de proposer des pistes de solutions. Plusieurs auteurs ont abordé différemment ce thème tout en nous inspirant à travers leurs œuvres.

 

Parmi ces innombrables écrits, il y a lieu de citer Marcel Mauss qui fait remarquer qu’en ce qui concerne les couples, tant que le mariage était une alliance décidée par des groupes (le choix du conjoint n’étant pas le fait des futurs partenaires), l’indissociabilité du mariage était la règle. Lorsque le choix du conjoint devient personnel avec la montée de l’individualisme, s’ouvrit la possibilité de rompre l’alliance et de changer le conjoint. La reconnaissance légale de divorce et son importance quantitative (un couple marié sur deux divorce à Bruxelles, un sur trois dans le reste de la communauté française) a entraîné la multiplication des situations où s’impose la sortie de la logique du don ([1]).

 

De leur côté, Marc MUNTOUSSE et Gilles Renouard, se déférant aux enquêtes menées en France, parlent d’une hausse importante de divorce à partir des années 1960 et de son accélération à partir de 1972. Tout en rappelant la diversité des formes d’union, ces auteurs considèrent le mariage comme la forme la plus fréquente d’union : environ 50% des hommes et en peu moins de 50% des femmes sont mariés. Mais cette forme de conjugalité est en crise : le nombre de mariages diminue et le nombre de divorce augmente ([2]).

 

En outre, renchérissent ces auteurs, les divorces sont de plus en plus précoces et le maximum de la divortialité se situe à la quatrième année de mariage. Le divorce est surtout demandé par les femmes. Il est possible, soulignent-ils, de dégager certaines caractéristiques sociales du divorce. Ainsi, rare chez les indépendants et surtout chez les agriculteurs, le divorce est plus fréquent chez les salariés le taux de divortialité est plus élevé quand la femme  est active. Plus courant à la ville qu’à la campagne, le divorce dépend aussi de la pratique religieuse, il est rare dan les milieux catholiques ([3]).

 

Sociologiquement et psychologiquement, rapporte R. Gamin, cité par Talo Yamugbia, le divorce des parents comporte tant soit peu d’effets négatifs sur les enfants et leur devenir. Les relations des parents divorcés avec leurs enfants changent et sont entachées souvent des sentiments tantôt de haine, tantôt d’affections excessives ou au contraire sont nettement symbolique selon que la séparation a été une solution souhaitée par le parent ayant ou non la garde des enfants. Les recherches de Gamin révèlent que le divorce entraîne des attitudes et comportements antisociaux chez les enfants victimes de la dislocation familiale. Privés d’affection de leurs parents, de l’encadrement familial harmonieux, ils perdent beaucoup de leurs repères et sont souvent livrés à eux-mêmes  ou se sentent comme tels. Aussi dans cette vie, ils commencent par poser des actes répréhensibles et par la suite, ils finissent par devenir des délinquants ([4]).

 

Quant à Rodgers et Pryon qui ont eu à analyser plus de deux cents études britanniques sur l’impact de la séparation et du divorce sur les enfants, ils ont relevé plusieurs désavantages à long terme pour les enfants des parents divorcés. Ce sont les suivants : baisse du niveau économique, moindre niveau d’instruction, comportements renfermés, agression et délinquance, problème de santé, abandon du foyer en bas âge activité sexuelle précoce, dépression et toxicomanie ([5]).

 

En 2005, 2,8 millions d’enfants vivaient dans 1,76 million de familles monoparentales. Neuf fois sur dix, les femmes sont à la tête de ces familles, réaffirment Marc Muntousse et Gilles Renouard. Le risque de pauvreté est deux fois plus élevé dans une famille monoparentale que dans les autres formes familiales. Cela tient au fait que ces ménages ne bénéficient au mieux que d’un seul revenu d’activité ([6]).

 

Ainsi, après avoir analysé et apprécié à juste valeur les écrits des auteurs sélectionnés dans le cadre de notre étude, il est juste et louable de reconnaître le mérite de leurs travaux et leur précieuse contribution aux problèmes touchant à la sociologie de la famille. La plupart de ces auteurs se sont penchés à analyser le divorce comparativement aux réalités locales de leurs propres sociétés. Il faut reconnaître à cet effet que les mêmes constats demeurent les mêmes dans nos sociétés car les mêmes causes produisent les mêmes effets, en dépit de quelques différences liées à chaque culture.

 

Néanmoins, quant à nous dans ce travail, notre préoccupation porte sur la recrudescence des cas de divorce dans la ville province de Kinshasa, en général et dans la commune de Lemba, en particulier et nous tenons à mettre en exergue les particularités qui fondent la dissolution des liens du mariage dans la société congolaise.

 

C’est ainsi qu’après avoir précisé notre état de la question, nous allons aborder le point relatif à la problématique.

 

2.     Problématique

 

Toute recherche, affirme Matthieu Guidere, doit être fondée sur une problématique. En d’autres termes, il faut soumettre le sujet d’étude à un questionnement systématique de ses postulats et de ses implications. La problématique est la formulation d’une question centrale concernant ce qui pose problème dans le sujet traité. Elle est construite autour d’hypothèses de recherche qui permettent de saisir les enjeux et la portée de la question pour le domaine concerné ([7]). 

 

Comme on le constate, poursuit de sa part Luc Van Campenhoult, la problématique est bien le cadre théorique personnel à partir duquel se précise la question de départ et de compose la réponse à celle-ci. Concrètement, cela consiste, d’une part, à repérer et à décrire les différentes approches du problème et, d’autre part, à détecter les biens et opposition qui existent entre elles ([8]).

 

Partant de la clarification de ce concept, et eu égard à notre étude, la consommation de divorces dans les ménages de la ville-province de Kinshasa est devenue le lot quotidien. Autrefois dans nos sociétés traditionnelles, le mariage avait un caractère sacré et il était difficile d’envisager le divorce, car les conjoints s’unissaient pour la vie en dépit de tous les problèmes qui pouvaient surgir au sein des ménages.

 

De nos jours, la dissolution de liens du mariage est devenue monnaie courante et tout en cherchant de pénétrer à fond cette question, nous sommes tenté de croire que la situation socio-économico-politique qui perdure en République Démocratique du Congo renforce l’ampleur de la crise dont les répercussions sont ressenties à tous les niveaux de la vie sociale.

 

Au fil du temps, nous constatons de plus en plus la présence effrénée des enfants dans la rue, la persistance du phénomène « enfants dits sorciers », la prolifération des enfants de rue et autres catégories d’enfants abandonnés dont la majorité se livrent à la délinquance, au vol, au viol, au banditisme, à la vente des petits articles.

 

Pour rappel, l’histoire politique de la RDC est entachée de rebondissement des événements qui ont eu à modifier le cours de vie de la population. Plusieurs faits ont marqué le paysage politique avec comme effets d’entraînement la destruction du tissu économique ayant débouché sur la paupérisation excessive des masses laborieuses.

 

Par rapport aux réalités vécues, il y a lieu d’évoquer la politique de la zaïrianisation (expropriation de biens des étrangers pour les confier aux nationaux inexpérimentés), l’instabilité politique, la formation de gouvernements sur base des critères subjectifs, les différentes guerres de libération, le détournement de dénies publics, le pillage, la corruption sous toutes ses formes, etc.

 

Cette situation n’est pas restée sans conséquences sur le train de vie de citoyens qui ont vu leurs conditions se dégrader car étant dépourvus du minium vital. Dans le domaine professionnel, plusieurs entreprises furent fermées et laissant place au chômage de bon nombre de travailleurs. C’était donc la période de congés techniques sans espoir de retourner à son service.

 

C’est donc au cours de toutes ces péripéties qu’il faut signaler l’instabilité des ménages secoués par une crise interminable. Parallèlement à cette impasse où la plupart des hommes ont perdu leur pouvoir d’achat, les femmes semblent avoir pris la relève en se lançant dans la débrouillardise afin de prendre soin de la famille. Mais cette prise en charge de la famille suscite parfois d’incompréhension susceptible de nuire à la stabilité du couple. C’est pour cette raison que nous nous posons ces questions en guise de notre problématique :

-         Quels sont les facteurs déterminants du divorce ?

-         Quelles peuvent en être les conséquences ?

-         Et que faire pour atténuer, voire éradiquer le mal ?

 

3.     Hypothèses

 

L’hypothèse constitue, ainsi, une explication admise temporairement concernant des phénomènes donnés et cela, jusqu’à sa confirmation ou sa réfutation par l’expérience ou par la démonstration. Pour être valides, les hypothèses doivent être soumises à des règles précises ([9]).

 

En règle générale, on peut émettre une hypothèse sur un phénomène à partir du moment où il est observé plusieurs fois : c’est le principe de récurrence (ou de répétition). Par rapport à ce principe et à la recrudescence des cas de divorce dans la ville de Kinshasa, nous formulons les hypothèses suivantes relevant de notre questionnement :

-         Les facteurs déterminants de divorce résulteraient de l’incompatibilité des caractères, la stérilité, le niveau d’instruction, le goût du lucre, les conditions socio-économiques difficiles, les pesanteurs socio-cuturelles et tant d’autres.

-         Les conséquences qui découleraient de cette situation seraient l’instabilité des conjoints, l’abandon des enfants, à leur triste sort (voués au vagabondage, aux fugues, à la délinquance, banditisme, etc.).

-         Ainsi, pour atténuer ou éradiquer ce mal, il faudrait que des pouvoirs publics s’attaquent à juguler la pauvreté et assurer une politique distributive rationnelle des ressources dont la populaire serait bénéficiaire. Et c’est de cette manière que les parents peuvent vivre en harmonie car détenant tous les moyens nécessaires de vie et survie afin de pouvoir nourrir, vêtir, scolariser et encadrer la progéniture pour le bien-être général.

-         Il faudra également que l’école, l’église, les associations jouent un rôle important dans la socialisation de la jeunesse de façon qu’elle soit suffisamment informée sur la valeur du mariage.

 

4.     Choix et intérêt du sujet

 

La prolifération du nombre des délinquants et des enfants de rue nous a conduit à l’analyse des causes et nous a également permis de découvrir le divorce comme étant l’un des fléaux désarticulant non seulement la cohésion de la famille, mais également celle de la société toute entière au vu des méfaits constatés.

 

En outre, nous sommes nous-mêmes témoin de plusieurs cas de divorces que nous observons dans la commune de Lemba et donc les conséquences sont ressenties dans nos communautés de vie.

 

Sur le plan social, ce travail tente de mettre en exergue tous les méfaits engendrés par le divorce afin d’attirer l’attention non seulement des décideurs, mais aussi de la société afin que les efforts soient consacrés en vue de la prévention et de la sauvegarde de l’intégrité familiale.

 

Sur le plan scientifique, cette étude vient juste en complémentarité des études déjà engagées dans ce domaine afin d’élargir le vaste champ de la sociologie de la famille.

 

5.     Méthodes du travail

 

« En commençant par définir ce que nous entendons par technique et méthode, nous ne prétendons pas établir une coupure radicale entre ces deux notions, mais seulement clarifier provisoirement ce que nous concevons comme deux moments différents, mais interdépendants du mouvement de la connaissance » ([10]).

 

La méthode est l’ensemble des règles et des principes qui organisent le mouvement d’ensemble de la connaissance, c'est-à-dire les relations entre l’objet de recherche et le chercheur, entre les informations concrètes rassemblées à l’aide des techniques et le niveau de la théorie et des concepts.

 

Par contre, les techniques sont l’ensemble des moyens et des procédés qui permettent à un chercheur de rassembler des informations originelles ou de seconde main sur un sujet donné : la statistique, le questionnaire, l’observation, le récit de vie, l’interview, l’analyse de contenu, l’étude critique de documents sont des techniques ([11]).

 

Dans le cadre de notre étude, ce sont généralement les conflits qui conduisent aux incompréhensions, à la disharmonie et à la séparation de conjoints. A cet effet, la méthode dialectique semble la mieux indiquée. Cette méthode est donc une démarché intellectuelle qui envisage toujours la chose et son contraire. De la sorte, concède Mathieu Guidère, la méthode dialectique apparaît comme un art de construire une connaissance vraie et de présenter une étude fiable et non partisane, éloignée des opinions tranchées ou des prises de positions radicales. Cela signifie que le chercheur ne doit pas décider à l’avance des conclusions de son étude mais que les résultats de celles-ci doivent naître de la confrontation objective des diverses opinions et théories disponibles ([12]).

 

Tout en nous inspirant des postulats de la méthode dialectique, nous considérons que le divorce n’est pas une réalité isolée et qu’il est tributaire de plusieurs autres paramètres caractérisant la vie sociale. Dans chaque famille, les conflits naissent, croissent et disparaissent. Les tensions entre les conjoints sont susceptibles d’engendrer des méfaits susceptibles de conduire à la séparation ou encore les conflits surgissant au sein des ménages peuvent atténuer certaines situations et aboutir à la cohésion familiale.

 

Ainsi, à la lumière des lois de la méthode dialectique, nous pouvons opérationnaliser ces postulats de la manière ci-après :

-         La première loi est relative à l’unité des contraires, autrement appelée la connexion universelle. Elle considère l’univers comme un tout constitué des parties qui se tiennent tantôt en équilibre, tantôt en déséquilibre. Par rapport à notre travail, l’homme et la femme, tout en formant le soubassement de la vie sociale, vivent en conflits permanents au vu de leur différenciation biologique.

-         La seconde loi prône la lutte des contraires qui met en exergue des forces en opposition. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre une action en divorce initiée par l’un des conjoints, résultat des contradictions à la suite d’incompréhension, de mésentente ou autres maux susceptibles de fragiliser les liens matrimoniaux.

-         La troisième loi de la dialectique porte sur la négation de la négation, dont la réalité est telle que la société recherche toujours à dépasser les situations présentes pour de nouvelles. Le divorce, à ce propos, est une force négative susceptible de tendre vers des situations imprévues. Bonnes ou mauvaises.

-         La quatrième et dernière loi dialectique postule que « tant dans la nature que dans la société, d’une manière générale et dans chaque cas concret, les changements qualitatifs ne peuvent se produire qu’à travers les changements quantitatifs, par addition ou soustraction ([13]).

Le divorce, compris à la lumière de cette loi, est un processus aux divers rebondissements. Il peut s’avérer comme une solution aux incompréhensions qui peuvent aboutir aux dégâts ou inciter l’une des parties en conflit à user de la violence afin de détruire la vie de l’autre.

 

 

Mais dans le cas extrême, les conflits qui constituent le lot quotidien de conjoints aboutissent au divorce dont les conséquences s’avèrent  nuisibles, non seulement aux enfants, mais aussi aux conjoints eux-mêmes. D’une famille unie et stable, le divorce ouvre la voie à d’autres formes de famille telles que la famille monoparentale et celle recomposée.

 

5.2.                    Techniques

 

Notre étude s’est appropriée des techniques d’observation directe, documentaire, d’interview et d’échantillonnage.

-         La technique d’observation directe est celle qui repose à ce que nous-même sommes témoin des faits vécus au fil des jours dans notre environnement social.

-         La technique documentaire nous a renvoyé à l’analyse des documents écrits en vue de les exploiter et de trouver les informations utiles à notre thème de recherche. Nous avons ainsi recouru aux ouvrages généraux et spécifiques, aux revues scientifiques, aux travaux académiques ainsi qu’aux autres textes légaux en renfort avec notre étude.

-         L’interview noua a été utile dans la collecte des données grâce aux contacts directs avec les enquêtés.

-         L’échantillonnage nous a servi dans cette recherche étant donné qu’il est impossible de mener une enquête sur l’ensemble de la population habitant la commune de Lemba en vue de s’enquérir de leurs opinions sur le divorce. D’où pour nous, une raison de tirer un échantillon dont les résultats de l’enquête pourraient être exploités.

6.     Délimitation

 

La délimitation est une exigence méthodologique qui tient à ce que le travail soit limité dans le temps et dans l’espace. Sur le plan spatial, c’est la commune de Lemba qui va nous servir du cadre d’investigation car c’est en son sein que nous avons eu à observer bon nombre des cas de divorce.

 

Sur le plan temporel, nous considérons la période allant de 2013 à 2015, laquelle période constitue le fondement de nos observations en ce qui concerne la recrudescence des divorces du lieu de nos enquêtes.

 

7.     Difficultés rencontrées

 

La question de divorce constitue un tabou pour la plupart des gens qui ne jugent pas intéressant d’en parler. Le gêne, la méfiance et la retenue ont caractérisé la plupart de nos enquêtés qui considéraient ce sujet comme relevant de leur propre intimité. Une autre difficulté est celle relative à la rareté de la documentation sur le divorce en dépit de quelques supports documentaires trouvés sporadiquement. Il y a lieu également d’évoquer le chevauchement de temps par rapport à la recherche, au stage, aux travaux pratiques et aux cours.

 

Quels que soient tous ces obstacles énumérés, il fallait faire preuve de beaucoup d’imagination, de tact et de volonté afin de sortir d’impasse.

 

8.     Subdivision du travail

 

Notre travail s’articule autour de trois chapitres distincts. Le tout premier est celui qui s’ouvre sur les considérations générales avec deux sections dont la première clarifie les concepts de base et auxiliaires se rapportant au travail, alors que la seconde présente notre milieu d’étude.

Le deuxième chapitre touche à la question même de la recrudescence des cas de divorce en évoquant tour à tour la vie de couple : coopération ou dépendance dans la première section, les causes et les conséquences de divorce dans la deuxième section.

Le troisième et dernier chapitre va porter sur la présentation, l’analyse et l’interprétation des résultats de nos investigations.


 

CHAPITRE I : CONSIDERATIONS GENERALES

 

Le premier chapitre de notre travail va s’articuler autour de deux sections respectives dont l’une retrace le cadre conceptuel et l’autre vise la présentation de notre champ d’investigation.

 

Section 1 : Définition des concepts

 

Dans toute dissertation à caractère scientifique, la clarification des concepts s’avère une nécessité incontournable dans la mesure où elle permet de fixer le lecteur sur le sens de chaque mot utilisé en vue de faciliter la compréhension de la réalité analysée. Pour ce qui nous concerne dans ce travail, nous allons recourir aux concepts tels que divorce, recrudescence, mariage et famille qui se rapportent à la réalité sociale que nous examinons.

 

1.1.         Divorce

 

Le divorce est un mot qui dérive du latin, divortium et signifie, dans son sens étymologique, séparation. Parlant de « Don et divorce », Marcel Mauss, précise qu’ « en ce qui concerne les couples, tant que le mariage était une alliance décidée par des groupes (le choix du conjoint n’étant pas le fait des futurs partenaires), l’indissociabilité du mariage était la règle. Lorsque le choix du conjoint devient personnel, avec la montée de l’individualisme, s’ouvrit la possibilité de rompre l’alliance et de changer de conjoint. La reconnaissance légale du divorce et son importance quantitative (un couple marié sur deux divorces à Bruxelles, un sur trois dans le reste de la communauté française » a entrainé la multiplication des situations où s’impose la sortie de la logique du don » ([14]).

 

Dans le cadre des incidents qui peuvent affecter la stabilité de la famille, prévient le code de la famille congolais, il a été institué la séparation de fait. Celle-ci doit être une séparation conditionnelle décidée dans l’intérêt supérieur du ménage et ce, pendant la période déterminée ou indéterminée. La séparation conventionnelle remplace ainsi la séparation de corps trop étrangère à notre mentalité. En réalité, cette procédure trop traumatisante car judicieuse constituait en fait l’amélioration du divorce ([15]).

 

En outre, la présente loi substitue, renchérit le code de la famille à la notion de divorce sanction, celle de divorce remède. Ceci veut dire que le divorce ne peut être prononcé que lorsqu’il y a preuve de la destruction irrémédiable de l’union conjugale. Il y a cette destruction si le tribunal tire des faits, la conviction qu’une prolongation de la vie conjugale et la sauvegarde du foyer sont devenus impossibles ([16]).

 

Partant de toutes ces considérations, nous considérons le divorce comme une possibilité offerte aux conjoints de cesser de vivre ensemble à la suite des disputes, aux conflits dont l’une des parties se serait sentie préjudiciée et que tous les efforts consentis pour la réconciliation se solderaient en échec.

 

1.2.         Mariage

 

D’après le Lexique de Sociologie, le mariage est une union légale qui unité (au moins) deux conjoints créant ainsi un lien d’alliance et visant à donner un statut légitime aux enfants nés de cette union ([17]).

 

Dans toute société, le mariage est d’abord une institution imposant certaines règles sociales qui confèrent sa légitimité à l’alliance, permettent la perpétuation des familles et la socialisation des enfants. Le mariage peut par ailleurs relever de la monogamie ou de la polygamie.

 

Selon Emile Durkheim, le mariage est au fondement de la famille conjugale. D’après Claude Lévi-Strauss, la famille trouve son origine dans le mariage. Il indique que quels que soient les types de mariage (par échange, achat, libre choix, imposé par la famille, etc.), chaque société opère une distinction entre les unions libres et les unions légitimes et presque toutes les sociétés mettent très haut le statut matrimonial (avec une certaine « répulsion » à l’égard du célibat ou des couples sans enfants).

 

Par ailleurs, le mariage ne procède en général pas des individus mais des groupes concernés (familles, lignages, clans, etc.) ; en effet bien que le mariage donne naissance à une famille, c’est la famille ou plutôt les familles qui créent le mariage, comme principal moyen légal d’établir entre elles une alliance. Quelle que soit la manière dont la collectivité affirme qu’elle est intéressée au mariage de ses membres que ce soit en reconnaissant l’autorité de solides groupes de consanguins ou de façon plus directe, celle de l’Etat, il reste que le mariage n’est pas, n’est jamais et ne peut pas être une affaire privée » ([18]).

 

Quant à notre entendement, nous concevons le mariage comme une cohabitation légitime de l’homme et de la femme, laquelle reconnue par la société, permet à ces derniers, une procréation responsable en vue de perpétuer l’espèce humaine. A cet effet, les liens de mariages conduisent à la solidification des familles.

1.3.         Famille

 

Au sens strict, c’est un groupe social composé de deux personnes au moins, ayant une résidence commune et unies par des liens de parenté (règles d’alliance, de filiation, de germanité) et un réseau de droits et obligations (droit de porter un certain nom, droit à l’héritage, obligation d’éducation, prohibition de l’inceste, etc.).

 

L’analyse des règles sociales à l’origine de la famille a particulièrement été mise en évidence par Claude Lévi-Strauss dans les structures élémentaires de la parenté. Il montre notamment comment l’alliance permet la communication entre différents groupes sociaux (clans, tribus, villages, etc.) parfois en rivalité.

 

L’exogamie lui parait constituer une règle absolue des sociétés humaines qui a donné lieu à la prohibition de l’inceste. Il existe plusieurs sortes de familles ([19]), parmi lesquelles nous évoquons :

-         La famille conjugale : fondée sur le mariage et ainsi nommée par Emile Durkheim parce que le mari et la femme en constituent les éléments permanents. Cette forme de famille est selon Emile Durkheim le « terme d’une évolution au cours de laquelle la famille se contracte à mesure que le milieu social avec lequel l’individu est en relation immédiate s’étend davantage.

-         La famille monoparentale : famille constituée par un parent isolé et ses enfants célibataires de moins de 25 ans n’ayant pas d’enfants.

-         La famille recomposée : famille comprenant un couple d’adultes (marié ou non) et au moins un enfant né d’une union précédente de l’un des conjoints.

 

Hormis ces formes de familles intéressées par notre étude, la littérature sociologique évoque également d’autres formes de familles à l’instar de la famille élargie, la famille homoparentale, la famille nucléaire, la famille patriarcale et la famille souche.

En définitive, la famille est un groupe social dont les membres se reconnaissent comme issus du même sang, d’une même origine et un ancêtre commun. En Afrique en général, et en RDC en particulier, la famille est perçue dans le sens large, c'est-à-dire comprenant non seulement le père, la mère et les enfants, mais également les grands parents, les oncles et les tantes.

 

1.3.1. Fonctions sociales de la famille

 

Marc Muntousse et Gilles Renouard ([20]) évoquent, hormis les fonctions économiques de la famille, les fonctions sociales jugées essentielles.

-         La famille assure une fonction de socialisation et de transmission des valeurs. La fonction de socialisation demeure l’une des fonctions principales de la famille. Encore plus que l’école, c’est la famille qui transmet les principales valeurs de la société et du groupe social. La famille dispose de deux instruments principaux de socialisation et de transmission des valeurs. Il s’agit d’abord de la socialisation inconsciente fondée sur l’imprégnation implicite ; les parents sont en effet les premiers référents des enfants. Il s’agit ensuite de la socialisation consciente que l’on peut définir comme l’éducation et l’apprentissage explicite des normes et des règles de comportement.

-         La famille demeure un lieu important de solidarité. Elle a été pendant longtemps le seul lieu de solidarité entre les générations après avoir été nourris et logés par leurs parents, les enfants leur devraient ensuite la réciprocité.

La solidarité entre générations d’une même famille demeure en effet très forte. Il est possible de distinguer trois types d’aides : les aides financières comme les dons et les prêts, les aides domestiques comme l’entretien du ménage ou la garde des enfants et les aides comme les démarches administratives.

 

1.4.         Recrudescence

 

La recrudescence (du latin recrudescere, reprendre des forces) est une brusque réapparition de quelque chose avec redoublement d’intensité. Par rapport à notre étude, les cas de divorces se sont intensifiés dans la commune de Lemba en dépit de toutes les mesures prises par la législation en vue d’atténuer ce phénomène qui ne cesse de prendre l’ampleur.

 

1.5.         Ménage

 

Le ménage est l’ensemble de ce qui concerne la vie domestique, l’organisation matérielle du foyer ([21]).

Nkuanzaka Inzanza définit le ménage comme une communauté formée par les parents et les enfants non mariés qui vivent sous le même toit (et nourris au même feu) ; ce qui dicte le concept de foyer ([22]).

Pour ce qui concerne le ménage constitué un ensemble de personnes unies par les tiers de parenté et vivent ensemble sous la direction des parents.

 

1.5.1.  Livret de ménage

 

C’est un carnet que l’officier de l’Etat civil remet aux nouveaux époux lors de la célébration ou de la déclaration du mariage. Ce livret est destiné à contenir outre l’identité des conjoints, les énonciations relatives à la dot, au régime matrimonial ainsi que l’identité de toutes les personnes qui viendront accroître la communauté du ménage ([23]).

 

1.6. La dot

 

Compensation matrimoniale pour certains auteurs et « prix de la financée ». Pour d’autres, la dot doit être comprise de plusieurs manières et selon les contextes socio-culturels. Dans le contexte africain, la dot est une pratique coutumière selon laquelle, le père ou l’oncle maternel, du futur époux (selon le cas) verse à la famille (au père et/ou à l’oncle maternel de la future épouse certaines valeurs en guise du mariage.

 

L’importance de la dot africaine est variable selon les groupes sociaux. Elle est souvent dépendante des qualités physiques, morales et sociales de la fiancée. Gage d’amour et symbole d’union entre les deux clans des prétendants, la dot peut être versée en espèce et/ou en nature[24].

 

Ainsi, après avoir défini les concepts de base et auxiliaires de notre étude dans la première section, la seconde présente le milieu d’investigation, c'est-à-dire la Commune de Lemba.

Section 2 : Présentation de la commune de Lemba

 

La première section présente la commune de Lemba dans son aperçu historique, ses données géographiques, ses différents services et quartiers.

 


 

1.1. Aperçu historique

 

L’aperçu historique de la Commune de Lemba s’explique dans une série des mesures d’organisations administrative et territoriale qui se sont succédées durant la période coloniale du Congo-belge et post-coloniale marquant l’accession de la République Démocratique du Congo au concert des nations libres et souveraines.

 

A cet effet, administrativement observant, l’arrêté royal du 29 juin 1933 fit organisé la colonie du Congo-belge en six provinces : Elisabethville, Staleyville, Coquilathville, Kasaï, Costermansville et Léopoldville. Sur ce, l’organisation de la province de Léopoldville relevait des dispositions générales relatives à l’administration de toutes les provinces, contenues dans les arrêtés du régent du 01 juillet 1937. Ensuite, de nombreux textes réglementèrent la colonie, notamment en matière de lotissement, la construction et l’établissement des cités indigènes dans les circonscriptions urbaines ([25]).

 

Tandis que vers la fin de l’année 1957, Léopoldville devenait une ville autonome toujours située dans la province de Léopoldville avec d’abord onze communes mises sur pieds ; il s’agit de Bandalungwa, Barumbu, Dendale, Kintambo, Kalamu, Kinshasa Léopoldville, Limete, Ngaliema, Ngiri-Ngiri et Saint Jean. L’arrêté n°211/429 du 12 octobre 1957 fixa les noms et les limites des communes et les zones annexes de la ville de Léopoldville tel que décrété par l’ordonnance n°211/314 du 14 octobre 1957 ([26]).

 

En effet, sous la Deuxième République, quelques communes annexes obtinrent le statut de commune urbaine. Ainsi, compte tenu de l’importance de sa population, banlieue et fruit de la politique de l’habitat de l’administration coloniale et qui est destinée à héberger la jeune élite intellectuelle, la commune de Lemba devint une commune urbaine conformément à l’ordonnance-loi n°068/024 du 20 janvier 1968, concomitamment avec les communes ci-après : Bumbu, Kimbaseke, Kisenso, Makala, Maluku, Masina, Mont-Ngafula, Ngaba, N’sele et Selembao.

 

Les onze zones annexes ont rejoint les 13 anciennes communes existantes qui sont : Bandalungwa, Barumbu, Gombe, Kalamu, Kasa-vubu, Kinshasa, Kintambo, Limete, Lingwala, Matete, N’djili, Ngaliema et Ngiri-Ngiri. Ainsi, la ville de Kinshasa comptera 24 communes après la promulgation de l’ordonnance-loi n°68-24 du 20 janvier 1968, complétée par l’arrêté ministériel n°69-0042 du 23 janvier 1969 du ministère de l’Intérieur, portant dénomination, limitation et détermination du nombre de ces communes ([27]).

 

Au terme de la loi n°73-015 du 05 janvier 1973 régissant la réforme de l’organisation territoriale et administrative de la République du Zaïre (actuelle RDC), la commune urbaine de Lemba changea d’appellation en Zone de Lemba[28]. Ainsi, ce changement de dénomination administrative a été explicité dans ladite loi pour justifier   l’instauration d’une « administration uniforme » fortement hiérarchisée et centralisée. D’où la suppression de la personnalité juridique des entités telles que la collectivité et les villes, à l’exception de  la ville de Kinshasa, qui désormais devenaient des circonscriptions administratives du territoire national, au même titre que la Région, la sous-région et la  zone, appellation que remplaçaient celles de Province, District et Territoire qu’avaient une coloration coloniale.

 

Dans ce même ordre d’idées, ladite loi de reforme souligna que dans les nouvelles structures, outre la ville de Kinshasa, l’ensemble du territoire nationale comprend désormais cinq entités administrative : la région, la sous-région, zone, la collectivité et la localité. A cet effet, les appellations « province », « district » « commune » et collectivité locale » sont supprimées[29].

 

Hormis la suppression desdites appellations administratives explicitées ci-dessus, la zone urbaine de Lemba avait bénéficié d’un nouvel régime administratif de la décentralisation. Celle-ci a été coulé dans l’ordonnance-loi n°82-006 du 25 février 1982 portant organisation territoriale, politique et administrative de la République du Zaïre. Pour ce faire, ladite loi a stipulé dans  son nonante sixième article que : « la Zone urbaine est une entité administrative décentralisée, dotée de la personnalité juridique. Elle est subdivisée en quartiers »[30]. Et, l’article nonante sept  énumère les organes de la zone urbaine qui sont :

-          Le comité populaire de zone ;

-          Le conseil de zone ;

-          Le président du comité populaire de zone  et commissaire de zone[31].

Tandis que, l’article 69 déterminait scrupuleusement les organes délibérant et exécutif de la commune à savoir :

1.     Le conseil communal

2.     Le collège exécutif communal[32].

Cependant, il importe de préciser que la loi n°95-005 du 20 décembre 1995 n’avait point procéder au changement d’appellation administrative de concrètement zone en commune d’une part, et de la mise en place de ses organes communaux cités ci-haut. Néanmoins, cette mutation administrative a été observée théoriquement avec l’accession de l’alliance des forces démocratiques pour la libération au pouvoir le 17 mai 1997.

 

Ainsi, les opinions administratives et publiques congolaise ont remplacé la dénomination de zone en commune. Ce faisant, ledit changement a été codifié dans le décret-loi n° 081 du 02  juillet 1998 portant organisation territoriale et administrative de la République Démocratique du Congo tel que modifié et complété  par le Décret-loi n°018/ 2001 du 28 septembre 2001.

 

Celle-ci a édicté en ses articles 104 et 105 les dispositions juridiques et organique suivantes : «  la commune est une entité administrative décentralisée dotée de la personnalité juridique. La commune est une subdivision de la ville. Elle est subdivisée en quartiers et/ou en groupements incorporées ». En ce qui concerne ses organes, elles sont : le bourgmestre et le conseil consultatif communal »[33].

 

I.1.1. Données géographiques

 

La Commune de Lemba ainsi créée, est limitée :

-          A l’Est : par la commune de Matete et celle de Kinsenso par la rivière Matete, de l’axe du boulevard Lumumba jusqu’en aval de sa source, une ligne droite de la vallée et du prolongement du ravin sur l’avenue Kisantu jusqu’à la rivière Kwambila.

-          Au Nord : la commune de Limete, du Boulevard Lumumba et l’axe du cercle intérieur de l’échangeur, l’avenue Kikwit, passant en face de la Foire internationale de Kinshasa Diaka sur la rivière Yolo

-          Au Nord-Ouest : la commune de Ngaba du pont Mungul Diaka jusqu’ à l’avenue Manzila débouchant sur By-pass, à la hauteur de l’arrêt Dibaya.

-          A l’Ouest ; la Commune de Mont-Ngafula qui va de la bifurcation de l’avenue By-pass et la route Kimwenza au Triangle jusqu’à la hauteur de la source de la rivière Manionsi

-          Au sud : par la commune de Mont-Ngafula à la hauteur du plateau des résidants des professeurs de l’Unikin

-          Au Sud-est : par la commune de Kisenso[34]

 

La commune de Lemba s’étend sur une superficie de 25,70 km². Elle se trouve généralement dans  un climat tropical, avec  une alternance de 8mois de saison de pluie et de 4mois de saison sèche. La nature de son sol est sablonneuse, jaune, noire selon qu’on se trouve au Nord, Est, Sud ou Ouest. Tandis que le relief du sol est plat et accidenté, vallée et le plateau selon qu’on se trouve dans un coin plat et accidentée[35].

 

L’Entité territoriale Décentralisée de Lemba dispose des 10 routes asphaltées principales et 9 routes principales non asphaltées. La végétation dominante varie selon les saisons, à savoir, il y a une végétation légumineuse, les arbres fruitiers et les autres. Enfin, en ce qui concerne soin hydrographie, la commune de Lemba est léguée par les rivières de Matete, Yolo, Kemie sans oublier les rivières Kwambila et Manionsi dans les parties en conflit respectivement avec la commune de Kinsenso et celle de Mont-Ngafula.

 

I.1.2. Organisation administrative de la commune de Lemba

 

La Commune de Lemba est dirigée par un bourgmestre. Ce dernier est secondé par un bourgmestre adjoint. Le chef de bureau chapeaute l’administration municipale. Celle-ci comporte trente services et quinze quartiers ci-après :

I.                  Services

La municipalité de Lemba comporte les services qui dérivent du Ministère de l’intérieur à savoir :

 

1.     Secrétariat ;

2.     Personnel

3.     Etat civil

4.     Population

5.     Contentieux

6.     Transport et communications

En outre, la commune comprend des services techniques ci-après :

7.     Antenne fonction publique

8.     Budget

9.     Comptabilité

10.                       Ordonnancement

11.                       Habitat

12.                       Urbanisme

13.                       Environnement

14.                       PMEA

15.                       DECO

16.                       Prévoyance

17.                       Agriculture

18.                       Vétérinaire

19.                       Hygiène ;

20.                       Transport

21.                       Jeunesse

22.                       Sports et loisirs

23.                       Affaires sociales ;

24.                       Tourisme

25.                       Genre, famille et enfant

26.                       Droits humains

27.                       Travaux publics

En réalité, la police nationale, la direction générale des migrations et l’agence nationale des  renseignements sont rattachées directement et au bourgmestre[36]

 

II.               Quartiers

La commune de Lemba comporte quinze quartiers ci-dessus[37]

1.     Echangeur

2.     Ecole

3.     Camp Kabila

4.     Camp OSO

5.     Commercial

6.     Foire

7.     Gombele

8.     Kemi

9.     Kimpwanza

10.                       Livulu

11.                       Mandrandele

12.                       Masano

13.                       Mbanza lemba

14.                       Molo

15.                       Salongo.


 

Organigramme de la commune de Lemba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


CHAPITRE II: LA RECRUDESCENCE DE DIVORCE EN MILIEU URBAIN

 

Les cas de divorce se multiplient davantage en milieu urbain dont les effets pervers ont une expression courante sur la vie de couples en particulier et sur celle de la progéniture, en général. C’est ainsi que ce deuxième chapitre de notre travail sera axé essentiellement à l’évolution de la famille en vue de déceler les causes, les conséquences et les autres problèmes spécifiques y afférents.

 

Section 1 : Evolution de la famille

 

La situation de la famille a connu d’importantes transformations au fur et à mesure que la société évolue au fil des années. Quel que soit le type de société, les formes familiales ne sont plus les mêmes au vu d’incessants progrès technologiques dont l’impact sur la vie des couples est déterminant. Nos sociétés ont vécu dans le temps la polygamie (un homme à plusieurs femmes) dont l’idéal reposait sur la volonté d’accroitre la descendance, l’accumulation des richesses grâce au travail des femmes, le prestige et le souci de multiplier les alliances avec d’autres clans.

 

Dans ces sociétés traditionnelles africaines, en général et congolaises, en particulier, la famille était essentiellement une unité économique, sociale et culturelle. Les individus se mariaient pour vivre ensemble jusqu’à la fin de leur existence ; et l’idée de divorce était inimaginable. A cet effet, il était admis que les liens de mariage ne se limitaient pas aux seuls conjoints, mais s’étendaient de surcroit à l’ensemble de la famille élargie ; d’où le mariage se concevait comme un véritable contrat social. Ce sont donc des liens de solidarité qui marquaient les individus de plusieurs générations car tous se réclamant provenir du même sang à travers un ancêtre commun.

 

Par rapport à cette vision du caractère sacré du mariage, le lexique de sociologie rapporte que « l’analyse des règles sociales à l’origine de al famille a particulièrement été mise en évidence par Claude Lévi-Strauss dans les structures élémentaires de la parenté. Il montre notamment comment l’alliance permet la communication entre différents groupes sociaux (clans, tribus, villages, etc.) parfois en rivalité. L’exogamie lui parait constituer une règle absolue des sociétés humaines qui a donné lieu à la prohibition de l’inceste ([38]).

 

Parallèlement à cette conception des sociétés antiques, Anthony Giddens fait remarquer que le fonctionnement de la famille dans les sociétés traditionnelles a connu des évolutions importantes à la fin du XIXè et au début du XXè siècle. A ce moment, précise-t-il, la famille n’est plus essentiellement une entité économique. Les progrès de l’industrialisation ont séparé le foyer de la sphère du travail. La propagation  des idéaux de l’amour romantique a fait de la vie privée un lieu de soutien émotionnel et d’échange sexuel, introduisant entre les sexes une égalité relative, de fait comme de droit. La tendance systématique à limiter les naissances a libéré la femme de l’enchaînement des grossesses et des accouchements. Elle a également dissocié la sexualité de la mort, si l’on tient compte du nombre de femmes qui, antérieurement, mouraient en couches et du taux très élevé de mortalité infantile ([39]).

 

Depuis quelques décennies, renchérit le même auteur, la famille traditionnelle s’est décomposée… Dans les faits, les ménages constitués d’un père qui travaille et d’une mère  au foyer s’occupant des enfants du couple, sont devenus de moins en moins nombreux. Ils coexistent à présent avec d’autres types de ménages : Couples non mariés, personnes vivant seules avec des enfants, familles recomposées, couples homosexuels, etc. La famille traditionnelle a cessé aussi d’apparaître comme un modèle. Aujourd’hui, ce ne sont plus la famille ou le mariage qui comptent, mais bien la relation en particulier, la relation de couple. Les individus ont par rapport à elle des exigences de communication émotionnelle et d’intimité. La sexualité est devenue aujourd’hui un domaine entièrement distinct de la reproduction, un domaine qui fait partie intégrante de l’identité réflexive des individus ([40]).

 

Consécutivement à cette évolution de la famille, il y a lieu de noter qu’il n’y a pas que la relation de couple qui connait cette évolution. Giddens cite aussi les relations d’amitié  ainsi que, dans une moindre mesure, les relations parents – enfants. Dans tous ces cas, les individus  poursuivent un même modèle de relation, la « relation pure », c'est-à-dire « une relation sociale qui est entamée pour elle-même, ou plus précisément pour ce qu’un individu peut espérer tirer de son association durable avec un autre, cette alliance ne peut se perpétuer que dans la mesure où les deux partenaires jugent qu’elle donne suffisamment satisfaction à chacun » ([41]).

 

La relation pure occasionne aussi des difficultés toutes particulières. En effet, elle repose exclusivement sur l’ouverture réciproque des partenaires et sur leur engagement, elle ne tient plus sur des bases extérieures et sur leur engagement, elle tient plus sur des bases extérieures aux individus, comme c’était le cas pour le mariage dans le cadre de la famille traditionnelle chacun des partenaires peut décider d’y mettre fin, avec ce que cela peut impliquer comme souffrances.

 

Eu égard à l’évolution de la famille, la vie du compte a cessé d’être stable à l’instar des sociétés traditionnelles. Le mariage est entrain de subir une crise d’ampleur considérable dont ces causes et conséquences feront l’objet de la deuxième section de ce chapitre.

 

 

Section 2 : Causes et conséquences de divorce

 

a)    Causes

 

Les causes de divorce sont innombrables et parmi lesquelles  nous allons évoquer tour à tour la précarité des conditions de vie de ménages, les pesanteurs socio-culturelles, le niveau d’étude, le goût du lucre et autres facteurs (les médias).

 

-          La précarité des conditions de vie

 

Depuis plus de quatre décennies, la situation économique décadente ne cesse d’influencer négativement la vie sociale de la majorité de la population congolaise. La détérioration des conditions de vie est loin de favoriser l’harmonie conjugale. Cette situation se justifie par la destruction du tissu économique lequel a engendré la perte d’emploi des milliers des gens, la délocalisation de certaines entreprises, la faillite, le pillage à grande échelle, les détournements des deniers publics, la corruption, la mégestion de la chose publique, les guerres dites de libération et cela sans oublier la fameuse politique de la zaïrianisation, c'est-à-dire la nationalisation des entreprises étrangères installées au Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo.

 

Il faut signaler qu’à l’issue de ce tableau sombre, la prédominance de l’économie informelle sur l’économie formelle, a plongé, la plupart des hommes jadis salariés, dans l’oisiveté. C’est ainsi que les femmes, prennent la relève de la charge familiale, se sont lancées dans les diverses activités génératrices des revenus. Les anciens salariés devraient dépendre de la débrouillardise de leurs conjointes. Cette situation sera à la base de querelles au sein des ménages car la femme ne pouvant plus accepter le dictat de l’homme oisif, incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Ce comportement de la femme actuelle comparativement à celle de jadis trouve son sens dans l’évolution de la mentalité.

-          Les pesanteurs socio-culturelles

 

Celles-ci constituent également l’une des causes majeures de divorce dans la mesure où le mariage mixte a généralement souvent subi l’influence des traditions de chacun des conjoints. La cohabitation des époux de culture différente est, dans la plupart des cas, sujette à des multiples conflits surgissant dans des familles et débouchant également au divorce. Les habitudes alimentaires, les contraintes liées aux coutumes dans leur incompatibilité, l’influence des autres membres de famille de part et d’autre, peuvent affecter, soit nuire à l’harmonie conjugale.

Abordant quasiment dans le même sens, le professeur Nsilu Matondo évoque l’impact de l’environnement socio-culturel parmi les causes des conflits liées à l’héritage de la coépouse chez les Kongo. A ce propos, il souligne que d’une manière directe ou indirecte, l’environnement socio-culturel influence l’homme. Ceci est d’autant plus vrai, renchérit-il, que lorsque nous prenons deux enfants issus de mêmes parents (qu’il s’agisse des jumeaux ou pas) et élevés dans des milieux différents, leur comportement ne sera certainement pas identique. Il en sera de même pour les citadins qui se comporteront différemment par rapport aux ruraux ([42]).

Cette illustration montre clairement que l’environnement socio-culturel est d’une influence indiscutable sur la vie des conjoints au sein d’un ménage, surtout dans les centres urbains caractérisés par le brassage des cultures. Cette réalité s’accentue parfois par des différences linguistiques et surtout lorsque l’homme et la femme n’appartiennent pas à une même aire linguistique. Cette situation dégénère quelquefois aux conflits ouverts du fait de ne pas partager le même langage. Dans ce cas, le divorce intervient dans cette incompréhension liée à une culture différente de celle de son partenaire.

 

 

-          Le niveau d’instruction

 

Le niveau d’étude peut aussi compter parmi les causes de divorce surtout lorsque l’un des conjoints possède un titre scolaire ou académique supérieur à celui de son partenaire. Cette situation est perçue de la même manière tant du côté de l’homme que de la femme. Rentrant dans l’histoire, le Professeur Nsilu Matondo note qu’à l’accession du Congo à l’indépendance, le pays n’avait pas plus de dix universitaires. Aujourd’hui, le nombre des universitaires est tel que beaucoup d’entre eux sont versés sur le marché du chômage.

Il ajoute en outre que jusqu’à une époque récente, le retard qu’accusaient les filles au niveau de leur instruction était encore significatif. Pour le moment, cette situation a évolué de telle sorte que les filles se disputent les titres scolaires et/ou académiques avec leurs collègues de sexe masculin. Leur comportement vis-à-vis de certaines situations n’est plus celui qui était le leur dans la société traditionnelle. C’est dire que le niveau d’instruction est un facteur déterminant pour le développement intégral de l’homme, et pourquoi pas de la femme, voire de la société tout entière ([43]).

Comparativement à cette réalité, les hommes lettrés se sentent gênés et rabaissés lorsqu’ils se retrouvent en compagnie des collègues dont les compagnes possèdent un bagage intellectuel de haute facture. Certaines femmes de leur côté, se plaignent d’avoir un mari au bas niveau d’instruction et les disputes au sein de tels couples sont légions. A cet effet, ces femmes éprouvent le sentiment de grandeur vis-à-vis de leurs maris, ce qui les conduit à cultiver le complexe d’infériorité et l’esprit de ressentiment. Dans cet état de fait, il suffit d’une situation, si minime soit-elle, pour déclencher le processus de divorce.

En effet, constate le Professeur Nsilu Matondo, lorsque nous observons aujourd’hui le nombre, sinon l’évolution des effectifs des filles inscrites tant aux niveaux primaire que supérieur, il y a toutes les raisons de croire que ce secteur de la vie (enseignement) a largement contribué au changement de mentalité ([44]). C’est pour cette raison, croyons-nous en ce qui nous concerne, que le niveau d’instruction est un des facteurs déterminants de divorce à l’heure actuelle. En définitive, l’influence du degré de la scolarisation joue considérablement sur la vie du couple en le fragilisant par des traumatismes subis par le partenaire moins lettré.

 

-          Incompatibilité de caractère

 

Dans la vie de tous les jours au sein des ménages, la convergence ou la divergence des unes des partenaires est un facteur non moins négligeable dans la cohésion ou non de l’unité conjugale. Il est reconnu, sociologiquement parlant, que toute société, à l’instar de la famille, n’est pas épargnée de conflits. Ceux-ci par ailleurs vécus au quotidien dans chaque foyer sont souvent considérés comme moteur de progrès, de consolidation des liens de mariage, voire de sa déstabilisation.

Il sied de dire que chaque individu est le produit de l’éducation reçue en famille et au sein de l’ensemble de l’environnement social où il a passé une bonne partie de sa vie. Son comportement vis-à-vis des autres dépendra dans une large mesure des faits physiques (sa propre conscience), de ses expériences et de ses modèles dont il sera fortement influencé tant dans le bien que dans le mal. Gabriel Tarde à ce propos de l’instinct d’imitation.

 

C’est donc compte tenu de ces facteurs qu’il y a lieu de situer l’incompatibilité des caractères, les sauts d’humeur entre les conjoints au sein des couples à la base des tensions e nécessitant l’intervention des voisins, des amis et autres membres des familles. Bref, ce genre d’unions marquées chaque fois par des incompréhensions, le divorce intervient comme solution aux querelles interminables.

 

-          Le goût du lucre

 

Les biens matériels influencent également le comportement des conjoints dans la mesure où ils peuvent constituer une source de divorce. Certaines femmes abandonnent leurs premiers maris moins nantis financièrement au profit de ceux qui possèdent d’énormes moyens financiers. Ceci est d’autant vrai pour les femmes que pour les hommes attirés par les femmes riches.

 

La perte d’emploi par l’homme est une épreuve difficile à supporter par certaines femmes, qui à la longue, se livrent à la débauche et finissent par susciter le divorce. Il en est de même des hommes qui au moindre changement de leurs statuts sociaux, abandonnent les premières épouses pour s’adonner aux autres. L’argent unit et en même temps divise. Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre.

 

-          La stérilité

 

A côté de ces facteurs déterminants de divorce tels que nous venons de le décrire, il y a lieu de citer également la stérilité, surtout féminine. Les cas de divorce sont monnaie courante auprès des couples stériles. L’absence de la progéniture est perçue comme une  humiliation et suscite médisances, railleries, voire mépris du fait que l’enfant est considéré comme une richesse dans la plupart des cultures congolaises et une valeur irremplaçable.

 

A ce propos, Swekila Makumbu , parlant de la femme Yaka, soutient qu’ « Avoir des enfants demeurent jusqu’à ce jour une richesse incontestée chez les Yaka, richesse qu’il est recommandé d’acquérir grâce au bien du mariage par une ou plusieurs noces, la polygamie s’appuyant souvent sur cet argument pour se justifier » ([45]).

 

Tout en poursuivant son argumentation, ce même auteur renchérit en disant que « le foyer reste l’institution par excellence au sein de laquelle al femme Yaka joue pleinement son vrai rôle, d’épouse et de mère. Ainsi, par rapport à l’homme, la femme représente une valeur utilitaire dont la structure trouve sa raison d’être dans la maternité. La femme a de la considération auprès de l’homme par sa capacité de donner la vie. De ce fait, sa relation avec l’homme se fonde de prime abord sur sa fertilité qui la place dans un contexte d’un besoin qui, d’avance, est définie par la tradition » ([46]).

 

Partant de la valeur accordée aux enfants, la stérilité est considérée comme une malédiction. Une femme stérile est comparable à un arbre qui ne porte pas des fruits et qu’il faut à tout prix abattre, d’où le divorce trouve sa vraie signification.

 

-          Les médias

 

Les médias, à l’instar des réseaux sociaux, peuvent à leur tour constituer une source non négligeable de divorce par l’influence qu’ils exercent sur l’esprit humain. La télévision par exemple, en diffusant les séries, les films, les pièces théâtrales attirent plus des gens et les poussent à adopter des comportements inappropriés tels que les choix des remariages, la tentative, voire l’accomplissement des divorces.

 

A cet effet, certains hommes sont fascinés parfois par des vedettes féminines vues au quotidien à travers les écrans télévisés. L’accoutumance à cette réalité peut servir de mépris de la conjointe légitime au profit d’une personne vue régulièrement à travers les images.

Tout en reconnaissant l’impact des différents facteurs ci-dessus décrits sur l’état de divorce, on ne peut pas ignorer l’action du phénomène religieux sur la rupture des liens de mariage, car certaines églises exigent à ceux qui veulent adhérer à leur mouvement, l’abandon de l’épouse actuelle au profit de celle imposée en rapport avec la doctrine confessé. C’est donc après cet aspect que nous allons examiner dans les lignes qui suivent les conséquences de divorce.

 

b)    Conséquences

 

Parler des causes de divorce, incite ipso facto de scruter également les conséquences qui en découlent de ce phénomène dont les répercussions sont ressenties à la fois par les conjoints eux-mêmes, les enfants issus de leur union, le reste de la famille et l’environnement social de leur vie. Examinons à présent tour à tour ces conséquences sur chacune des catégories évoquées dans ses aspects tant positifs que négatifs.

 

1.     Aspects positifs

 

Au début du mariage, les époux partagent le sentiment d’un bonheur parfait et projettent de vivre ensemble jusqu’à la fin de leur existence terrestre, quelle que soit la résurgence des événements heureux ou malheureux tout au long de leur parcours. Mais il arrive que le divorce intervienne à la suite d’éventuelles incompréhensions inhérentes à la nature humaine. Des situations inattendues surviennent tout en mettant en péril la cohésion matrimoniale. Mais la séparation en soit peut s’avérer utilitaire et salutaire pour les époux déchus ou pour l’un d’entre eux.

Par rapport aux aspects positifs du divorce, il est impérieux de relever la liberté des divorcés (indépendance), l’exercice de l’autorité personnelle et le choix indépendant de ses besoins.

 

-          La liberté des divorcés

 

Dans le cas de divorce, il sied de reconnaître que ce sont les conjoints eux-mêmes qui vont constituer la première catégorie à subir les effets de leur séparation étant donné que chacun sera appelé à refaire la vie dont l’issue n’est toujours pas connue à l’avance. Le divorce est parfois interprété par la partie demanderesse comme libération, une lueur d’espoir, donc une véritable délivrance afin de se défaire d’une situation paraissant intenable. L’instigateur croit généralement aux lendemains meilleurs en dépit de l’interdit du futur.

Généralement considéré comme la toute première institution humaine, le mariage est un domaine qui limite sensiblement les libertés individuelles et fait appel au conformisme social et moral pour le bien-être du couple. Les conjoints, à l’occasion du mariage, sont contraints à partager les mêmes joies et peines dans une convergence des vues tout en se considérant comme un seul être regardant dans la même direction.

Mais en dépit de toutes les contraintes morales, religieuses et sociales, les contradictions se manifestent et finissent dans certains cas à déboucher sur le divorce. La rupture des liens de mariage est quelque fois bénéfique dans la mesure où chacun des conjoints recouvre sa liberté et agir selon son vouloir. Beaucoup d’hommes ou des femmes ont vu leur vie se transformer après le divorce. Tel est le cas de la réussite dans les affaires où chacun va user de sa liberté pour travailler, créer et innover. Certains couples frappés par la stérilité pendant plusieurs années se retrouvent avec les enfants chacun de son côté à l’issue du remariage. Vivre ensemble dans les liens de mariage n’est pas une assurance d’une vie gagnée à l’avance, au contraire, il peut s’avérer comme un frein à l’émergence personnelle.

A cet effet, le divorce ne peut pas toujours être perçu dans le sens négatif, c'est-à-dire porteur des germes d’échec et d’instabilité. Au contraire, après le divorce, chaque partenaire peut tirer profit de l’échec et se refaire une autre vie soit dans un autre mariage ou dans un domaine où il peut exceller.

 

-          L’exercice de l’autorité personnelle

 

Les liens de mariage limitent d’une façon ou d’une autre, l’exercice de l’autorité personnelle et font de chacun dépendant de l’autre dans une logique de soumission réciproque. Mais la femme, considérée à tort ou à raison comme un être faible, voit son autorité confisquée par l’homme. Elle est parfois considérée comme un enfant, ce qui justifie ceux qui disent que toute femme a 14 ans.

C’est dans ce contexte que le Professeur Nsilu Matondo, évoquant le code Napoléon, rappelle les dispositions reprises dans le code de la famille dans ses articles 444 et 448 qui stipulent respectivement :

-          Le mari est le chef du ménage. Il doit protection à sa femme ; la femme lui doit obéissance ;

-          La femme doit obtenir l’autorisation de son mari pour tous les actes juridiques dans lesquels elle s’oblige à une prestation qu’elle doit effectuer en personne ([47]).

 

Cependant, il faut reconnaître que ces prescrits de la loi n’ont plus la même valeur aujourd’hui à la suite des diverses mutations sociologiques. Certaines femmes, grâce à la formation intellectuelle, prennent la responsabilité de leurs actions en usant des décisions personnelles. Elles jouissent de l’autorité personnelle surtout lorsqu’elles parviennent à se défaire des liens de mariage.

 

-          Le choix indépendant de ses besoins

 

L’exercice de l’autorité personnelle conduit inexorablement au choix indépendant de leurs besoins, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes. Le divorce constitue une occasion où chacun se décide librement de ses projets, de ses ambitions et de la réalisation des objectifs préalablement définis.

 

2.     Aspects négatifs

 

Après avoir évoqué certains aspects positifs de conséquences de divorce, il est important de dire également un mot sur les aspects négatifs tant au niveau du couple, des enfants, de la famille qu’à celui de la société.

 

-          Au niveau du couple

 

Il arrive souvent que les espérances de la personne offensée débouchent sur des nouvelles déceptions. Certaines femmes qui considéraient le mariage comme une prison se retrouvent parfois déçues devant une nouvelle expérience de vie. La liberté retrouvée pourrait susciter des maux tels que la solitude, le rejet, les souffrances atroces, les maladies et tant d’autres encore.

Le remariage n’est pas le signe d’un bonheur retrouvé car il peut engendrer d’autres problèmes plus complexes que ceux vécus auparavant surtout lorsqu’il s’agit d’une famille monoparentale ou recomposée. Les enfants issus de chacun des partenaires auront à considérer le nouvel arrivant comme un conquérant, voire un envahisseur dans le cas d’une personne héritière possédant d’énormes moyens financiers et des biens matériels considérables. Les relations entre les conjoints seront de temps en temps tendues à tel point que le risque de rupture pourrait devenir une nécessité.

 

-          Au niveau des enfants

 

Quand il s’agira des enfants de divorcés, leur avenir pourrait devenir sombre à cause des dissensions qui persisteront entre les parents déchus. L’expérience prouve à suffisance que le divorce crée auprès des enfants les traumatismes et frustrations tout en favorisant l’échec scolaire, les fugues, l’abandon du toit familial, les mauvaises compagnies, la débauche avec tous ses corollaires, l’égocentrisme, le ressentiment, la délinquance ainsi que plusieurs autres formes de criminalités. Le désir d’aller vivre dans la rue est plus ressenti avec acuité par les enfants des divorcés qui aspirent à la liberté en vue d’être à l’abri des injustices leur infligées à la maison. Les autres enfants qui échappent à cette tentation sont souvent pris en charge par les autres membres de leurs familles à l’instar des grands parents, oncles ou tantes et parfois même par les connaissances.

 

-          Au niveau de la famille

 

La prise en charge des enfants de divorcés au sein de la famille large ne se passe pas généralement de manière aisée car s’accompagnant des insultes, des brimades et de la soumission aux travaux forcés. Leur situation s’empire souvent lorsque l’un des parents biologiques arrivait à trépasser. C’est alors qu’on arrive  à les considérer à tort ou à raison comme des sorciers, capables de nuire. Ils seront de temps en temps en conflits permanents avec ceux qui les prennent en charge et se verront parfois obligés en vue de trouver un autre endroit où ils pourraient vivre en paix.

 

-          Au niveau de la société

 

Les conséquences négatives découlant de la situation des enfants des parents divorcés ne sont pas seulement ressenties au niveau du couple, des enfants eux-mêmes ou au niveau de la famille ; mais elles ont également une incidence non négligeable sur l’environnement social dans son ensemble. L’abandon de ces enfants à leur triste sort constitue une véritable bombe à retardement dont les effets pourraient se manifester à court, moyen et long terme. Dans la plupart des quartiers pauvres, la population est loin de vivre une véritable paix sociale à cause de la délinquance juvénile, le banditisme, le vol simple ainsi que le vol à main armée.

 

La jeunesse non encadrée et manquant de repère, est un danger en  permanence non seulement pour la famille d’origine, mais également pour l’ensemble de la société environnante. Il s’avère que la plupart de ces jeunes délinquants commencent à commettre des crimes au sein de leurs propres familles avant de s’engager ailleurs.

 

En résumé et par rapport à toutes ces conséquences évoquées, il convient de situer le divorce dans une approche holistique ou nous sommes tentée de mettre en évidence les pénibles conditions de vie engendrée par une situation généralisée de crise sociale dont sont victimes la plupart des familles congolaises.

Et c’est avec raison que DIKETE ONA DIOWO et MBUDENA KASAI, dans un article intéressant intitulé « Phénomène Bipupula, Mode de survie des familles démunies à Kinshasa », précisent que cela crée ipso facto la dégradation des relations familiales père – mère, ; père – enfant, enfants entre eux, engendrant ainsi d’autres maux : phénomène  enfant de la rue, « faseurs », délinquance juvénile, multiples abandons scolaires, grossesse et mariage précoces, dépravation des mœurs, divorces intempestifs, naissances indésirables, prostitution à outrance, banditisme, désœuvrement et désorientation de la jeunesse qui se mue en : « pomba », « kuluna », « danseurs décalés », etc. ([48]).


 

CHAPITRE III: PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS

 

Après que nous avons eu à déceler les causes et conséquences de divorces ainsi que leurs répercussions sur les catégories concernées, notre troisième et dernier chapitre tient à la présentation, à l’analyse et à l’interprétation des données relatives à nos investigations de terrain. Ainsi, la première section vise à scruter les contenus de différents jugements mis à notre disposition par le tribunal de paix de la commune de Lemba. La seconde section s’occupe de l’organisation des jugements et la dernière va nous permettre d’interpréter sociologiquement les opinions contenues dans les divers jugements.

Section 1 : Les contenus de jugement consulté

 

Notre enquête s’est déroulée dans le tribunal de paix de la commune de Lemba. Faute insuffisamment des temps nécessaires suite aux plusieurs aléas, des moyens financiers et de l’emploi, de temps surchargés des greffiers et juges du tribunal précité, nous n’avons eu qu’à consulter 30 feuillets des dossiers relatifs aux demandes des divorces bien qu’étant en surabondance.

 

A cet effet, nous avons opté pour l’échantillon à choix raisonné pour des raisons ci-dessus exprimées. La plupart des actions de divorce analysées à travers les différents jugements sont à la fois initiées par les hommes et les femmes ayant vécu ensemble dans un mariage civil, c'est-à-dire célébré devant un officier de l’état-civil. Les demandes de divorces telles qu’analysées à notre niveau sont inhérentes aux causes ci-après :

-          Irresponsabilité des maris tout au long de la vie commune ;

-          Abandon fréquent du toit conjugal ;

-          Dégradation de la situation socio-économique ;

-          Immaturité de l’homme ou de la femme (se confiant aux parents pour n’importe quel problème au sein du foyer) ;

-          Absence de discrétion (se confiant à n’importe qui pour chaque différend) ;

-          Maltraitances de l’épouse, tortures, insultes, administration des coups, etc.

-          Querelles constants ;

-          Tentatives d’étranglement de l’épouse pendant le sommeil ;

-          Incompatibilité totale des caractères et des mœurs ;

-          Instauration du climat malsain par l’une des parties ;

-          Infidélité de l’homme ou de la femme ;

-          Longue absence (voyages, missions de service) ;

-          Stérilité, etc.

Section 2 : L’organisation des jugements

 

La procédure de la demande de divorce est telle que le demandeur ou la demanderesse saisit le tribunal en lui signifiant la cause de sa décision ainsi que les différentes motivations afin que les liens de mariage soient dissouts pour permettre à chacun de refaire sa vie. Après l’introduction de la demande et que le tribunal s’est déclaré saisi, la cause est donc inscrite au rôle civil au Tribunal de céans, conformément aux dispositions de l’article 17 du code de procédure civile.

 

Avant de prononcer le divorce et dissoudre le régime matrimonial, le tribunal prend soin de procéder aux différentes étapes en respectant les processus tels que requis en fonction des dispositions légales. La procédure de conciliation prévue par les articles 555 à 562 du code de la famille sont bel et bien observée et suivies. Ce n’est qu’à la suite de l’échec constaté qu’on procède à un procès-verbal de non conciliation. Avant même de rendre un verdict final, le tribunal doit d’abord constater que la volonté de cohabitation est devenue impossible conformément à l’article 550, alinéa 1r du même code qui déclare qu’il y a destruction irrémédiable de l’union conjugale et que le tribunal tire des faits la conclusion que la continuation de la vie conjugale et la sauvegarde du ménage sont devenues impossibles.

 

En définitive, lorsque le tribunal constate que le fait pour les époux de ne s’être pas réconciliés à partir de toutes les instances de conciliation aussi bien en famille que devant le tribunal et que le fait pour eux de ne pouvoir se supporter, il y a lieu de se faire la conviction de la destruction irrémédiable de leur lien conjugal. Dans ce cas, le divorce est considéré comme un remède à un mal évident d’une vie commune, difficile des époux. Par conséquent, la dissolution du mariage est prononcée conformément aux prescrits de la loi ad hoc.

Section 3 : Organisation de l’enquête

 

La recrudescence des cas de divorce dans la commune de Lemba est liée aux différentes causes dont les plus importantes et les plus récurrentes sont : la précarité de conditions de vie, les pesanteurs socio-culturelles, le niveau d’instruction, le goût du lucre, la stérilité, les médias, l’incompatibilité des caractères et tant d’autres.

 

Après avoir exploité tous les feuillets de jugements de divorce mis à notre disposition par le greffier du tribunal, nous avons été dans l’obligation de les quantifier dans un tableau afin d’y déceler la fréquence des causes majeures. C’est alors que nous allons évaluer les tendances dominantes de chacune des causes en vue de les interpréter pour une bonne compréhension du phénomène sous étude.

 

Le tableau ci-dessous reprend les différentes causes telles qu’analysées dans ce travail, ce qui nous permettra de dégager les fortes tendances, lesquelles nous aideront à un bel éclairage de ce fléau étant à la base de plusieurs maux sociaux.

Tableau n°1 : Récapitulatif des causes de divorce

 

Causes

Fréquence

%

Stérilité

3

10

Niveau d’instruction

3

10

Goût du lucre

2

6,5

Précarité des conditions de vie

2

6,5

Pesanteurs socio-culturelles

2

6,5

Incompatibilité des caractères

15

50

Autres causes

3

10

Total

30

100

 Source : Tableau élaboré par nous-même

Tableau n°2 : Données statistiques sur l’évolution des divorces à Lemba de 2012 à 2016

Année

Nombre

%

2012

21

18

2013

23

20

2014

20

17

2015

26

22

2016

27

23

Total

117

100

 

 


 

Graphique sur l’évolution des divorces à Lemba de 2012 à 2016

 

                  y

 

               30

 


                20

 


               10                         

 


                         2012    2013  2014 2015 2016   année ou période

 

On constate qu’entre 2012 et 2016, il y a eu une recrudescence de divorces, mais entre 2013 et 2014, il y a une baisse.

On constate toutefois une reprise significative d’augmentation de taux ou nombre de divorce entre 2014 et 2016 passant de 20 à 27 et ayant pour causes principales l’incompatibilité de caractères.

Section 4 : Interprétations des résultats de terrain

 

Après avoir résumé les différentes causes à la base de la recrudescence de divorce à Kinshasa, en général et dans la commune de Lemba, en particulier, dans un tableau illustratif, il s’avère inéluctable pou nous de pouvoir les interpréter rationnellement en vue de bien les cerner pour une meilleure compréhension du phénomène sous examen.

 

C’est ainsi que nous allons analyser tour les causes liées successivement à la stérilité, au niveau d’instruction, au goût du lucre, à la précarité des conditions de vie, aux pesanteurs socio-culturelles, à l’incompatibilité des caractères et aux causes évoquées sporadiquement dans certains dossiers de demandeurs et demanderesses de divorces.

 

1.     La stérilité

 

La stérilité est perçue par un non nombre de demandeurs de divorce comme l’une des causes essentielles de ce phénomène. Les couples concernés évoquent plusieurs années de vie commune (n’ont pas donné) sans progéniture. L’absence des enfants au sein d’un foyer est souvent source des malentendus, d’indifférence, des disputes régulières, des mensonges, des fugues surtout de la part du mari. La situation s’aggrave davantage lorsque les tests passés dans les hôpitaux attestent la stérilité de l’épouse.

 

Dans ce cas, même si l’homme continuait à aimer sa compagne, ce sera par contre les membres de sa famille, notamment ses sœurs et sa mère surtout de la part du mari. La situation s’aggrave davantage lorsque les tests passés dans les hôpitaux attestant la stérilité de l’épouse.

 

Dans ce cas, même si l’homme continuait à aimer sa compagne, ce sera par contre les membres de sa famille, notamment ses sœurs et sa mère surtout qui ne cesseront de s’en prendre à la femme stérile, laquelle serait traitée de sorcière, femme improductive, bouche inutile tout en subissant toutes formes des maltraitances.

 

A cet effet, celle-ci devient, non seulement la risée de sa belle-famille, mais aussi des voisins, des amis et autres connaissances du mari. Fort déprimée, cette femme se sentira dépossédée de toute affection maritale et finira par s’enliser dans la solitude. Du côté de l’époux, la tentation de chercher ailleurs ou de remariage sera si fort à tel point que les membres de sa famille ne le laisseront pas en paix en tant qu’il vivra avec une femme improductive. Ils le stimuleront à opérer un nouveau choix car seule comptent les enfants.

 

Par contre, lorsqu’il est attesté de la responsabilité de l’époux dans la situation de la stérilité, la femme reste toujours victime et souffrira davantage car ne sachant quoi faire surtout lorsque le mari dispose suffisamment d’une situation financière stable. Dans ce cas, le contrat matrimonial reste tributaire des intérêts matériels, et non de l’amour comme c’était au début du mariage. Bref, la stérilité est susceptible de conduire à l’infidélité de l’un comme de l’autre dans le cas où les conjoints auraient vécu ensemble pendant plusieurs années.

 

2.     Niveau d’instruction

 

La tendance générale affirme que l’amour est aveugle. Lorsqu’on se décide d’entrer en mariage, on oublie parfois les critères  établis au préalable. Parmi les critères du choix de son partenaire, les jeunes garçons surtout d’un niveau d’étude supérieure mettent l’accent sur le niveau d’instruction qui devient comme une valeur de référence. Les études jouent un rôle important ans l’harmonisation des rapports conjugaux. Certaines incompréhensions vécues tout au long de la vie du couple relèvent quelque fois de la différenciation dans l’acquisition de la culture scolaire.

 

Celle-ci suscite des querelles interminables car chacun des conjoints se pr2valent de son niveau, aura tendance à justifier certaines situations ou incompréhensions vécues à domicile. Si la femme peut avoir des retenus dans ses propos, il y a des hommes qui regrettent avoir pris en mariage les femmes moins instruites. Certains couples dont le niveau d’instruction est le même, tel est le cas, à la lumière du lot des dossiers consultés, des professeurs d’Université qui ont fini par le divorce faute d’incompréhensions permanentes.

 

3.     Goût du lucre et précarité des conditions de vie 

 

Plusieurs cas de divorce attestés lors de nos investigations relèvent également du goût de lucre, de la précarité des conditions de vie et des pesanteurs socio-culturelles. Certains mariages ont existé et duré grâce au profit, aux intérêts liés à l’appât des biens matériels par la conjointe. Chaque voyage du conjoint est une occasion d’offrir des cadeaux, des objets de valeur, des espèces monétaires et bien d’autres avantages au profit de l’épouse comblée de bonheur. Les liens de mariage se renforcent et se raffermissent tant que ces avantages demeureront.

 

Cependant, dès que la situation professionnelle de l’homme subit des changements suite à la faillite de l’entreprise ou au licenciement du concerné, le train de vie se modifie. Le ménage connait des déséquilibres et les conditions difficiles d’existence ne rassurent plus la conjointe habituée à la facilité. C’est avec raison que les kinois disent souvent : « Mwasi akokaka pasi te », ce qui signifie littéralement que la femme ne supporte pas la souffrance. Dans ce cas, c’est le divorce qui intervient. Telle est l’illustration d’une étude des cas concrets lors de nos enquêtes de terrain.

 

4.     Facteurs socio-culturels

 

Les pesanteurs socio-culturelles n’ont pas échappé à cette règle car les données de terrain les montrent clairement comme étant l’une des causes de la dissolution des liens matrimoniaux. L’étude de quelques cas nous a révélé les plaintes chaque fois renouvelées des épouses issues des mariages mixtes. Elles ne cessent de se plaindre des propos malveillants des conjoints, des beaux-parents et surtout des belles-sœurs. Le fait d’appartenir à une aire culturelle linguistique autre que celle de l’époux est source des conflits et tensions persistantes au détriment de la cohésion de ménages. De tels cas ont fini par aboutir à la rupture des liens de mariage.

 

Par rapport à ce facteur, l’homme devrait subir l’influence ou l’imposition de ses parents en vue de s’engager dans une autre union de mariage avec la femme issue de sa propre tribu tout en évoquant la différence des coutumes. C’est ainsi que la première épouse dont le mariage a été célébré devant l’Officier de l’Etat-civil devrait recourir à ce dernier pour solliciter la dissolution du mariage à cause de la difficile, voire l’impossible cohabitation.

 

5.     Incompatibilité des caractères

 

La plupart des dossiers consultés demandant le divorce, 50% comme le démontre notre tableau illustratif, ont relevé comme facteur déterminant l’incompatibilité des caractères et des mœurs. Les uns comme les autres se jettent la responsabilité de manque d’harmonie et de l’instabilité de leurs foyers. Tous affirment qu’ils n’ont jamais vécu un seul instant de bonheur.

 

Dans l’étude de quelques cas des dossiers soumis à notre examen, certains hommes se plaignent de l’incompatibilité des vues durant toutes les années de leurs mariages. Cette situation n’a fait qu’engendrer d’autres maux tels que les disputes, les incompréhensions, l’infidélité, l’ingérence des personnes étrangères à leurs univers, etc.

 

De leur côté, les femmes affirment avoir vécu le ridicule à cause de l’incompatibilité des caractères. Elles ne se sont jamais réjouies de leur statut des femmes mariées car soumises à l’incompréhension, aux sévices, séquestrations, injures publiques, coups et blessures et à la séparation des corps. Les maris n’ont jamais tort, ne cessent de marteler ces épouses dans leurs demandes de divorce. C’est donc après avoir supporté toutes les formes d’humiliations qu’elles vont se décider de mettre fin à leurs unions conjugales. Le divorce représente pour elles une issue, une délivrance, bref une véritable libération.

 


 

CONCLUSION ET SUGGESTIONS

 

Après avoir analysé tous les points saillants en rapport avec notre sujet de recherche dans son cheminement, il s’avère indispensable de le conclure afin d’ouvrir la voie aux autres chercheurs de compléter ce qui correspond à nos limites. A ce propos, notre travail a porté essentiellement sur la recrudescence des divorces à Kinshasa de manière générale et dans la commune de Lemba en particulier.

 

De prime abord, nous avons effleuré tant soit peu la littérature existante sur la question de divorce à travers les écrits des quelques auteurs en la matière en vue de nous permettre de bien cerner l’objet de notre étude et forger notre propre originalité. C’est à la suite de cette revue de littérature que nous nous sommes attelée à la problématique en rapport avec la situation étudiée à l’issue de laquelle répond ce questionnement :

-          Quels sont les facteurs déterminants de divorce ?

-          Quelles peuvent en être les conséquences ?

-          Et que faire pour atténuer, voire éradiquer ce phénomène ?

 

Pour répondre à ces préoccupations et en guise d’hypothèses, nous avons épinglé la stérilité, la précarité des conditions de vie, le goût du lucre, les médias et l’incompatibilité des caractères comme étant des causes probables au divorce. En ce qui concerne les conséquences, nous avons distingué celles positives à côté de celles négatives. Mais nous nous sommes appesantie sur les conséquences négatives à causes de leurs répercussions tant sur les époux divorcés, sur les enfants que sur l’ensemble de la société.

 

Il faut ajouter à cela que pour imprimer à notre travail un caractère scientifique, nous avons recouru à la méthode dialectique qui, à travers ses postulats, a mis en exergue les conflits vécus au sein des familles et suscitant la dissolution des unions conjugales. Cette méthode a été renforcée par le concours de techniques d’observation directe, documentaire et d’échantillonnage.

 

Après la confrontation des données de terrain, nous sommes parvenue à affirmer nos hypothèses de départ. A cet effet, nous reconnaissons nos limites et le caractère non exhaustif de notre apport à la question de divorce. Par contre, nous sommes rassurée que des recherches plus fouillées viendront compléter et enrichir notre essai.

 

En définitive, pour clore ce travail, nous pensons qu’il est du devoir des pouvoirs publics de donner des solutions durables aux questions de chômage des parents et à l’amélioration des conditions de vie en leur octroyant des salaires décents ; d’utiliser les médias en guise de sensibilisation afin de toujours sauvegarder le caractère sacré des liens de mariage.

 

Il faudrait également que le problème de mariage puisse demeurer une préoccupation de toute la communauté à savoir l’école, l’église, les médias, les diverses organisations tant nationales qu’internationales dans la synergie de leurs actions en vue d’une attention soutenue au mariage d’une part et à la famille, de l’autre.

A part la responsabilité de l’Etat qui a l’obligation de faire respecter le contrat de mariage, il incombe aussi à la société (famille) de veiller au respect de l’accord conclu entre les familles. Aussi, les mariés eux-mêmes (l’homme et la femme) doivent toujours opérer le bon choix pour qu’ils vivent longtemps conformément à leur engagement, à leur contrat.


 

BIBLIOGRAPHIE

 

I.                  Ouvrages

 

1.         CAMPENHOUDT Luc Van, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Ed. Bordas, 1988.

2.         GUIDERE Matthieu, Méthodologie de la recherche. Guide du jeune chercheur en lettres, langues, sciences humaines et sociales, Paris, Edition Ellipse, 2004.

3.         MPINGA KASENDA, H et Gould, D.J, les reformes administrative au Zaïre, PUZ, Kinshasa, 1975.

4.         MAUSS Marcel, Introduction à la sociologie par sept grands auteurs, Paris, 2008.

5.         MUNTOUSSE Marc & RENOUARD Gilles, 100 fiches pour comprendre la sociologie, Paris, Ed. Bréal, Sd,

6.         NIZET Jean, La sociologie de Anthony Giddens, Paris, Edition la Découverte, 2007.

7.         RIGAUX Nathalie, Introduction à la sociologie par sept grands auteurs, Editions de Boeck, Bruxelles, 200/8.

8.         SHOMBA K. S., Méthodologie et épistémologie de la recherche scientifique, Kinshasa, Presses de l’Université de Kinshasa, 2014.

 

II.               Articles

 

1.     SWEKILA MAKUMBU, L’image de la femme dans « Makama Moodidila », ou verset de lamentations de Ignace BUKEDI, in Cahiers congolais de Sociologie, n°25, Avril, Université de Kinshasa, 2012.

2.     VERHAEGEN Benoît, Pour une approche dialectique de leurs relations, in Analyses sociales, Volume 1, numéro 2, Mars – Avril, LASK, Kinshasa, 1984.

 

III.           Thèse, Mémoires et Notes de cours

 

1.     NSILU MATONDO, Mariage et résolution des conflits d’héritage chez les Kongo. Analyse sociologique sur les droits des survivants, Thèse de doctorat en Sociologie, Université de Kinshasa, 2012.

2.     NKUANZAKA INZANZA, A., Cours de Sociologie de la famille et de la population, G3 Sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2016-2017.

3.     SHEMBO, La perception de l’Homme politique zaïrois par la population de la zone urbaine de Lemba. Cas du quartier commercial, Mémoire de Licence, FSSAP, ULK, 1997-1998.

4.     TALO YAMUGBIA, Conditions psychosociologiques des enfants divorcés de la commune de Makala/Kinshasa, Mémoire en Sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2005-2006.

 

IV.           Autres documents

 

1.                 Code de la famille

2.                 Décret-loi n°081 du 02 juillet 1998 portant organisation territoriales et administrative de la République Démocratique du Congo tel que modifié et complété par le Décret loi n°018/ 2001 du 28 septembre 2001, numéro spécial, Kinshasa.

3.                 Lexique de Sociologie, Paris, Dalloz, 2005.

4.                 Ordonnance-loi n°82 -006 du 25 février 1982, in journal officiel de la République, Kinshasa.

5.                 Rapport Annuel de la commune de Lemba, 2011

 

 

TABLE DES MATIERES

 

IN MEMORIAM... I

DEDICACE. II

REMERCIEMENTS. III

INTRODUCTION.. 1

7.    Difficultés rencontrées. 12

8.    Subdivision du travail. 13

CHAPITRE I : CONSIDERATIONS GENERALES. 14

Section 1 : Définition des concepts. 14

1.1.     Divorce. 14

1.2.     Mariage. 15

1.3.     Famille. 16

1.3.1. Fonctions sociales de la famille. 18

1.4.     Recrudescence. 19

1.5.     Ménage. 19

1.6. La dot 20

Section 2 : Présentation de la commune de Lemba. 20

1.1. Aperçu historique. 21

I.1.1. Données géographiques. 24

I.1.2. Organisation administrative de la commune de Lemba. 25

Organigramme de la commune de Lemba. 28

CHAPITRE II: LA RECRUDESCENCE DE DIVORCE EN MILIEU URBAIN.. 29

Section 1 : Evolution de la famille. 29

Section 2 : Causes et conséquences de divorce. 32

CHAPITRE III: PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS. 44

Section 1 : Les contenus de jugement consulté. 44

Section 2 : L’organisation des jugements. 45

Section 3 : Organisation de l’enquête. 46

Section 4 : Interprétations des résultats de terrain.. 48

CONCLUSION.. 54

BIBLIOGRAPHIE. 56

TABLE DES MATIERES. 58

 



[1] Marcel MAUSS, Introduction à la sociologie par sept grands auteurs, Paris, 2008, p.170.

[2] Marc MUNTOUSSE & Gilles RENOUARD, 100 fiches pour comprendre la sociologie, Paris, Ed. Bréal, Sd, p.180.

[3] Idem.

 

[4] Ibidem.

[5] R. GAMIN, cité par TALO YAMUGBIA, Conditions psychosociologiques des enfants divorcés de la commune de Makala/Kinshasa, Mémoire en Sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2005-2006.

[6]

[7] Matthieu GUIDERE, Méthodologie de la recherche. Guide du jeune chercheur en lettres, langues, sciences humaines et sociales, Paris, Edition Ellipse, 2004, o.19.

[8] Luc Van CAMPENHOUDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Ed. Bordas, 1988, p.96.

[9] Matthieu Guidère, op. cit, p.72.

[10] Benoît VERHAEGEN, Pour une approche dialectique de leurs relations, in Analyses sociales, Volume 1, numéro 2, Mars – Avril, LASK, Kinshasa, 1984, p.50.

[11] Benoît VERHAEGEN, op. cit, pp.50-51.

[12] GUIDERE, M., op. cit, pp.64-65.

[13] Sylvain SHOMBA K., Méthodologie et épistémologie de la recherche scientifique, Kinshasa, Presses de l’Université de Kinshasa, 2014, pp.128-129.

[14] Nathalie RIGAUX, Introduction à la sociologie par sept grands auteurs, Editions de Boeck, Bruxelles, 200/8, pp.176-177.

[15] Lexique de Sociologie, Paris, Dalloz, 2005.

[16] Idem

[17] Ibidem.

[18] Lexique de Sociologie, Paris, Dalloz, 2005.

[19] Lexique de Sociologie, op. cit.

[20] Marc MOUNTOUSSE et Gilles RENOUARD, op. cit, p.179.

[21] Lexique de Sociologie, op. cit,

[22] NKUANZAKA INZANZA, A., Cours de Sociologie de la famille et de la population, G3 Sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2016-2017.

[23] NKUANZAKA INZANZA, A., op. cit.

[24] Idem

[25] Rapport annuel de l zone urbaine de Lemba de 1995, cité par Papy NDIBU SHEMBO, La perception de l’Homme politique zaïrois par la population de la zone urbaine de Lemba. Cas du quartier commercial, Mémoire de Licence, FSSAP, ULK, 1997-1998, p.15.

[26] Rapport annuel de la zone urbaine de Lemba, op. cit, p.15.

[27] Rapport Annuel de la commune de Lemba, 2011, p.2.

[28]Mpinga Kasanda, H et Gould, D.J, les reformes administrative au Zaïre, PUZ, Kinshasa, 1975, p. 72.

[29] Rapport Annuel de la commune de Lemba, 2011, p.74

[30] Ordonnance-loi n°82 -006 du 25 février 1982, in journal officiel de la République, Kinshasa, p.19

[31] Idem p

[32] Idem, p.37

[33] Décret-loi n°081 du 02 juillet 1998 portant organisation territoriales et administrative de la République Démocratique du Congo tel que modifié et complété par le Décret loi n°018/ 2001 du 28 septembre 2001, numéro spécial, Kinshasa, p.20.

[34]Rapport annuel de la Commune de Lemba de 2011, op. cit, p.2.

[35]Idem,, p.2.

[36] Rapport annuel 2011, op.cit, p4

[37] Idem. p4

[38] Lexique de Sociologie, op. cit., p.97.

[39] Jean NIZET, La sociologie de Anthony Giddens, Paris, Edition la Découverte, 2007, pp.71-72.

[40] Jean NIZET, op. cit, p.73.

[41] Idem.

[42] NSILU MATONDO, Mariage et résolution des conflits d’héritage chez les Kongo. Analyse sociologique sur les droits des survivants, Thèse de doctorat en Sociologie, Université de Kinshasa, 2012.

[43] NSILU MATONDO, op. cit.

[44] NSILU MATONDO, op. cit.

 

[45] SWEKILA MAKUMBU, L’image de la femme dans « Makama Moodidila », ou verset de lamentations de Ignace BUKEDI, in Cahiers congolais de Sociologie, n°25, Avril, Université de Kinshasa, 2012, ^.120.

[46] Idem.

[47] NSILU MATONDO, op. cit.

[48] DIKETE ONA DIOWO et MBUNDENA KASADI, Phénomène « Bipupula » : Mode de survie des familels démunies à Kinshasa, in Art. cit, p.152

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