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CLUB NUCLEAIRE

 

 

 

DU MARIAGE DE LA RAISON A UNE ANIMOSITE  

ACCRUE : PHENOMENOLOGIE D’UNE ETUDE  DIACHRONIQUE SUR LE RAPPROCHEMENT

 

IRANO-AMERICAIN.

 

 

                PAR

 

Christian BULE WIDI

Etudiant en deuxième licence Relations Internationales de l’Université de Kinshasa.

Option : Politique Internationale.

Chercheur en : Géopolitique, Organisations Internationales,

Sécurité Internationale ; passionné de la Géopolitique du moyen orient.

 

FEVRIER 2020

 

AVANT PROPOS

Depuis quelques années l’Iran et les Etats-Unis font

quotidiennement les manchettes internationales en raison de leurs relations hostiles et de diatribes verbales réciproques ; ces relations se dirigent sans nul doute vers un nouveau moment paroxystique de l’histoire si l’on y prend garde.

Nous avons maintenant droit à une pléthore des journaux,

d’ouvrages, d’articles scientifiques, d’analyses médiatiques sur toutes les facettes de la question relative au rapprochement irano-américain ; il est très facile de se perdre dans toute cette documentation. 

Nous ne nous sommes pas épargnés de cette ligne droite,

nous avons voulu plutôt faire le tri d’informations en rapport avec le sujet analysé afin de procéder à l’esquisse d’une solution palliative à long terme que les deux protagonistes pourraient adopter dans leurs prises des positions. 

Notre première intention est qu’en nous lisant que le

lecteur ne patauge pas dans le flux boueux d’informations qui résurgent çà et là mais plutôt qu’il ait une information précise et concise parce que le flot devient de plus en plus rapide.

Perçue de cette manière les relations entre l’Iran et les

Etats-Unis sont encore loin d’être normalisées, de nombreux américains restent méfiants de la république islamique et vis-versa. Depuis 2017 le progrès dans les relations entre les deux pays reste figé ce qui nous amène à pousser loin notre réflexion sur l’avenir de ces relations qui deviennent de plus en plus un grand problème politique contemporain. 

Des informations tirées de cet article ne sont aléatoires,

elles résultent d’un moment de recherche intense en la matière car avant d’avoir l’idée de concevoir cet article nous avions déjà jeté les bases d’un autre article que nous avons dû abandonner au profit de celui-ci. Je vous prie donc de déguster savoureusement ce morceau juteux que je mets à votre disposition.

Qu’il me soit permis d’honorer le professeur Mova SAKANYI Henri qui m’a fait gober tout bonnement les notions de la géopolitique et m’a donné le goût de la recherche.  Je rends également un vibrant hommage au professeur Ngila MOKE Laurent qui m’a fait l’honneur de me bercer sous ses ailes, il m’a appris à naviguer les méandres scientifiques et m’a offert plusieurs opportunités, qu’il trouve ici ma reconnaissance.

Un merci spécial à ces personnes envers qui j’éprouve

une grande estime : à l’honorable Yves KITUMBA, à sa modestie Cédric LODILA et l’inévitable L’Homme MALWEBO.

Ma gratitude s’adresse aussi à Congo love, cette

organisation combien importante dont les actions n’ont d’égales que sa dénomination : « l’amour du Congo » ; merci pour cette bourse qui va couvrir l’ensemble des frais d’étude comptant pour mon année terminale à l’université.

Enfin je remercie sincèrement le cercle d’amis des Relations Internationales de Kinshasa avec qui nous échangeons sur les plus grands problèmes politiques, économiques, culturelles contemporains, sachez que vous comptez beaucoup pour moi.

Christian BULE WIDI

 

 

 

Introduction

L’histoire contemporaine des relations entre

l’Iran et les Etats-Unis est très tumultueuse et se résume difficilement en quelques lignes. Sans aucun doute un des éléments phares ou voire même le point de départ pour une meilleure analyse de ces relations est la révolution iranienne. De ce soulèvement populaire est née ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la république islamique d’Iran qui mit fin à la dynastie des pahlavis et au règne de son dernier roi Mohammed Reza Pahlavi appelé aussi shah. 

De manière fort simplifiée, avec l’arrivée du

nouveau régime révolutionnaire dirigé par l’Ayatollah Khomeiny, l’Iran troquait une monarchie laïque pro-occidentale pour une théocratie shiite révolutionnaire antioccidentale. Se dessine alors une décennie de politique étrangère révolutionnaire où tiers-mondisme, indépendance, antioccidentalisme et islam se mêlent pour donner naissance à une nation autoritaire et réactionnaire. 

Ce changement de régime sera mal vu de la part

de leurs alliés américains qui commenceront à prendre petit à petit distance parce qu’ils verront de plus en plus leurs intérêts s’atrophier ; cette distance deviendra réelle à travers l’humiliation intervenue par la prise d’otage de 52 diplomates américains qui sonna le glas des bonnes relations entretenues avant la révolution islamique. 

Ce petit fascicule aura pour objectif d’analyser

ces relations dans un cadre historique et de voir comment on en est arrivé aujourd’hui et tentera de proposer une piste de solution pour une sortie de crise car dit-on « aux grands maux, grands remèdes », ce sera même la spécialité de cet article.

 

1.Du SHAH pro-occidental au pouvoir religieux d’AYATOLLAH

Si l’on remonte dans l’histoire, il faut à un

premier temps remonter en 1953 ; l’Iran a un premier ministre MOSADEGH qui a été élu démocratiquement et donc qui gère ce pays et qui veut que la manne pétrolière bénéficie plus à sa population et au pays. Il va très vite s’attaquer aux intérêts pétroliers des anglo-saxons, les Etats-Unis et également le royaume uni et du coup il sera renversé par un coup d’Etat entretenu par la CIA, lorsqu’on parle de la CIA, certains auteurs parlent de complotisme mais retenons à ce niveau que c’est bien la CIA qui en était commanditaire et puis le shah d’Iran qui était dans le pouvoir voit du coup ses pouvoirs élargit.

                                                                                  Il    va    mettre    en    place    une    politique

prooccidentale d’alliance étroite avec les Etats-Unis ; il va en même temps moderniser et occidentaliser le pays tout en ayant une répression très sévère à la fois des religieux mais aussi des laïcs et libéraux qui veulent faire entendre leur voie.

                                                                                  Au    début    des    années   1970   RICHARD

NICKSON suite à la défaite américaine au Vietnam, choisi la politique dite des « gendarmes régionaux » ce sont les pays qui doivent relayer la politique américaine dans les régions et le shah d’Iran est choisi comme le gendarme régional des Etats-Unis au moyen orient et donc l’alliance entre Téhéran et Washington sera scellée et est très forte. Stratégiquement le shah va marquer un tournant décisif, il va se fâcher contre les arabes et puis il va se rapprocher des Etats-Unis mais surtout d’Israël auquel il va vendre du pétrole[1].

A partir de 1973 le choc pétrolier surviendra et

le shah d’Iran sera à la tête d’une manne pétrolière extrêmement importante et il va multiplier les projets grandioses, le projet de construire les centrales nucléaires alors que le pays est pétrolier, la mise en place d’un outil militaire extrêmement performant. C’est là qu’il sera très vite renversé en 1979 par une alliance des laics,des démocrates , des libéraux et des conservateurs  religieux dont l’ayatollah Khomeiny qui avait été en exil depuis 15 ans ; celui-ci sera accueilli triomphalement, il prend le pouvoir au départ une alliance entre ces mollahs, des libéraux , des démocrates eux, qui veulent continuer à voir un pays occidentaliser mais démocratiser alors que Khomeiny veut en finir avec l’occidentalisation et ne pas commencer la démocratisation[2].

2. La rupture Téhéran /Washington

Craignant que le shah qui était réfugié aux USA

ne revienne dans le fourgon de l’armée américaine, alors que le président CARTER avait laissé faire la révolution mais ne s’y était pas opposé ; il va susciter la prise d’otage de l’ambassade américaine à Téhéran. C’est un choc majeur parce que l’ambassade américaine comme toute autre ambassade est un lieu extraterritorial dans lequel le pays qui en est hôte n’a pas le droit de pénétrer.

Il va y avoir une prise d’otage qui va durer longtemps, 52 diplomates américains vont être gardé en otage pendant 444 jours. L’Iran veut humilier les Etats-Unis, carter qui ne verra pas le retour des otages va perdre les élections de 1982 avec en face un RONALD REAGAN qui l’accuse de faiblesse et qui affirme qu’il va construire la paix par la force et aura une politique beaucoup plus forte[3].

Et donc cet épisode de la prise d’otage marque

toujours les Etats-Unis, on peut dire qu’il y a un double traumatisme : le renversement de MOSSADEGH du côté iranien et la prise d’otage du côté américain. Les Etats-Unis ont beaucoup de pays qu’ils n’aiment pas qui s’opposent à eux mais peu des pays les ont humiliés ; l’Iran en fait partie de cela et on peut dire que cela a nourri une hostilité viscérale à l’égard de l’Iran.

3.La Guerre Iran/Irak de 1980 à 1988

SADDAM HUSSEIN va faire une erreur

majeure au moment où son pays est très puissant et se développe, il pense que la révolution islamique a affaiblit l’Iran et tente de récupérer un territoire de chat-alarabe qu’il avait dû céder au shah d’Iran sous la contrainte en 1975 sauf que les iraniens vont résister par le nombre, ils sont trois fois plus nombreux que les irakiens par une aide des américains qui aident l’un ou l’autre. D’ailleurs les protagonistes de ces conflits selon qu’il veut dominer une sorte de duel.

Les américains sont heureux de voir les deux

pays s’affaiblir mutuellement et SADDAM HUSSEIN va échouer jusqu’à la paix de 1988. On verra de suite les effets, c’est-à-dire politique intérieure que cette guerre que SADDAM HUSSEIN avait lancée c’est que du coup Khomeiny va pouvoir installer sa théocratie, il va faire taire l’opposition, il va obliger les laïcs, les démocrates à fuir et donc grâce à la menace extérieure il va pouvoir instaurer un ordre particulièrement répressif et théocratique.

4.Relations boiteuses de l’Iran avec ses voisins

L’Iran dans la région fait également peur aux

alliés arabes des Etats-Unis, aux alliés dans le golfe, des pays arabes voient dans l’Iran un pays qu’ils somment de dictatorial shiite, révolutionnaire et réactionnaire. Donc l’Iran menace d’exporter sa révolution islamique dans les autres pays et finalement  les autres pays prennent peur de cela et ont peur que la minorité chiite soit instrumentalisé au profit de la révolution iranienne et il va y avoir toujours l’accusation de la minorité chiite d’être l’instrument ou la cinquième colonne de l’Iran alors que très souvent la contestation des chiites dans le pays arabes du golfe est une contestation sociale du fait qu’ils sont très souvent la minorité carcérale ou discriminée voir dans certains pays une majorité discriminée comme en Irak et Bahreïn[4].

5. Lueur d’apaisement sous Bill CLINTON et KHATAMI.

Mais il va y avoir à la fin de la guerre d’Irak, un

président qui sera élu en Iran, le président khatami qui est un modéré alors que l’homme le plus important c’est le guide de la révolution. Et le président n’a qu’un pouvoir limité mais lui va se lancer dans une politique de réconciliation et d’apaisement et aura en face de lui le président américain BILL CLINTON qui veut également améliorer les relations passées à une autre étape et surtout qui se dit que l’Iran peut être un allié potentiel.

Et donc il Ya un rapprochement Iran Etats-Unis

et d’ailleurs les plus anciens d’entre nous se souviennent qu’en 1998, il y a la coupe du monde en France qui s’est terminée de la plus belle de manière que l’on sait mais surtout que la malice du tirage au sort avait fait que qu’il y ait un match Iran Etats-Unis à la même Poole de qualification , ce match a eu lieu et généralement les équipes font une pause de photo traditionnel avant le match , les deux équipes vont se mélanger et feront une photo en commun , cela est une preuve palpable d’un rapprochement.

6. L’axe du mal

En janvier 2002 GEORGES BUSH prononce

son fameux discours sur l « axe du mal »[5] dans lequel, il classe l’Irak, l’Iran, la

Corée du nord et de nouveau il y a dégradation des relations entre l’Iran et les Etats-Unis même si l’Iran va indirectement bénéficié de la guerre d’Irak à laquelle il ne prend pas part puisque l’affaiblissement et la destruction de son ennemie, le renversement de SADDAM HUSSEIN et l’affaiblissement de l’Irak, pays qui lui était hostile va lui laisser le champ ouvert dans la mesure où les chiites sont majoritaires, il va pouvoir exercer son influence sur l’Irak qui lui était fermé.

On peut dire que l’Iran est le véritable vainqueur

de la guerre d’Irak de 2003 qui a détruit l’Irak mais qui n’a pas non plus bénéficié aux Etats-Unis. L’hostilité reprise entre Téhéran et Washington, les menaces américaines vont amener au pouvoir un antiaméricaniste avéré AHMADINEJAD qui va promettre de rayer l’Israël de la carte, qui va avoir des discours enflammés et se pose réellement le problème de savoir si l’Iran va avoir l’arme nucléaire ou pas. L’Iran se sent menacer de toute part et va dire finalement la Corée du nord qui est comme nous dans l’axe du mal, qui a l’arme nucléaire n’est pas attaquée alors que l’Irak qui n’en avait pas a été attaqué et SADDAM HUSSEIN a été renversé[6].

Les européens essaient de maintenir un dialogue

critique avec l’Iran et essaie donc de maintenir un lien en ne souhaitant surtout pas que l’Iran ait l’arme nucléaire. Les russes et les chinois à leur tour ne veulent surtout pas d’une pax americana ou d’un ordre américain dans la région et pour ça qu’ils s’opposent souvent aux américains en même temps leur intérêt n’est la prolifération, n’est pas qu’un nouveau pays prolifère et vont donc voter des sanctions par moment avec l’ONU mais des sanctions qui sont purement occidentales mais il y a aussi des sanctions qui sont générales contre l’Iran.

AHMADINEJAD est réélu en 2009 lors des

élections frauduleuses qui donnent à une vaste répression et puis en 2011il y a renversement de certains régimes arabes, BASHAR al-Assad lui-même est mis en danger ; l’Iran va se porter au secours de son allié dans la guerre contre l’Irak même si la Syrie et l’Irak était dirigé par le même parti, le parti Baas et surtout que la Syrie est l’accès au hezbollah depuis 1982. L’Iran suscite ou invente le Hezbollah et on peut dire que le hezbollah est le meilleur succès de l’exportation de la révolution iranienne à l’étranger et donc avec les russes ils vont envoyer les troupes et vont permettre à BASHAR à partir de 2015 de se maintenir au pouvoir.

7. L’accord du 15 juillet 2015, un court espoir

Lasser par des sanctions, lasser par des

difficultés d’approvisionnement, les iraniens sont prêts à voter pour un autre candidat et le modéré ROHANI qui a été vaincu par la fraude en 2009 est élu en 2013. Il va se lancer lui aussi dans un dialogue ouvert avec les occidentaux ; les négociations   sur le nucléaire iranien avancent, leur amphabuse durci quand il le peut le texte mais BARACK OBAMA veut lui aussi mettre fin au conflit qui dure depuis 1979, il veut clôturer la querelle avec l’Iran comme il veut clôturer la querelle avec cuba qui date de 1959 lors de la crise de missile.

Et le 14 juillet 2015 un accord est signé sur le

nucléaire iranien à vienne qui permet d’éviter deux scénarios catastrophiques : un Iran doté de l’arme nucléaire et une guerre proprement dite. 

Tous ceux qui avaient soutenu la guerre d’Irak

ont souvent et toujours préféré une intervention militaire en Iran mais tout le monde s’était réjoui enfin de l’accord sur le nucléaire iranien sauf les républicains, l’Arabie saoudite et l’Israël qui voient dans l’Iran une menace existentielle.

 

8. Situation actuelle

Donald TRUMP veut défaire tout ce qu’a fait

son prédécesseur, il va casser cet accord en voulant satisfaire Israël et l’Arabie saoudite et d’ailleurs son premier voyage dès qu’il est élu président sera en Arabie saoudite où il signera un contrat pharaonique en matière militaire.

En réalité il ne veut pas d’une guerre contre

l’Iran parce qu’il a vu la leçon contre le Vietnam et contre l’Irak en 2003, une leçon contre les échecs de guerre américaines, il essaie plutôt d’étrangler économiquement le régime iranien et donc il va décréter l’embargo sur le pétrole iranien avec 8 pays qui font exception dans un premier temps  et en mars 2019 c’est l’interruption totale et donc le régime iranien est étouffé , il commence à avoir des difficultés d’approvisionnement  y compris dans le domaine médicale et la population commence à se révolter et quelque part le régime est mis en danger par cette stratégie d’étranglement de Donald TRUMP auquel les européens sont opposés et finalement n’ont pas grand-chose à proposer à l’Iran, ils veulent conserver l’accord sur le nucléaire iranien mais ils ne sont pas capable de résister à l’embargo américains, eux même vont se retirer du marché iranien.

Et du coup, comme prévu, tous ces actes vont

créer une sorte d’animosité chez les iraniens, l’Iran abat  un drone américain, il n’y aura pas de réaction, il détruit des infrastructures pétrolières saoudiennes, pas de réaction saoudienne moins encore américaine, un américain sera tué par la suite en décembre 2019 par le milice chiite irakien pro-Iran et l’ambassade américaine est cernée ; tous ces actes pour Donald TRUMP ç’en est de trop et le scénario de l’ambassade  américaine qui revient , TRUMP veut cependant montrer qu’il est fort, qu’il est puissant et veut montrer au peuple américain qu’il fait ce qu’aucun autre président n’a fait et il ordonnera l’assassinat du général Qassem SOLEIMANI deuxième personnalité du régime dans la nuit du 02 janvier au 03 janvier 2020, cela entraine une réaction de l’Iran ,réaction tout à fait militaire. Il frappe directement les bases américaines en Irak sans causer des morts pour ne pas justifier un engrainage et finalement américains et iraniens se contenteront de cela, les Iraniens peuvent dire qu’ils ont lavé leur honneur et Donald TRUMP peut dire qu’il a été plus loin qu’aucun autre président américain[7].

  9. Vers un déclin des Etats-Unis ?

Alors que la chute de l’Union soviétique et plus tard

celle des nationalistes arabes, ont permis aux Etats-Unis d’être la première grande puissance de la région, cette suprématie se trouve aujourd’hui remise en cause, d’une part par l’arrivée de la Chine et le retour de la Russie, d’autre par l’hostilité d’une ligue anti-américaine amenée par l’Iran et soutenue par la Syrie, le Hezbollah et le Hamas.

Téhéran résiste en effet aux pressions américaines ainsi

qu’aux diverses sanctions et menaces ; les efforts des Etats-Unis pour marginaliser son importance ne récoltent pas les résultats escomptés : l’Iran pèse toujours sur les affaires de nombreux pays au Moyen-Orient et entretiennent des relations diplomatiques avec de nombreux pays. De même, il s’accroche à des intentions belliqueuses envers Israël ainsi qu’à son programme nucléaire, malgré des injonctions de nombreux pays du monde.

Les Etats-Unis constatent leur impuissance dans le

dossier iranien et voient l’arrivée des nouvelles puissances dans la région. Face à cette situation, les Etats-Unis multiplient les initiatives visant à conserver leur pouvoir, voire l’augmenter à travers des méthodes de Hard Power (le soutien critique à la rébellion syrienne, les menaces continues à l’encontre de l’Iran) ou de Soft Power (le soutien à des groupes médias dissidents dans des pays ennemis, mise en avant de la démocratie, aide économique ou militaire ou économique aux alliés sur place).

La problématique de l’influence américaine au MoyenOrient pose en réalité la question plus large de l’importance des USA qui conservent par le moment leur statut de plus grande puissance mondiale (au niveau économique et militaire) toujours désireuse de garder son statut d’hégémon dans un monde qui est de plus en plus multipolaire. La montée en puissance de la Chine, le retour de la Russie, l’arrivée des puissances émergentes telles que l’Inde et le Brésil et l’encrage de plus en plus fort de puissances régionales (Turquie, Egypte, Indonésie) annoncent la fin de l’hégémonie américaine, hégémonie que Washington pensait éternelle lors de la chute de l’URSS. La « fin de l’histoire » n’aura donc probablement pas lieu mais, cela étant, les Etats-Unis continuent d’être actifs sur de nombreux terrains. Est-ce la preuve d’un acculement du pays ? En sommes, on pourrait résumer la situation des Etats-Unis dans le monde en affirmant que, si leur puissance ne faiblit pas, celle de ses concurrents, elle, augmente pourtant[8].

10. Les perspectives

Dès à présent, la question de l’avenir des relations

américano-iraniennes se pose. L’attitude de Washington envers Téhéran va-t-elle, et doit-elle, évoluer dans un sens ou dans un autre ? Il parait assez clairement que la situation actuelle est largement insatisfaisante pour les deux parties. Les EtatsUnis ne récoltent que peu de résultats en développant une stratégie globalement agressive envers l’Iran qui n’a dès lors cesser de se braquer sur ses positions. 

En effet, ni les sanctions économiques, ni les menaces

de guerre, ni les aides à la déstabilisation du pouvoir iranien n’ont réussi à le faire vaciller. De même, les tentatives d’isoler l’Iran sur le plan régional s’avèrent également peu efficaces ; l’option d’une guerre préventive ou durable avec l’Iran semble non seulement immorale mais aussi dangereuse et peu profitable aux intérêts de deux pays, sans compter les conséquences désastreuses qu’une telle action pourrait entrainer sur la stabilité au Moyen-Orient, sur la paix mondiale, sur l’image des Etats-Unis dans le monde, la sécurité d’Israël et le respect du droit international.

 L’idée de forcer un changement de régime en appuyant

massivement les forces d’opposition ou ce qui est considéré comme tel, parait également immoral et dangereux. En effet, cela révèlerait de l’ingérence directe dans les affaires intérieures d’un pays souverain cela pourrait amener une répression forte des autorités iraniennes sur l’opposition. Il faut aussi souligner la diversité extrême de cette opposition dont la majeure partie, le clan Rafsanjani ne se situe pas en dehors du cadre de la République Islamique. Une tentative de révolution de couleur qui serait pilotée par les Etats-Unis via l’appui d’une certaine frange de l’opposition, comporte non seulement le risque d’exposer cette opposition au pouvoir de Téhéran mais également d’apparaitre comme illégitime au peuple iranien, soucieux de sauvegarder son intégrité et sa souveraineté.

Il conviendrait donc qu’il y ait une normalisation des

relations entre les deux pays ; pour cela, c’est l’option réaliste et interactionniste qui apparait comme la plus efficace, la plus sûre et la plus légitime. C’est d’ailleurs ce qu’avait tenté Georges BUSH père il y a quelques années. Traiter l’Iran en pays souverain et entamer un dialogue d’égal à égal constitue une approche bien plus intelligente que traiter l’Iran en paria de la communauté internationale, faisant de facto de ce pays un ennemi pour les Etats-Unis aussi bien au Moyen-Orient que dans le monde. Cela implique donc de reconnaitre l’Iran comme une puissance régionale majeure et de la respecter en tant que telle.

Une telle attitude de dialogue permettrait d’échapper à sa logique de « cavalier solitaire », bien qu’il ne soit pas vraiment isolé au Moyen-Orient, et d’avoir des répercussions positives sur la région via des liens qu’il développe avec la Syrien, l’Irak, le Liban, la Palestine ; une telle attitude permettrait également à l’Iran, une fois sorti d’une logique d’oppressé devant se préparer à une action violente  contre son territoire et ses intérêts, d’évoluer positivement vers des valeurs de démocratie, de respect des droits humains, de dialogue et de consensus. Cela étant, il ne s’agirait pas dès lors pour Téhéran de copier des valeurs de libéralisme moral et économique propre à l’Amérique, mais bien d’aller vers la recherche de valeurs communes avec les Etats-Unis et la communauté mondiale.

Il s’agit en fait, pour les Etats-Unis de sortir d’une

logique manichéenne envers l’Iran. Peut-on en effet traiter un ennemi de dangereux conservateur anti-démocratique quand, dans la même partie du monde, on a pour des alliés des pétromonarchies islamistes peu soucieux des droits humains, de la femme, des minorités religieuses et des travailleurs immigrés ? Adopter une posture de concertation pourrait amener non seulement des changements positifs en Iran, mais aussi des bienfaits pour la sécurité des EtatsUnis et de leurs intérêts au Moyen-Orient ; cela permettrait aussi de pouvoir contrôler de manière respectueuse les différentes activités de l’Iran, dont celles qui suscitent l’inquiétude comme le programme nucléaire.

Pour ce faire, il conviendrait, dans un proche avenir de

pouvoir se défaire de la vision et de la politique israélienne dans la région. Si les Etats-Unis se servent d’Israël comme un allié utile et puissamment armé par leurs frais, au Moyen-Orient, il s’agit également de percevoir que cet allié aux attitudes tout aussi intransigeantes que celles de l’Iran actuel n’amène pas que des bienfaits pour les intérêts de l’Amérique dans la région et pour la région elle-même. De même, il s’agit également pour la politique américaine de se défaire de l’emprise du lobby israélien ou sioniste, étant donné qu’il ne se base que sur les positions de la droite israélienne, poursuivant des desseins parfois différents de ceux de Washington. Certains confondent en effet les intérêts de deux pays alors que la majorité des juifs américains adoptent une posture nuancée par rapport à Israël et à l’Iran, beaucoup estimant que le soutien à une politique sioniste n’a que peu d’intérêts, ou de même de logique, pour juif vivant aux USA.

 De plus, les points de vue de ces lobbys sont clairement

orientés et, souvent peu rigoureux dans leur analyse, l’essentiel étant de faire passer un message et de donner une image caricaturale et manichéenne de l’Iran.

Il s’agit également, pour les politiciens américains, de rejeter les discours simplificateurs des néoconservateurs pour entamer une politique positive vis-àvis d’un Moyen-Orient extrêmement diversifié dans sa culture, ses ethnies, ses religions.  

Les Etats-Unis doivent s’employer à préserver et à

construire la paix dans la région, qui est leur but premier ; cela implique un respect des différents Etats existants, de leur souveraineté nationale et de leur hétérogénéité, hétérogénéité qu’il s’agit de bien appréhender afin de mener une politique consciente, constructive et efficace. Cependant, le chemin à parcourir sera long et demandera de la bonne volonté de deux côtés, l’Amérique ne pouvant se permettre de tendre une main sans rien recevoir en retour. Il semble également que la situation actuelle d’enlisement du conflit puisse encore perdurer un bon moment en l’absence d’un médiateur jugé respectable de deux côtés ou d’une sortie de la logique de confrontation brutale. 

11.Conclusion.

Les relations entre États-Unis et Iran apparaissent donc

comme complexes et conflictuelles à plusieurs égards. Globalement,

Washington n’est pas satisfait d’un Iran faisant de plus en plus office de « caillou dans la chaussure » de l’influence américaine au Moyen-Orient.

 L’Iran est une source d’inquiétude à plus d’un titre car,

outre son influence dans la région et son hostilité affichée envers les EtatsUnis et Israël, Washington lui prête des intentions de soutien au terrorisme ainsi que l’acquisition de la bombe atomique via son programme nucléaire. Afin de contraindre Téhéran à de meilleures intentions à son égard, les ÉtatsUnis ont essayé diverses tactiques : isolement international et régional, encerclement militaire, sanctions économiques, tentatives de déstabilisation du pouvoir… Au final, aucune ne s’est avérée réellement efficace et l’on est en droit de se demander si elles n’amènent pas finalement Téhéran à s’enfermer dans une logique plus intransigeante.

 A l’heure actuelle, trois approches existent quant à

l’attitude à adopter face à la République islamique. La première est celle d’une guerre qui pourrait prévenir le danger que constitue le régime lui-même pour les intérêts américains dans la région et pour la sécurité d’Israël. Cependant, pareille guerre ne serait pas sans risque pour la population iranienne, l’armée américaine, Israël et la stabilité de la région. D’autres estiment qu’à défaut de pouvoir renverser le régime iranien par la force, il faut appuyer l’opposition existante, la développer, la financer et l’aider via la formation de ses membres et le financement de médias dissidents afin de favoriser une chute du pouvoir iranien. Cependant, cette solution apparaît peu sûre pour une opposition désunie et qui serait alors en proie à davantage de répression. Une approche réaliste et respectueuse des relations se présente aujourd’hui comme le meilleur moyen d’obtenir un assouplissement de la politique iranienne. Un dialogue respectueux et bilatéral est en effet la meilleure garantie pour la sauvegarde des intérêts américains dans la région, de même que pour l’accès du peuple iranien à un meilleur usage de la démocratie et des droits de l’homme, tout en gardant leurs coutumes et en permettant de trouver une voie iranienne à la modernité.

Au final, l’opposition tenace de Téhéran et l’arrivée de

nouvelles puissances sur l’échiquier moyen-oriental (Chine et Russie notamment), montrent aux États-Unis qu’ils ne sont pas les seuls sur le plan de la lutte d’influence au Moyen-Orient.  

Plus largement, cela illustre assez correctement l’État du

monde actuel qui, alors qu’il était en voie d’uni-polarisation sous l’hégémonie américaine apparue à la suite de la chute du rideau de fer, tend à montrer l’arrivée de puissances émergentes ou le retour d’anciennes puissances. La multi-polarisation du monde est un fait incontestable et les États-Unis ne peuvent lutter contre celui-ci. 

Cela étant, ils peuvent toujours s’en accommoder afin

de rester la première puissance mondiale en appréhendant correctement ces changements. La baisse de l’influence des États-Unis dans le monde ne tient pas tellement à une érosion de leur pouvoir mais bien à la progression des autres puissances mondiales ou régionales, à l’instar de l’Iran.  

Et dans ce monde multipolaire à venir, l’Iran doit

trouver sa place de puissance régionale en collaborant avec les États-Unis dans la recherche de solutions d’avenir bénéfiques aux deux pays. Cela exige cependant dialogue et compréhension mutuelle entre Washington et Téhéran comme base d’une nouvelle ère de stabilité et de sécurité au Moyen-Orient.

Documents consultés.

-Discours du président américain Georges BUSH du 29 Janvier 2002.

-Constitution de la république islamique d’Iran traduite en français.

-  HOURCADE B., Géopolitique de l’Iran, Harmattan, Paris,2010.

  -ALAOUI A., « Les relations entre les Etats-Unis et l’Iran » in Chronique Géopolitique, n°1, janvier 2016.

-  EKOVICH, S., « Etats-Unis – Iran : La longue quête des valeurs et d’intérêts communs » in Géostratégiques n°18, janvier 2009.

 

-MAKINSKY M., « L’Iran et ses voisins du sud : une relation sous tensions » in Outre-Terre, n°28, juillet             2011.  http://www.lemonde.fr

-http://www.information.tv5monde.com/8/2/20.



[1] ALAOUI A., « Les relations entre les Etats-Unis et l’Iran » in Chronique Géopolitique, n°1, janvier 2016, pp21-27

[2] EKOVICH, S., « Etats-Unis – Iran : La longue quête des valeurs et d’intérêts communs » in Géostratégiques n°18, janvier 2009, pp7-11

[3] HOURCADE B., Géopolitique de l’Iran, Harmattan, Paris,2010 p 110

[4] MAKINSKY M., « L’Iran et ses voisins du sud : une relation sous tensions » in Outre-Terre, n°28, juillet 2011, p61

[5] Discours du président américain G. BUSH prononcé le 29 Janvier 2002 au congrès

[6] Ce paragraphe est tiré de l’entretien en ligne que j’ai eu en date du 29 Janvier 2020 avec un spécialiste

relations internationales et chercheur sur la géopolitique du moyen Orient Clément THERME

[7] Les points 7 et 8 sont la conclusion des informations diffusées sur la chaine de télévision France24 en rapport avec les tensions vives qu’il y a eu entre l’Iran et les Etats-Unis au courant du mois de janvier 2020,   

[8] Ce dernier est donc ma contribution au sujet de la qualité d’hyperpuissance américaine, si les États-Unis gardent ce statut ou pas, est-ce la fin de leur hégémonie, nous l’avions débattu dans le cercle d’amis des Relations internationales de Kinshasa et j’ai jugé bon de l’importer ici. 

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