LES CROYANCES RELIGIEUSES ET MAGIQUES CHEZ LES BAYAKA DU TERRITOIRE DE KASONGO-LUNDA
Par
TALAMAKU MBILA Alpha[1]
Introduction
Les grands penseurs et historiens africains ont déjà écrit les grandes lignes sur l’histoire d’Afrique qui était mal réputée sans histoire.
Le Muyaka est un jaloux de son héritage. Il ne tient pas à ce que ses valeurs ancestrales prennent une publicité indiscrète ou se répandent parmi les blancs qui restent, malgré tout, des intrus qu’on n’introduit pas au-delà du seuil de l’intimité clanique. Le monde des Bayaka foisonne cependant des croyances et des rites magiques.
Ainsi, vu l’originalité qui caractérise chaque société, présenter un peuple suppose u référentiel de base. Il s’agit de considérer un certain nombre d’espèces qui permettront aux lecteurs d’avoir une connaissance détaillée du peuple à l’étude.
Dans cette optique, nous avons considéré différents aspects qui sont : l’historique, la structure sociale, la géopolitique et les croyances religieuses et magiques chez le peuple sous examen, jadis Bayaka.
I. L’historique des Bayaka
1.1.Les origines et l’identité de l’ethnie Yaka
D’après Jan Vansina lorsqu’ à la fin du XVIIIè siècle, Kasongo-Mangwanda, chef de fil d’un groupe d’émigrants luunda, arriva dans la vallée du Kwango, il y avait déjà au moins, trois groupes ethniques bien installés dans cet espace : les Tsamba alors organisés en un ou deux royaumes et les Bayaka proprement dits ([2]).
Dans ce cas de Bayaka, Jan Vansina affirme que c’est à la suite de leur expulsion du royaume Kongo, après 1574, qu’ils s’émigrèrent vers la vallée du Kwango et arrivèrent jusqu’aux rapides de Kingushi ([3]).
Il semble cependant que ces populations locales ne furent pas facilement acte d’allégeance au nouveau pouvoir Lunda. De telle sorte que Muniputu-Kasongo et ses successeurs dirent recourir à la force des armes pour mater les récalcitrants néanmoins, dans son ensemble, l’assimilation de toutes les populations autochtones par la minorité luunda qui était si forte et bien structurée que presque tous finirent par se dirent yaka et originaires du pays lunda ou de koola ([4]).
Elles reconnurent la souveraineté du Kyamvu ou Kyamfu qui encore aujourd’hui prétend être descendant des Luunda. Même le nom que le territoire porte de Kasongo-Lunda signifie : le grand père Kasongo est venu de Luunda.
L’histoire de ce territoire montre que les premiers habitants de ce lieu furent Kasongo ets es descendants venus de l’empire luunda. La délimitation de l’extension géographique du peuplement yaka repose souvent sur une acceptation très large appliquée au terme yaka et les critères choisis pour définir l’appartenance au groupe et ethnie yaka.
1.2. Géopolitique des Bayaka
Les Yaka occupent le territoire compris entre le 16ème et 19ème degré de longitude de Greenwich et entre le 4ème et 8ème degré de latitude Sud. C'est-à-dire toute l’étendue située entre les rives de la Lufimi, celles de la haute Lubisi et de la rivière Kwango à l’Ouest et successivement les rives de l’Inzia, de la haute Lukula, de Luyi et du Kwenge à l’Est entre le confluent de Bakali au Nord ([5]).
Ces Bayaka entendus au sens générique du terme désignent toutes les populations qui se soumirent à l’hégémonie Lunda. Et payèrent les tributs (milambu) au Kyamfu ou Kyamvu Kasongo-Lunda où ses lieutenants.
Quant à leur origine, ils se réclament originaires du Kongo qu’on désigne par différents noms : Kongo dya Ngunga (le Kongo de la cloche), Kongo dya N’lasa (Kongo de N’lasa) et Kongo dya ntotila (Kongo du roi). Par toutes ces expressions, les Yaka voulaient désigner l’ancien royaume du Kongo où tous situent leur ancien habitat.
Selon le père Léon de Beir, leur migration vers le Kwango s’effectua en deux étapes : au Sud et au Nord. C’est vers le XVème siècle qu’ils s’infiltrèrent dans le territoire actuel où ils rencontreront les Pindi, les Tsamba, les Hungana et les Ngongo.
Les Bayaka où les Yaka constituent un peuple homogène, discipliné, travailleur et guerrier qui occupe les plateaux du Kwango dans le Sud-ouest de la République Démocratique du Congo.
Ce sont principalement des agriculteurs qui cultivent de manioc, de l’arachide, des ignames, des courges, de maïs, de haricot, du café robusta et qui élèvent de la volaille et du petit bétail. Ils sont également des bons chasseurs dans les clairières et forêts des rivières Kwango et Wamba. Actuellement, ces peuplades sont forts avancés en élevage de gros bétails (bovin), en pisciculture et plusieurs activités artisanales (science, menuiserie, etc.).
Le Kwango ainsi que le Kwilu sont ainsi les réservoirs alimentaires de la ville de Kinshasa.
Sur le plan coutumier, le royaume Yaka est une monarchie patriarcale dirigée par Kyamvu dont le pouvoir prend fin uniquement par son décès. Il est secondé par plusieurs collaborateurs qui sont des coutumiers ayant des fiefs à gouverner et qui sont parfois de la même lignée que lui. C’est le cas notamment de Swambangi, Swamunene, Swalukeni, Mulopondindi, Muni ngunda, Munikazembe, Muningulu et Pelende (ndala dans le territoire de Kasongo-Lunda et Khobo dans le Kenge). Certains de ces chefs ont droit à la succession et à l’accession au trône.
Sur le plan administratif, les Yaka occupent trois des cinq territoires qui composent la province du Kwango, notamment Kasongo-Lunda, Kenge et Popo-Kabaka. Leur démographie est de 2 millions d’habitants. Ils sont voisins des Suku, Tchokwe, Lunda, Holo ([6]). Principalement de territoires de Feshi et Kahemba, bien que les Holo sont essentiellement dans Kasongo-Lunda.
En ce qui concerne l’administration ecclésiastique, deux diocèses catholiques se partagent le monde yaka : les diocèses de Popo-Kabaka et de Kenge qui contiennent les centres de formation intellectuelle de la première élite du Kwango, notamment l’Ecole normale d’Imbela dans Popo-Kabaka et le collège N’temo (ex. Saint-Paul) des pères Jésuites de Kasongo-Lunda ([7]).
1.3.La structure sociale
La société étant communautaire, est basée sur la solidarité tribale ou clanique. Celle-ci est spontanée, naturelle, mécanique, différente des solidarités contractuelles évoluées.
Les Bayaka entre eux sont d’un patriarcat tempéré par certaines concessions aux oncles maternels.
L’autorité est exercée par toute la famille car l’enfant est une propriété commune du clan paternel et maternel. C’est pourquoi on dit souvent « Mwana kuingudi, mwana kuitata », c'est-à-dire, l’enfant est à la paternel et maternel. Cette solidarité clanique se manifeste surtout à l’occasion de décès et de naissances, des cultures et des récoltes. Bref, dans la joie et dans le malheur.
II. La culture Yaka
Les Yaka ont une culture différente de celle des autres tribus de la République Démocratique du Congo par leurs données linguistiques et par leurs croyances.
2.1.Les données linguistiques
Le peuple yaka parle une langue appelée « Kiyaka, Yiyaka, Iyaka » qui selon Robert Hermans, est parlée par plus d’un million de locuteurs à travers une aire de 45.000km2 dans le Kwango en République Démocratique du Congo, sans compter les Bayaka de l’Angola qui sont séparés par la rivière Kwango ([8]).
Le Kiyaka connait un certain nombre des variations dialectales dont deux principales connues comme telles par les locuteurs natifs. Quelle que soit la distance qui les sépare, ces dialectes gardent une intercompréhension directe.
Les deux dialectes représentés par l’échantillon de Kibanda etd e Kinganga. Le Kibanda est parlé par les gens en aval des rivières Kwango et Wamba. Ce dialecte est parlé principalement par les gens des territoires de Popo-Kabaka et de Kenge. Il est présenté de façon générale, une certaine unité du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, ce qui n’est pas le cas pour le Kinganga.
Ce dernier connait des variantes fort remarquables. Ainsi, à l’intérieur de Kinganga, on peut distinguer deux principales variantes connues des auteurs sous les appellations de Kinganga et de Kiwamba. Dans ce cas, le Kinganga désigne le parler de la population qui habite le long de la rivière Nganga et ses environs (la cité de Kasongo-Lunda, notamment).
Le Kiwamba est la variante en usage dans la contrée de Pelende et de Kingulu, à partir de la rivière Twana et une partie de Kitenda. Du côté de Pelende, à l’autre rive de la rivière Wamba commence une autre variante fortement influencée par le Kisuku. On la retrouve dans les secteurs administratifs de Mawanga, Kibunda et Panzi.
2.2.Les croyances religieuses et magiques des Yaka
La population yaka reste dans son ensemble, très attachée aux coutumes ancestrales : croyances religieuses et magiques, c'est-à-dire les Bayaka ne sont pas loin des ancêtres.
2.2.1. Les croyances religieuses des Yaka
Les Yaka croient en un Dieu, en des nombreux esprits, en des phénomènes naturels et en des forces personnelles. La croyance en un Dieu « Ndambi Phungu » constitue la pratique religieuse des Yaka. Cette croyance est très active.
Cependant, nombreux auteurs classiques ont constaté que les populations africaines sont d’une nature profondément religieuse, même si les premiers missionnaires et d’autres qui firent des voyages dans la région eurent souvent bien mal appréhendé leur religion ([9]).
Toutefois, on rencontre partout la pensée d’un être suprême, un dieu personnifié que l’on rencontre chez tous les peuples africains, l’idée d’un créateur de tout et des tous. Mais alors, son rôle dans les autres événements du monde est très diversement affirmé.
2.2.2. Les noms de Ndzambi (Dieu) : Origine et signification
Les différents noms utilisés chez le peuple Yaka sont Ndzaambi, Ndzambi phungu, Naweji, … Les attributs de Ndzambi, on mentionne la puissance, la nature éternelle, sa colère circonstancielle, omniprésent, omniscient, omnipotent, etc.
Ndzambi est celui qui donne la vie et la mort. En ce qui concerne l’origine et la signification, l’expression « Phungu » pour dire qu’au mot « Ndzambi » est souvent ajouté ce supplétif qui traduit le grand dans le ciel, le plus grand partout, le maître qui trône au dessus de toutes les puissances ([10]).
Ainsi, l’expression « Phungu » comprend l’idée de totalité, de plénitude, d’infini et de grandeur. En ce que :
- Nzambi : créateur des toutes choses et des hommes,
- Nzambi : justice, législateur et gérant de l’ordre,
- Nzambi : origine de vie et de mort,
- Nzambi : objet de cultes.
Cette croyance se manifeste par des sacrifices, des prières, des cérémonies institutionnalisées qu’ils vouent à ce Dieu.
Toutefois, en ce qui concerne Nzambi Phungu, nous sommes fermement convaincus que nos ancêtres connaissaient cette conception avant l’arrivée du christianisme.
Nous croyons que tout homme a été créé par un Dieu, ce qui est accepté par tout africain. Alors, selon cette croyance, Dieu est tellement éloigné des hommes et il est tellement grand qu’il ne s’intéresse pas aux hommes. Ce sont les ancêtres, les âmes des morts qui s’occupent de ce monde. Les sacrifices sont ainsi offerts aux ancêtres pour les apaiser puisqu’ils sont parfois fâchés qu’on ne les a pas respectés et qu’ils se sentent négligés ([11]).
Les Bayaka appellent cependant l’être suprême Nzambi. Ce nom qui ne diffère pas de celui employé par les ethnies voisines. On le trouve d’ailleurs répandu dans bon nombre de variantes depuis le Cameroun méridional jusqu’au Zambèze supérieur et depuis la Côte de l’Atlantique jusqu’au centre de la République du Congo.
2.2.3. Notion de paternité
La notion de paternité n’est pas exemptée de celle de la divinité suprême. C’est pourquoi on s’adresse souvent à « Tata Nzambi » qui signifie « Père Dieu » surtout dans les prières de demande.
Le terme « tata » ne s’applique en premier lieu qu’à la paternité physique, qu’au générateur, mais surtout à une paternité morale.
Ainsi, un grand père, un ancêtre, un bienfaiteur, un vieillard, un père de famille, un dignitaire, sont appelés « tata » par respect envers une autorité établie.
2.3.Les croyances magiques des Yaka
Les ancêtres ne constituent pas uniquement un chaînon intermédiaire entre Dieu et le monde des vivants ; ils sont dieux à la taille de l’humain ([12]).
En effet, les morts ne sont pas morts pour le peuple Yaka. Les trépassés vivent en communauté dans la kalunga qui signifie pays des morts. Ils agissent soit pour le bien, soit pour le mal en faveur des terrestres.
Les Bayaka ont alors peur des esprits vagabonds nuisibles notamment : les bitsutsu, les matebu (fantômes) et les mikisi (les fétiches) en un mot la sorcellerie.
2.4.La sorcellerie
2.4.1. Sens du mot
D’après le dictionnaire universel, la sorcellerie est l’ensemble des pratiques occultes des sorciers ([13]).
La sorcellerie est le métier d’un sorcier appelé muloki ou ndoki chez les Bayaka. C’est celui qui mange la chair humaine. Il est la cause des morts et des maladies, il sert le diable (Satana) et ses esprits matebu et autres cités ci-haut, et peut agir de près ou de loin par acte ou par parole. L’animisme semble se rattacher logiquement, les croyances se rapportant aux divers génies, aux divers esprits et aux divers dieux imaginés par eux existent sur le terre ferme, dans les eaux, dans le sous-sol et sous le voute des cieux.
Les populations Yaka en général pratiquent ainsi la sorcellerie dans le but de se défendre vis-à-vis des forces maléfiques ou de nuire aux autres.
Selon les différentes enquêtes, on acquiert cette sorcellerie de deux manières : par hérédité et par achat.
Par hérédité, un grand père peut transmettre la sorcellerie à son petit-fils en lui donnant la chair humaine transformée en viande de n’importe quel gibier pendant le repas. De cette façon, le petit-fils devient automatiquement sorcier.
D’autres personnes, par contre, en acquièrent par achat en sacrifiant un des membres de la famille ou du clan. Etant invisible à la société, le sorcier est un homme ou une femme qui opère la nuit ([14]). Concernant le royaume Kongo, « il est d’ailleurs significatif que le sorcier soit conçu comme homme capable de modifier son apparence de vivre indifféremment sans l’aspect d’un être humain ou d’un animal ». Comme animal, le sorcier est doté d’une puissance surnaturelle qui le permet de se métamorphoser en lion, en Léopard, en Serpent, etc.
Les sorciers possèdent tout ce que les vivants ont dans leur vie ordinaire à savoir : les bateaux, les camions, les avions et l’argent. A ces moyens de transports cités, ils se déplacent à de longues distances pour rencontrer leurs confrères. Le principe chez tous les détenteurs de la sorcellerie, c’est de ne pas révéler leur science et de ne pas en faire profiter à ceux qui ne sont pas de leur confrérie.
2.4.2. L’objectivité de la sorcellerie
Si la société moderne se sert du droit pour faire respecter la loi et pour le maintien de l’ordre social, il nous semble que la société traditionnelle yaka notamment se servait de ce que nous appelons sorcellerie non pas l’entendre comme moyen de nuire aux autres, mais comme instrument de régulation sociale efficace dont disposaient ceux qui étaient investis du pouvoir et qui leur permettait de faire obéir et de faire respecter les normes sociales.
Le sorcier était donc une personne dotée de pouvoir bénéfique supranormal. Il avait pour mission principale d’exercer des rites destinés à guérir ou à défendre la communauté contre toute attaque sur les villages ([15]).
A côté de la sorcellerie, les populations du Haut Kwango croient également aux fétiches, notamment aux :
- Aux Bitsutsu qui sont des trépassés errants sans communauté et qui font des visites malencontreuses aux vivants. Ce sont des âmes mortes transformées sous le charme des sorciers en diables à leur service contre les hommes. Le hasard permet quelques rencontres innocentes avec eux. Mais souvent ils sont invisibles et agissent sur le commandement des sorciers, et.
- Aux Tsembukombo qui sont des hommes légendaires, ayant un bras, un œil, un nez à moitié coupé, laid et qui jouent des vilains tours principalement aux pécheurs et aux chasseurs.
2.5.Les fétiches
Toutefois, il existe une variété de fétiches dans la région étudiée. Ces fétiches sont exploités à des fins multiples. Ainsi par exemple, à un individu u inocule le liquide de tel ou tel herbe immunisé contre la morsure du serpent (Nyoka) ou du scorpion (kikhalakhala), une femme enceinte qui suce les écorces des racines d’un tel arbre accouchera sans difficulté.
Dès lors, ces fétiches se répartissent en différentes catégories : fétiche de protection, de garantie de la réussite, du maintien de la fécondité des femmes et de la fertilité de la terre, de défense contre la violence du vol, des charmes pour séduire les femmes et de guérison de quelques maladies comme : la fièvre jaune, les maux de ventre, etc.
2.6.Le culte des ancêtres
Le culte des ancêtres se fonde sur cette évidence selon laquelle les morts possèdent plus de forces que les vivants, forces qu’ils peuvent attribuer aux vivants, forces qu’ils peuvent attribuer aux vivants, la fécondité des femmes, le succès dans les entreprises, la chance à la chasse, l’abondance des récoltes.
On peut alors considérer le culte ou mânes des ancêtres comme l’un des cultes les plus lus répandus dans l’Afrique.
Par ailleurs, on voit généralement que les rapports et la communication sont possibles entre ceux qui vivent sur la terre et les morts : ceux-ci ont le pouvoir d’exercer de l’influence, d’aider ou de déranger ceux-là.
Ces ancêtres ont le pouvoir d’aider et de nuire, ils sont considérés aussi comme les intermédiaires qui assurent les relations entre les vivants et l’être suprême.
Les ancêtres, les morts, les génies, Dieu et les autres esprits sont invisibles mais ils ne se manifestent qu’à quelques individus privilégiés comme chefs coutumiers, chefs des clans, patriarches ([16]).
Toutefois, les Bayaka croient à une survie après la mort, qui rappelle les morts à la vie terrestre qu’ils ont menée : les chefs y restent chefs, les magiciens des magiciens, les hommes libres restent des hommes libres et les esclaves restent également des esclaves.
La sagesse bantu dit à cet effet « les morts ne sont pas morts, ils nous voient et ils savent quand nous transgressons les usages qu’ils ont institués et lorsque cela les met en colère, ils nous punissent par des guerres, la famine et bien d’autres fléaux ».
En quelle circonstance ce culte est-iol alors rendu aux ancêtres ?
Répondant à cette question, les Yaka soutiennent que ce culte est effectué en cas d’insuccès à la chasse, d’infécondité d’une fille, d’infertilité de feu de brousse, etc. L’exemple ci-après vient d’étayer notre propos. En effet, lorsqu’une fille est frappée par l’infécondité dont les causes seraient un des ancêtres défunts, le chef de clan réunit ses membres et se rend avec eux à la tombe de ce dernier ancêtre. A cette occasion, le chef amène un coq blanc, une espèce de champignon et une bouteille de vin de palme pour implorer les mânes des ancêtres.
Le moment venu, le chef de clan prend la parole au nom de tous les membres. Sa parole incantatoire est suivie par le versement du vin de palme sur la tombe et l’immolation du coq à titre de sacrifice. Le coq immolé est consommé par tous les membres ayant pris part à la cérémonie. D’après nos informations, cette pratique avait pour objectif de solliciter la fécondité de la jeune mariée. Aussi, ce culte des ancêtres est rendu lors des feux de brousses dans le but de rendre la chasse collective fructueuse. Au cours de cet événement bien précis, c’est le chef terrien (Kalaamba) qui intercède en faveur des ancêtres.
Conclusion
En résumé, nous devons retenir que cette description sur les croyances traditionnelles montre que les populations de cette région disposaient d’une religion, elles étaient monothéistes du fait que tout ce peuple croyait à l’existence d’un Dieu « NZAMBI MPUNGU » créateur de tout ce qui existe. Aussi croyaient-elles aux fétiches et à la sorcellerie.
Pour manifester ou exprimer leur foi, toutes ces populations rendaient un culte aux ancêtres lesquels intercédaient en faveur des vivants auprès de l’être suprême.
[1] Assistant à l’Institut Supérieur Pédagogqiue de Kasongo-Lunda, Province du Kwango.
[2] DENIS, Les yaka du Kwango, contribution à une étude ethno-démographique, Tervuren, A.M.M.A.C, 1964, p.41.
[3] Jan VANSINA, Les anciens royaumes de la savane, 1ère édition, 1962, p.73.
[4] Idem, p.41.
[5] PLANCQUAERT, Les Yaka et les Bayaka du Kwango, contribution Ethno-Historique, IRCB, 1932, p.4.
[6] MANDIANGUNGU KIKUTA, L’environnement historique de l’évangélisation missionnaire jésuite chez les Yaka du Moyen Kwango dans l’ancienne misison du Kwango 1893 – 1935, Thèse, Rome, 2001, p.88.
[7] MANDIANGUNGU KIKUTA, op. cit.
[8] R. HERMANS, Devinettes des Bayaka du Nord, Annales Aequatoria, Mbandaka, 2003, p.6.
[9] R. WIDMAN, Culture et conceptions religieuses au Bas(Zaïre vers la fin du XIXè siècle, éd. LEZ, Kinshasa, 1992, p.398.
[10] R. WIDMAN, op. cit, p.398.
[11] ABBE D. LUHANGU, La notion de Dieu chez les Yaka, dans Dieu, idoles et sorcellerie dans la région du Kwango – Bas-Kwilu, CEEB, serie I, Vol 2, 1966, pp.13-19.
[12] R. ROOSEN, « Monde yaka et développement économique », in Communauté incas économique et sociaux, n°5-6, décembre 1963, p.4.
[13] Dictionnaire universel, Hachette, 1980, p.114.
[14] G. BALANDIER, La vie quotidienne au Royaume Kongo du XVIIIème siècle, Hachette, Paris, 1965, p..254.
[15] C. TSHIBANDA TONDOYI, « La pénalité de la sorcellerie en droit congolais », in MADOSE, Revue culturelle et scientifique, n°20, janvier – février 2014, pp.92-93.
[16] Encyclopédie du Congo-Belge, Ed. Belved, Bruxelles, Tome 1, 1950, p.119.
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