CONGO LOVE
« LA SITUATION ACTUELLE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO FACE A LA PANDEMIE DE CORONA VIRUS ET LES CONDITIONS DE VIE ACTUELLE DANS LA COMMUNAUTE ».
PAR
BULE WIDI CHRISTIAN
Chercheur en Relations Internationales et membre de Congo Love.
MAI 2020
INTRODUCTION
Janvier 2020, alors que l’humanité apprenait l’apparition, en Décembre 2019, d’une épidémie mortelle à Wuhan, Capitale de la région de
Roubaye en Chine, nul ne pouvait parier sur l’envergure qu’elle a prise à ce jour. Déclaré depuis lors pandémie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nouveau Coronavirus fait un périple ravageur et macabre sur le monde.
Brièvement épargnée par cette pandémie, l’Afrique a, finalement, pu expérimenter la douleur due à la croissance exponentielle de cette pandémie, mettant à feu et sang le tissu socio-sanitaire du continent, déjà précaire. A l’instar de la majorité, presqu’absolue, des Etats de la région et la République Démocratique du Congo (RDC) ne s’en est pas tirée indemne.
Par ailleurs, au-delà de l’existence, certaine, de la pandémie dans nos murs, ainsi que l’obligation au respect des mesures barrières auquel est appelée la population afin d’y faire face, l’opinion nationale nourrit davantage, le sentiment d’être victime de la gestion calamiteuse de la chose publique, par une classe politique aussi indigne que sadique.
Les difficultés qu’éprouvent les concitoyens, en première ligne, dans la lutte contre cette pathologie et l’absence d’une réponse à la hauteur de la souffrance que traverse le pays, nonobstant l’insatiabilité de l’Homme et la paralysie économique imposée par cette pathologie, méritent d’être placées sous le feu des projecteurs.
SECTION I : UNE PANDEMIE FACE AU DEFICIT
COMMUNICATIONNEL ET AU SCEPTICISME POPULAIRE
Cette pandémie connait un mode de transmission redoutable, et est
très macabre. C’est ce qui justifie la méfiance internationale à son égard. Bien plus que son mode de transmission, c’est son caractère nouveau et l’absence à ce jour d’une solution, tant préventive que curative, qui oblige cette vigilance ainsi que le respect, catégorique, des gestes barrières. Poussant ainsi les Etats dans une autarcie quasi-effective.
Cependant, au regard de la létalité et du nombre des personnes
infectées à la Covid-19, plusieurs interrogations légitimes vont bon train. Le parallélisme au paludisme, sous-estimé en dépit de son fort taux de létalité, et même à l’épidémie à virus Ebola, encore plus implacable, mais n’ayant pas joui d’une mobilisation toute azimut, à l’instar du nouveau Coronavirus ainsi que le déficit communicationnel dans le chef des gestionnaires de ladite crise, dès l’annonce du patient zéro, en constituent la quintessence.
Parce qu’étant très mortelle dans les pays du Nord, dans certaines grandes puissances en Asie et en Amérique Latine, la Covid-19 bénéficie d’une mobilisation très intense à l’échiquier mondial. Car, les épidémies régionales (africaines), nonobstant leurs effets très négatifs, n’ont jamais semblé préoccuper au plus haut point les instances mondiales (OMS, laboratoires, etc.), en témoigne l’absence de vaccin contre le paludisme.
Depuis la détection du premier cas infecté dans notre pays, le
problème communicationnel se pose avec acuité, jusqu’à ce jour. L’opinion nationale n’a pas encore oublié les contradictions, très nourries, entre le ministre national de la santé et le prétendu patient zéro. L’incrédulité d’une large majorité s’était exacerbée, à cet effet, avec la déclaration de la députée Eve BAZAYIBA, opposante au pouvoir actuel, appelant le gouvernement à ne pas trafiquer sur l’existence du Coronavirus.
La révélation par le coordonnateur de l’équipe de riposte, du choix
de la RDC parmi les pays où devrait se réaliser les essais cliniques, relatifs à l’efficacité du vaccin, préalablement conçu pour faire face à la tuberculose, contre la Covid-19, lesquels propos corroboraient ceux, tendancieux et provocateurs, des scientifiques français, appelant à se servir des Africains comme des cobayes, dans la recherche du protocole miracle contre la pandémie. Ces allégations avaient, dès cet instant, provoqué le courroux de tout le continent et singulièrement la RDC.
Venue de la Belgique, une dame atteinte à la Covid-19, passée par Mbuji-Mayi, où elle a eu à tenir des rencontres en rapport avec son association, puis décédée à Kinshasa quelques jours après, sans pour autant contaminer qui que ce soit, alors que, eu égard aux modes de contamination de cette maladie, tenant compte des actes posés par celle-ci, il est presque impossible que cette ville (Mbuji-Mayi) en soit épargnée. Une histoire, rocambolesque, ne plaidant aucunement en faveur de la crédibilité de l’existence de ce virus, dans l’opinion populaire.
A ces nombreux couacs, s’ajoutent le caractère presque aphonique
des bulletins quotidiens, émis par l’équipe de la riposte, et les contradictions y contenues. Certaines régions demeurant, éternellement, sur la liste des entités abritant le Coronavirus, en dépit de la disparition de ce dernier, soit par le fait du décès, soit par la guérison des patients, cas de la province du Kwilu.
Le fort taux de létalité constatée, comparativement aux autres pays, accroit la liste des facteurs de remise en cause autant de l’existence que de la prise en charge de cette pathologie.
SECTION II : UNE CRISE SUR FOND DE L’ABSENCE GRANDISSANTE DE L’ETAT
Hormis le fait que les pouvoirs publics aient décrété une gamme des mesures barrières, dont l’observance formelle s’impose, force est de constater l’inexistence, quasi-total, de l’Etat dans l’accompagnement d’une population qui, déjà en temps normal, a du mal à nouer le deux bout du mois, voire dans leur exécution.
L’exonération au paiement des factures, mensuelles d’avril et de
mai, relative à l’eau et à l’électricité essentiellement à Kinshasa, se pointe comme une goutte d’eau dans l’océan des graves difficultés dans lesquelles se noie le congolais lambda. Pendant que sous d’autres cieux l’Etat accompagne, nonobstant les péripéties économiques mondiales, ses mesures des actions (sociales) significatives. De l’octroi des facilités financières à la prise des mesures réalistes, en passant par la distribution des vivres, l’illustration sénégalaise et béninoise en dit long. L’Etat congolais fait montre d’un absentéisme éhonté, dans un domaine qui serait pourtant sien, donnant l’impression d’un Etat démissionnaire, ayant abandonné la population à son triste sort. Ceci a comme conséquence, l’apparition à un virus aussi redoutable que la Covid-19, appelé « Mpiaka-virus ».
Cette crise met à nu la mégestion de la chose publique, érigée en valeur dans notre pays plusieurs années durant. Même avec l’aide (crédit) internationale l’Etat n’arrive, toujours, pas à résorber les difficultés qui rongent l’appareil sanitaire, parmi lesquelles les maigres primes, dont est récipiendaire le personnel soignant, ainsi qu’un plateau technique pas à la hauteur.
Par ailleurs, les malades dont la responsabilité serait à la charge de l’Etat ne sont, convenablement, pas traités. Dénonçant, régulièrement, les conditions précaires dans lesquelles ils vivent, dont l’absence d’une alimentation adéquate. Les images déshonorant la Nation ont fait le tour du monde, mettant en scène les patients dont la revendication envers le chef de l’Etat, lors de son passage aux milieux sanitaires de Kinshasa, portait sur l’amélioration alimentaire, reléguant au second plan les soucis sanitaires, pourtant censés être prioritaires.
Les soupçons sur d’éventuels trafics des cadavres, en vue de gonfler l’effectif des décès dus à la Covid-19, mais aussi l’assimilation des autres pathologies au nouveau Coronavirus, exaspèrent ce constat, malheureux, d’avoir à faire à un Etat failli.
CONCLUSION
Il y aura certainement un avant et un après Covid-19. Cependant,
si l’on n’y prend garde, dans l’allure où vont les choses, le peuple congolais risque de vivre les jours les plus difficiles de son histoire dans un futur très proche.
L’humanité vit un moment inédit de son histoire. La lutte contre le
nouveau Coronavirus s’apparente à une troisième guerre mondiale, au terme de laquelle il serait nécessaire de redéfinir les relations entre les Etats ainsi que les intérêts poursuivis par ces derniers. Avec les potentialités et les capacités qui sont les siennes, la RDC (les dirigeants) devrait repenser ses politiques et faire preuve de résilience en vue d’assoir un véritable Etat Providence, ce crédo tant chanté par tous ceux qui se sont succédés dans la gestion de la res publica.
La bonne gouvernance est un facteur déterminant pour le redressement de la spirale négative à laquelle est engagé le pays.
Vitrine de la RDC


