Bonjour, nous sommes le 19/07/2026 et il est 12 h 18.

DEDICACE

 

 

 

A mon père Franck TSHIBWABWA KUTWAYA,

A ma mère Gethou BATSHINI,

A toi grand-mère TSHILANDA Alphonsine ;

A mes frères et sœurs ;

A mon pasteur David BAYA KALOBO ;

A mon encadreur Charly EDUDU BAYA ;

Et à mon Berger LUZOLO MBEMBA Etienne

 

TSHIBWABWA KAKONDE

 

REMERCIEMENTS

 

Nous sommes reconnaissant à tous ceux qui nous ont apporté un apport de près ou de loin.

Nos remerciements vont de prime abord au Professeur Emérite Gaston MWENE BATENDE qui, nonobstant ses multiples et diverses occupations, a bien voulu accepter la tâche combien difficile de diriger notre travail de fin de cycle.

Nous exprimons notre sentiment de gratitude auprès du Chef de Travaux Jean Cicéron Pierre BULA KAARP pour sa disponibilité, son dévouement ainsi que pour ses sages et pertinents conseils pendant l’encadrement de ce travail.

Nos expressions de reconnaissance vont également au professeur Jean-Pierre MPIANA TSHITENGE, pour son apport significatif dans notre formation en sociologie.

Que tous les Professeurs et Assistants de la Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques, en général, et en particulier, ceux du Département de Sociologie, trouvent ici l’expression de notre sincère et profonde gratitude pour l’acquis scientifique dont nous sommes bénéficiaire.

Nous n’oublions pas l’aide matérielle, financière et morale que n’ont cessé de nous apporter notre père Franck TSHIBWABWA KUTWAYA, notre mère Gethou BATSHINI, tous nos frères et sœurs de la famille TSHIBWABWA, notre grand-mère Alphonsine, notre tante Titi TSHILANDA, Hortense MIANDABU, notre grande sœur Rose MULOLO. Que tous les collègues, amis, frères et sœurs de l’Eglise Armée de Jésus-Christ, trouvent en ces phrases nos sentiments d’amour et d’affection.

Il serait inéquitable de terminer nos remerciements sans rendre hommage à tous nos oncles, tantes, cousins et Cousines.

 

A tous, nous adressons nos sincères remerciements.

 

TSHIBWABWA KAKONDE

 


INTRODUCTION

 

1.     PROBLEMATIQUE

 

C’est depuis les années 90 que la situation socio-économique des Congolais est devenue inquiétante.  La commune de Kimbanseke est parmi les entités urbaines de Kinshasa, la plus touchée par la pauvreté. La précarité et les conditions de vie sont extrêmement médiocres. Pour essayer d’atténuer cette crise, les individus se sont rabattus dans  la débrouillardise pour trouver les moyens de subsistance.

Cette situation a nécessité l’avènement des petits commerces, de l’agriculture de subsistance, de l’élevage de petit bétail, de vendeurs ambulants et de plusieurs autres petites activités lucratives pour la survie. C’est de cette manière et dans ce contexte de crise généralisée que se situe la prolifération des églises de réveil qui constitue le phénomène sous-étude. Il est fréquent de constater le nombre impressionnant d’Eglises de réveil qui pullulent dans la ville- Province de Kinshasa, en général, et dans la commune de Kimbanseke, en particulier.

 Dans une même rue, dans un même quartier, il n’est pas rare de trouver deux églises côte à côte qui enseignent, parfois, la même doctrine et des pratiques communes. Les enseignements de ces pasteurs sont centrés sur la bénédiction, la prospérité, la délivrance, l’élévation, les voyages alors que leurs fidèles continuent à croupir dans la misère tout en gardant l’espoir des lendemains meilleurs sur base des paroles flatteuses et démagogiques de leurs « pères spirituels ».

 

Par rapport à cette soumission aveugle des adeptes, Emile Bongeli révèle dans son ouvrage « L’université contre le développement au Congo » que dans la conception coloniale belge, le Congolais était un grand enfant à qui il fallait inculquer des valeurs morales indiscutables et indiscutées pour en faire des sujets dociles et soumis à l’homme blanc. Ce dressage mental a été confié aux missionnaires catholiques »[1]. Ceci nous incite à comprendre l’instinct d’imitation qui caractérise les dirigeants autoproclamés des églises de réveil travaillant à leurs propres intérêts et pour le pouvoir en place. Considérant les conditions dans lesquelles sont nées ces Eglises, d’aucuns pensent que ce sont des entreprises ou des unités de production profitant aux seuls capitalistes (pasteurs).

Face à toutes ces considérations de l’omniprésence des églises de réveil à Kinshasa, il y a lieu de justifier certains éléments à la base de cette prolifération. C’est dans ce cadre que nous évoquons les aspects socio-économiques dont l’impact sur la population est déterminant. La situation  économique décadente de plus de trois décennies demeure l’épicentre de déviances constatées dans la plupart  des couches sociales. Les pasteurs n’en font pas l’exception.

C’est à partir de cette crise sociale interminable qu’on est parvenu à l’hyper religiosité où les églises de réveil passent pour des entreprises privées des hommes de Dieu dont les fonds de commerce résultent des offrandes, des dons de fidèles et de diverses contributions.

L’ampleur de ce phénomène, tout en nous donnant matière à réflexion, nous incite à nous poser les questions ci-après :

-         quels sont les déterminants sociologiques à la base de ce phénomène ?

-          quelles peuvent être les causes et les conséquences de la prolifération des Eglises de réveil à Kinshasa, en général, et à Kimbanseke, en particulier ?

-         quelles sont les stratégies menées par les pasteurs pour parvenir à rendre leurs adeptes dociles et exploitables ?

-         que faire pour atténuer, voire éradiquer ce phénomène envahissant devenu une pathologie sociale ?

2.     ETAT DE LA QUESTION

 

L’honnêteté scientifique nous oblige de reconnaitre la pauvreté et la prolifération des églises de réveil comme des faits antérieurs, d’où plusieurs études ont été menées concernant ce sujet.

En ce qui nous concerne, il nous sera impossible de reproduire l’ensemble de la revue de la littérature sur la question de la pauvreté et prolifération des églises de réveil. Sur ce, nous avons juste retenu quelques auteurs dont la pertinence de leurs analyses n’a pas manqué d’attirer notre curiosité et d’aiguiser notre sens de savoir.

C’est ainsi que, dans ce contexte, Essé Amazou, dans « Pourquoi la pauvreté s’aggrave-t-elle en Afrique » pense que le marasme socio-économique qui frappe les populations urbaines Africaines découle de la combinaison des circonstances multiples et variées : la désarticulation de l’économie, la mauvaise exploitation du potentiel humain, la gestion tendancieuse de ressources publiques et le projet d’ajustement structurel.[2]   

Pour sa part, F. Tshibwabwa, dans son article « De la contingence des exclusions intempestives des élèves dans les écoles de Kinshasa », démontre que le chemin qui nous a conduit à la pauvreté serait la politique de la Zaïrianisation c'est-à-dire la nationalisation des entreprises étrangères vers les années 70. Cette confiscation des biens appartenant aux expatriés pour les confier aux natifs inexpérimentés et sans formation appropriée a servi d’appâts suicidaires aux nouveaux riches appelés « acquéreurs ». Il renchérit en évoquant également les années 90 orchestrées par le pouvoir dictatorial vacillant dont les conséquences ont été ressenties dans tous les domaines de la vie sociale. Cette situation avait permis de mettre en péril ce qui restait de l’économie déjà fragilisée ([3]).

 

Quant à Manziala Nzeyi, dans « Eglise de réveil et pollution sonore », il cherche à comprendre d’une part comment les populations riveraines des églises  de réveil apprécient la pollution sonore produite par ces derniers et, d’autre part, à vérifier comment elles se comportent vis-à-vis de cette pollution.[4]Cette étude se rapproche de la nôtre, dans la mesure où elle nous fixe a priori sur  l’une des conséquences de la prolifération des églises de réveil.

 

Gaston Mwene Batende, considère les églises de réveil comme l’un des éléments ayant contribué à la paupérisation des adeptes, en usant la semence matérielle dont les uniques bénéficiaires ne sont rien d’autres que les pasteurs et leurs collaborateurs immédiats.[5]L’auteur fait plus mention de la semence matérielle qui nous aide dans notre analyse des causes et conséquences évoquée par le Professeur Gaston Mwene Batende, laquelle nous intéressera également. En ce qui nous concerne, nous allons essayer de relever les stratégies appliquées par les pasteurs pour assujettir leurs fidèles.

 

Dans leur article portant sur « Elite politique congolaise : conservatisme ou règne de la culture de l’irrationnel », Franck Tshibwabwa et Jean-Paul Botonga ont analysé la corrélation qui existe entre l’élite politique et l’élite religieuse en constatant que l’église catholique, à l’instar de l’administration et des grandes sociétés, s’était vue confier la mission d’assurer le dressage mental des Congolais préparés à aborder les valeurs morales devant les rendre dociles et soumis à l’homme blanc. Nonobstant l’aspect d’exploitation ci-évoqué, l’Eglise catholique ainsi que les Eglises protestantes ont doté le pays d’importantes stations missionnaires d’évangélisation et d’éducation.

Nous trouvons cette démarche équilibrée parce qu’elle tient compte, non seulement, des aspects négatifs, mais également des aspects positifs de l’élite religieuse contrairement à celle des églises de réveil qui exploitent de façon exacerbée les adeptes.

Comparativement aux travaux des auteurs ci-haut évoqués et par souci de creuser notre propre originalité, notre étude voudrait surtout mettre en exergue les pratiques et les stratégies conçues par les responsables des Eglises de réveil en vue de fidéliser leurs membres par une soumission aveugle.

 

3.     HYPOTHESE

 

Sylvain Shomba Kinyamba considère l’hypothèse comme une série des réponses qui permettent de prédire une vérité scientifique vraisemblable au regard des questions soulevées par la problématique et dont la recherche vérifie le bien-fondé ou le mal-fondé.[6]

Pour le Robert méthodique, l’hypothèse désigne une proposition relative à l’explication de phénomènes naturels et qui doivent être vérifiés par les faits. Conformément à la règle de la totalité de Durkheim, qui veut que les faits sociaux soient connexes, qu’ils soient replacés dans l’ensemble qui constitue la société, nous pensons que la pauvreté serait la cause principale, ou mieux l’élément qui a boosté la prolifération des Eglises de réveil.

Ainsi, à la suite de manque d’emploi, les individus seraient à la recherche de la satisfaction de leurs besoins élémentaires. C’est dans ce contexte que la prolifération des Eglises de réveil a vu le jour. Nous reconnaissons, à cet effet, que la motivation qui a conduit à la création des Eglises  de réveil, a entraîné des conséquences aussi fâcheuses que néfastes à l’instar de :

ü confusion dans la distinction des vrais et des faux « serviteurs de Dieu » ;

ü conflit et séparation entre les pasteurs et leurs collaborateurs à cause des offrandes;

ü la pollution sonore ;

ü la paupérisation des adeptes.

 

Pour remédier à cette situation, nous demandons à l’Etat congolais d’assurer le contrôle permanent de ces Eglises, afin de prévenir ces abus.

4.     METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

 

La méthodologie dans une recherche scientifique exige l’emploi des méthodes et des techniques sans lesquelles les résultats s’avéreraient nuls et sans fondement.

 

4.1. METHODE

 

La notion de méthode est définie différemment selon les auteurs, les disciplines et les domaines de recherche.

R. Pinto et M. Grawitz  définissent la méthode comme « l’ensemble des opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités qu’elle poursuit, les démontre et les vérifie ».[7]

 

En ce qui nous concerne, la méthode est la voie scientifique à laquelle recourt le chercheur dans son investigation sur un sujet qui pose problème et qui appelle des solutions.

Pour notre étude, nous avons jugé utile de recourir à l’analyse stratégique car celle-ci semble être adaptée au contexte des actions menées par les hommes de Dieu au sein des Eglises de réveil.

Partant de cette démarche méthodologique, Michel Crozier et Erhard Friedberg, tout en mettant l’accent sur la corrélation entre les concepts acteur – stratégie et pouvoir, préconisent quatre postulats de l’analyse stratégique et systémique qui sont :

-         l’organisation considérée comme un construit des acteurs.

-         les hommes n’acceptent jamais d’être traités comme des moyens au service des buts des organisateurs. Chacun a ses buts, ses objectifs propres.

-         l’accent est mis sur la liberté de l’acteur et sur son autonomie

-         les stratégies des acteurs sont toujours rationnelles ([8]).

 

A travers l’analyse de ces postulats, Crozier et Friedberg précisent le contenu de trois concepts fondamentaux que l’on retrouve dans toute forme d’organisation.

-         Un acteur n’est pas celui qui tient un rôle (on considère alors l’individu enfermé, même de son plein gré), c’est celui qui agit dans la situation. Il dispose d’une certaine autonomie et il est capable de décision. Son comportement a toujours deux aspects : un aspect offensif (la saisie d’opportunité en vue d’améliorer sa situation) et un aspect défensif (maintenir et élargir sa marge de liberté).

-         La stratégie est l’ensemble des comportements réguliers que l’acteur adopte en vue de préserver ses intérêts. Toute stratégie est rationnelle dans le sens où elle tend à obtenir des résultats et elle est orientée en fonction des enjeux de la situation.

-         Le pouvoir est l’élément essentiel de toute action organisée.

Agir sur autrui, c’est entrer en relation avec lui. C’est cette relation que développe le pouvoir d’une personne A sur une personne B. Le pouvoir, au niveau le plus général, implique toujours la possibilité pour certains individus ou groupes d’agir sur d’autres individus ou groupes.

 

Par rapport à notre sujet de recherche et à la lumière de ces postulats, nous appréhendons l’Eglise de réveil comme une organisation comprenant des acteurs, c'est-à-dire des hommes de Dieu, jouissant de l’autorité sur les adeptes. Ils multiplient des stratégies pour une meilleure exploitation de ces derniers. Autrement dit, les comportements des acteurs s’analysent sous la forme des stratégies personnelles visant à garantir une position de pouvoir ou au contraire à se prémunir du pouvoir des autres.

 

De ce fait, nous considérons, en définitive, les pasteurs de ces Eglises comme des individus qui jouissent de leur pouvoir, pour imposer leurs volontés aux fidèles, en ayant pour facilitateurs les stratégies qu’ils mettent en place.

  

4.2.         LES TECHNIQUES

 

Pour Benoît Verhaegen, « les techniques sont l’ensemble des moyens et des procédés qui permettent à un chercheur de rassembler des informations originales ou de seconde main sur un sujet donné » ([9]).

Nous considérons, de notre part, que les techniques sont des procédés d’exploration du milieu de vie des enquêtés en vue de recueillir des informations utiles à une recherche donnée.

Il y a autant des techniques qu’il existe des procédés d’investigation. Dans notre travail, nous avons fait usage des techniques de l’étude critique des documents, de l’observation participante, de l’interview et d’échantillonnage.

-         La technique documentaire nous a permis de recueillir les informations de notre étude à partir des ouvrages, des articles de revues et de divers documents écrits.

-         L’observation participante a été rendue possible grâce à notre position comme acteur (serviteur) dans une des églises de réveil où nous avons été témoin des réalités décrites.

-         L’interview nous a permis d’entrer directement en contact avec notre population cible.

-         L’échantillonnage nous a servi de sélectionner les individus à interroger.

5.     CHOIX ET INTERET DU SUJET

 

Le choix porté sur ce sujet a été inspiré par la réalité que nous offre l’observation quotidienne des faits sociaux. La prolifération des Eglises de réveil est une réalité incontestable et le fait, pour nous, de travailler au sein d’une de ces églises et d’y exercer certaines fonctions, nous a permis de comprendre le fonctionnement de ces organisations.

Notre travail est une contribution scientifique. Nous espérons qu’il .servira d’autres chercheurs intéressés à cette thématique.

 

6.     DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE

 

Pour bien saisir les phénomènes sociaux, il est conseillé au chercheur de restreindre son champ d’investigation afin de bien exploiter la réalité étudiée. C’est pour cette raison que nous limitons nos investigations dans la commune de Kimbanseke, sur le plan spatial, et considérons la période allant de 2010 à 2015, sur le plan temporel.

Le choix de cette période nous est dicté par l’ampleur du phénomène à travers les médias, les panneaux publicitaires, les affiches portant sur les campagnes d’évangélisation, les guérisons miracles, les promesses des cieux à ceux qui croient en vérité.

 

7.     DIFFICULITES  RENCONTREES

 

Comme toute recherche scientifique, la nôtre n’a pas échappé aux écueils. La tâche ne nous a pas été facile à cause du caractère sensible du phénomène étudié. Pour certains enquêtés, nous étions des espions au service du gouvernement, d’où la méfiance, la réticence, le refus, la suspicion.

Il faudrait ajouter à cela la difficulté d’accéder à des ouvrages, la précarité des moyens financiers, le chevauchement de temps (cours, stages, enquêtes). Nonobstant toutes ces difficultés, nous sommes parvenu aux résultats escomptés grâce au courage, à la patience, au travail et à l’esprit de sacrifice.

 

8.     SUBDIVISION DU TRAVAIL

 

Outre l’introduction et la conclusion, notre travail est subdivisé en trois chapitres.

ü Le premier est consacré aux considérations générales. Il comprend deux sections. La première est consacrée à la clarification des concepts ; tandis que la seconde présente le milieu d’étude.

ü Le second chapitre examine les déterminants sociologiques de la pauvreté.

ü Le troisième et dernier chapitre procède à l’analyse, au dépouillement et à l’interprétation des données empiriques.

CHAPITRE I : GENERALITES

 

Comme l’indique son intitulé, le premier chapitre portant sur les considérations générales, comporte deux grandes sections. La première est consacrée à la discussion conceptuelle. La seconde présente notre milieu d’étude.

Section 1 : Définition des concepts

 

Définir les concepts constitue un préalable exigeable à tout chercheur afin de fixer la portée réelle des mots pour une meilleure intelligibilité et de lui permettre d’éviter toute confusion au regard de leur caractère polysémique. Les sciences sociales étant plurielles, l’usage de chaque mot doit être compris selon le contexte et la réalité propre inhérente à une discipline donnée.

 

Partant de l’orientation que nous voulons imprimer à notre travail, il importe de clarifier les mots pivots et autres connexes en rapport avec l’objet d’étude. Il s’agit de concepts pauvreté, paupérisation, prolifération, Eglise, Eglises de réveil, religion et hommes de Dieu.

 

1.     Pauvreté

 

La littérature sur la pauvreté étant abondante, il est nécessaire, pour nous, de sélectionner quelques définitions utiles à notre étude. Selon le lexique de sociologie ([10]), concept multiforme, la pauvreté peut se définir de trois manières différentes : en terme monétaire (pauvreté absolue ou relative), en terme de conditions de vie et, enfin, en terme subjectif.

                             

En termes monétaires, est pauvre un individu ou un ménage dont le revenu est inférieur à un certain seuil. Celui-ci peut être défini en termes absolus ou relatifs. La pauvreté monétaire absolue concerne les individus ou ménages qui ont des revenus inférieurs à un seuil minimum conventionnel (correspondant à un panier de biens et services), qui n’évolue qu’avec la hausse du niveau général des prix.

 

En termes de conditions de vie, sont « pauvres » les individus ou les ménages qui n’ont pas accès à certains biens ou services considérés comme essentiels. Enfin, en termes subjectifs les individus qui se déclarent comme tels.

 

Serge Paugam, cité dans le Lexique de Sociologie, définit la pauvreté comme une relation  d’interdépendance entre la population qui est désignée socialement comme pauvre et la société dont elle fait partie. A chaque type de relation d’interdépendance correspond une forme élémentaire de pauvreté. Il distingue trois formes élémentaires de pauvreté. Les voici :

-         la pauvreté intégrée, est « définie comme la condition sociale d’une grande partie de la population », où les pauvres forment un groupe social étendu, et peu stigmatisé. Elle se retrouve dans les sociétés traditionnelles, les pays en développement et dans certaines régions de pays développés.

-         la pauvreté marginale est celle des inadaptés de la civilisation moderne, ceux qui n’ont pu suivre le rythme de la croissance et se conformer aux normes imposées par le développement industriel.

-         la pauvreté disqualifiante relève du processus d’exclusion sociale dans les sociétés postindustrielles. Elle est une forme spécifique de la relation entre une population désignée comme pauvre en fonction de sa dépendance à l’égard des services sociaux et le reste de la société ([11]).

 

Tout en tenant compte des aspects économique et social de la pauvreté relevés par maints auteurs, lesquels mettent en exergue le manque des moyens nécessaires à l’homme pour satisfaire ses innombrables besoins, nous nous penchons, dans le cadre de notre étude, à aborder le concept de pauvreté dans sa dimension totale, à savoir mentale, morale, culturelle, sociale et économique.

 

2.     Paupérisation

 

Il existe deux variantes : la paupérisation absolue et la paupérisation relative. La première désigne une tendance à la baisse du niveau de vie des travailleurs. La seconde indique que par rapport à la situation des détenteurs de moyen de production, la condition du prolétariat se dégage, ce qui n’exclut pas une amélioration objective.

Dan le cadre de notre travail, la paupérisation veut simplement dire, la pauvreté, comprise comme cette incapacité de l’homme de faire face à ces besoins élémentaires. Ici, il s’agit des fidèles qui s’appauvrissent de plus en plus pendant que les pasteurs vivent en petit prince ([12]).

Pour le Lexique de Sociologie, la paupérisation désigne l’augmentation de la part des individus considérés comme pauvres dans la société ([13]).

Alexis de Tocqueville met en avant le développement conjoint de la richesse et de l’indigence. Mais pour lui, le danger provient du développement d’une charité légale en lieu et place d’une charité privée, à ses yeux préférables : « Toute mesure qui fonde la charité légale sur une base permanente et lui donne une base administrative crée donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travailleuse » ([14]).

 

Karl Marx explique la paupérisation par l’existence d’une surpopulation relative inhérente au mode de production capitaliste. La paupérisation résulte de l’exploitation de la classe ouvrière ([15]).

 

3.     Eglise 

 

Etymologiquement, le mot église désigne une assemblée. A ce propos, Max Weber définit l’église comme une communauté morale formée de tous ces croyants d’une même foi, les fidèles comme les prêtres ([16]).

 

Quant à Léon de Saint Moulin, l’Eglise est un rassemblement de tous les enfants de Dieu dans le Christ. Elle se présente sous deux aspects indissociables que voici:

-         elle apparait, d’abord, comme une communauté, c'est-à-dire une société, une assemblée organisée de fidèles.

-         elle a, ensuite, sa structure, ses cadres, ses chefs. Touts les éléments essentiels qui la constituent lui ont été donnés par le Christ ([17]).

Tout en considérant les définitions des uns et des autres, l’Eglise représente pour nous un lieu de culte, d’adoration à l’être suprême par les membres autour d’une même doctrine pour le salut de l’âme.

-         Eglise de réveil

 

D’après René de Haes, les Eglises de réveil sont définies comme l’ensemble des disciples qui suivent un même maître ou un groupement contractant des volontaires qui partagent une même croyance et qui, en faisant cela, se séparent volontairement du monde ambiant ([18]).

 

Léon de Saint Moulin ajoute qu’elles sont des communautés récentes, nées de mouvements néo-pentecôtistes et apparues aux Etats-Unis en 1960. Dans l’église catholique, à partir des années 1966, elles se sont manifestées sous forme de renouveau charismatique. Elles gagnèrent la France, la Belgique, Kinshasa et Lubumbashi ([19]).

 

Pour Gaston Mwene Batende, les Eglises de réveil sont des produits d’un nouveau conditionnement socio-historique des peuples africains qui apparaissent, dès leur constitution, comme des lieux de libération et de recherche d’un (salut) individuel et collectif ([20]).

 

De sa part, Albert Muluma Munanga trouve dans les Eglises de réveil, de groupes de prières, sectes religieuses, etc. qui se préoccupent d’une recherche de vérité invoquant le Saint-Esprit, provenant tant des religions chrétiennes que d’autres courants de pensée tels que pentecôtistes, prophétiques dans l’intention de satisfaire un besoin spirituel ou matériel à travers une vision propre de l’homme ([21]).

 

La perception des Eglises de réveil dépend du point de vue de chaque auteur. L’unanimité est loin de se dégager autour d’une vision commune. Ce constat nous mène à considérer les Eglises de réveil comme un nouvel espace de pensée, de croyance prêchant la vérité de Jésus-Christ saisie uniquement par le Saint-Esprit et laquelle vérité fut longtemps considérée comme cachée, voire ignorée des Eglises traditionnelles  à l’instar du catholicisme, du protestantisme et d’autres.

 

4.     Religion

 

D’après Marx, la religion est la conscience inversée du monde. C’est une théorie mystifiée, une composante de l’idéologie. Elle est l’opium du peuple ([22]).

 

Emile Durkheim, à son tour, considère la religion comme un système solidaire des croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale appelée église tous ceux qui adhèrent ([23]).

 

Dans les formes élémentaires de la vie religieuse, Emile Durkheim cherche à saisir l’essence du phénomène. Il découvre alors que « la religion est chose éminemment sociale ». Il pensait même que « la religion est le plus primitif de tous les phénomènes sociaux. C’est d’elles que sont sorties, par transformation successive, toutes les autres manifestations de l’activité collective : droit, morale, art, formes politiques, etc. ». Même la parenté serait « un lien essentiellement religieux » ([24]).

 

Pour Ludwig Feuerbach, auteur de l’Essence du christianisme, la religion est une projection dans le « ciel des idées », des espoirs et croyances des hommes. Ils se sont pris à croire à l’existence réelle des dieux qu’ils ont inventés ([25]).

 

Quant à nous, la religion est un moyen que l’homme utilise, faute d’expliquer sa nature et sa propre existence, il confie celle-ci à un être supérieur, invisible qui a le plein pouvoir sur lui.

 

5.     Hommes de Dieu

 

On entend généralement par « hommes de Dieu », tous ceux qui déclarent avoir reçu l’appel de Dieu pour le servir à l’Eglise au moyen de sa parole contenue dans la Bible, considérée comme un livre sacré. Cette appellation s’applique à une catégorie bien déterminée de personnes qui croient détenir le pouvoir d’agir au nom du créateur pour sauver les âmes.

 

Dans la plupart des Eglises de réveil, ces « hommes de Dieu » portent différemment le titre de pasteur, évangéliste, apôtre, prophète, docteur et aussi des titres honorifiques comme : évêque, bishop, archibishop, Archevêque général, Eminence, etc. C’est par opposition aux adeptes ou aux croyants, membres de leurs Eglises respectives que se justifie ce qualificatif.

 

Section 2 : Présentation du milieu d’étude[26]

 

La Commune de Kimbanseke constitue notre champ d’investigation à travers lequel nous abordons, successivement, le cadre juridique, les aspects historique, géographique, démographique et administratif de cette entité décentralisée de la Ville-Province de Kinshasa.

2.1. Aspect juridique

 

La Ville-Province de Kinshasa contient dans l’ensemble 24 Communes dont celle de Kimbanseke est la plus vaste et la plus peuplée. Notons, à ce propos, que sur le plan juridique, la Commune de Kimbanseke fut créée par arrêté ministériel n°68-026 du 30 mars 1968 portant création et dénomination des nouvelles communes de la ville de Kinshasa. Ses limites sont fixées par l’arrêté ministériel n°69-042 du 23 janvier 1969.

2.2. Aspect historique

 

Avant son érection en Commune, l’agglomération de Kimbanseke était une zone annexe, un territoire sub urbain qui dépendait de la Commune de Mont Ngafula dont l’administrateur résidait à Kimwenza. De son vrai nom « Mbensio » en Humbu, ce nom peut être divisé en deux mots « MBE » (terre ou étendue et « NSIO » (plane).

Kimbanseke signifie aussi terre plane ou grande étendue. Ce vocable provient de la mauvaise prononciation des agents sanitaires belges et surtout du souci de l’euphonie qui a modifié « Mbensio » en Kimbanseke.

 

Cette terre plane a offert aux colonisateurs belges l’occasion, non seulement d’accueillir des populations venues d’Angola qui fuyaient la rigueur du régime Salazar, symbole du colonialisme portugais, mais aussi et surtout d’assurer à la ville un approvisionnement en produits vivriers. C’est pour cette raison que cette terre propice à l’agriculture fut sollicitée au grand chef coutumier NGANDU MUKOO André et permet aux flux des réfugiés angolais, communément appelés BAZOMBO de s’y installer pour l’exploitation des cultures vivrières et maraîchères.

 

Avec l’érection du cimetière et la construction de la route qui y mène, Kimbanseke deviendra une vraie agglomération rassemblant les Humbu autochtones, les Zombo et les Congolais d’autres provinces en quête d’un lopin de terre moins chère.

L’arrêté ministériel n°68-026 du 30 mars 1968 a mis fin au régime coutumier et de zone annexe et a consacré l’élection des bourgmestres (anciennement appelés commissaires de zone).

2.3. Aspect géographique

2.3.1. Limites territoriales

 

La commune de Kimbanseke est située sur le Boulevard Lumumba au n°4 de l’avenue Mbuni qui permet sa grande visibilité. Elle est limitée :

-         au Nord : de l’intercession de la rivière Nsanga avec l’axe du Boulevard Lumumba jusqu’à son intersection avec la rivière Tshuenge ;

-         à l’Est : la rivière Tshuenge jusqu’à sa source, de cette source une ligne droite Nord-Sud la reliant à la rivière Bosumu ;

-         au Sud : par la rivière Bosumu avec la rivière N’djili ;

-         à l’Ouest : la rivière N’djili jusqu’à son intersection avec l’axe prolongé de l’avenue Kumbi, ce prolongement puis l’axe de l’avenue Kumbi vers l’Est jusqu’à son intersection avec le premier affluent de gauche Nsanga. Cette rivière jusqu’à son intersection avec l’axe du Boulevard Lumumba.

 

2.3.2. Coordonnées

 

La Commune de Kimbanseke est située entre 4°15’’ de latitude Sud, 15°20’’ et 15°30’’ de longitude Est. Elle a une superficie de 237,80Km.

 

2.3.3. Types de climat

 

La Commune de Kimbanseke a un climat de type tropical avec deux saisons. La saison sèche (s’étend sur trois mois) et la saison de pluie (la plus longue et couvre neuf mois de l’année). Les températures sont toujours élevées pendant toute l’année dont la moyenne annuelle est de 25°C.

 

Les précipitations sont abondantes, les moyennes mensuelles varient entre 1300 et 2000mm en saison des pluies tandis que pendant la saison sèche, elle ne tombe qu’aux environs de 500mm. La pluviométrie annuelle atteint 1,473 mm par an avec 96 jours de pluies.

 

La Commune de Kimbanseke est une plaine aux plateaux arides et bas fonds marécageux, couverts des graminées et des cypéracées du sol en pleine disparition à cause de la surexploitation des ressources naturelles, la biodiversité en danger et la transformation des champs en parcelles résidentielles. Le sol est sablonneux et le relief avoisine celui du plateau de Bateke.

 

2.3.4. L’hydrographie

 

Neuf cours d’eau baignent la Commune de Kimbanseke dont les plus importants sont les rivières Tshuenge et Nsanga qui déversent leurs eaux dans le fleuve Congo, tandis que les autres tels que Bansimba, Tumpu et Manzanza se jettent dans la rivière N’djili et Mango Buono se jettent dans la rivière Mokali.

2.4. Aspect démographique

 

La Commune de Kimbanseke est habitée en majorité par les ressortissants des provinces de Bandundu et de Bas-Congo, faisant partie de l’ex-province de Léopoldville (Kinshasa). Elle a une densité de 3980 hab./km2 et compte au total une population de 978.612 habitants.

 

Quant à l’activité de la population de Kimbanseke, elle pratique l’activité maraîchère sur la culture vivrière, mais nombreux de ses habitants vivent des activités de type informel à l’instar de la vente d’articles ou des produits vivriers le long des avenues, devant les portes des parcelles ou dans des petits marchés de fortune. Hormis les cultures maraîchères et le petit commerce des produits manufacturés, il y a aussi l’élevage de la basse cour et de petit bétail.

 


 

2.5. Organisation politico-administrative

2.5.1. Organisation administrative

 

Administrativement, la Commune de Kimbanseke est subdivisée en quartiers et e rues. Elle compte 46 quartiers suivants :

Quartiers

Quartiers

01

BAHUMBU

25

MAVIOKELE

02

BAMBOMA

26

MAYENGELE

03

BATUMONA

27

MIKONDO

04

BIYELA

28

MOKALI

05

BOMA

29

MULIE

06

BIKUKU

30

MUKONKA

07

DISASI

31

MBEMBA FUNDU

08

17 MAI

32

MBWALA

09

ESANGA

33

MFUMU NKETO

10

KAMBA MULUMBA

34

NGAMANZITA

11

KASA-VUBU

35

NGANDU

12

KABILA

36

NGAMAYAMA

13

KAKUDJI

37

NGAMPANI

14

KAMBOKO

38

NSANGA

15

KAYOLO

39

NGIESI

16

KIKIMI

40

NSUMABWA

17

KINGASANI

41

PANDANZILA

18

KISANTU

42

PIERRE FOKOM

19

KIBUNDA

43

REVOLUTION

20

KUTU

44

SAKOMBI

21

LUEBO

45

SALONGO

22

MALONDA

46

WAYWAY

23

MANGANA

 

 

24

MABINDA

 

 

Source : Archives Commune de Kimbanseke

 

A la tête de chaque quartier, on y trouve un chef du quartier qui l’administre et en rend compte à la Commune.

2.5.2. Organisation politique

 

La Commune est dirigée par le Bourgmestre. Il est assisté par le Bourgmestre adjoint, le chef de bureau et le conseil communal. Le Bourgmestre gère la commune au quotidien, son adjoint le remplace à son absence parce que c’est lui qui est le gestionnaire des crédits.

 

La Commune de Kimbanseke est composée de plusieurs services administratifs dont les uns dépendent directement de l’autorité du bourgmestre et les autres constituent le prolongement des services des ministères placés sous l’autorité municipale.

 

a)    Pour les Services cités en premier lieu, nous avons :

 

-         le secrétariat : service d’avant-garde par excellence sur lequel l’autorité municipale s’appuie pour communiquer avec les chefs de quartiers, tous les chefs de service, la population et l’extérieur.

-         le service du personnel : s’occupe de la gestion du personnel

-         le service de la population : s’occupe de mouvement migratoire de la population tant nationale qu’étrangère.

-         le service du contentieux et juridique : règle les litiges et contentieux opposant toutes les personnes en conflits.

-         l’état-civil : contrôle les mouvements démographiques de la population : « naissance et décès », veille aux statistiques des mariages, divorce et de veuvage.

-         le service des engins sans moteur : contrôle les chariots roulants.

 

b)    Pour les services cités en deuxième lieu, nous avons :  

 

-         le service de l’économie,

-         le service de petites et moyennes entreprises et artisanat,

-         le service du tourisme et hôtellerie,

-         le service de l’industrie, travaux publics et construction,

-         le service du développement rural,

-         le service de la culture et art,

-         le service de l’énergie,

-         le service de l’environnement,

-         le service de l’agriculture,

-         le service des sports et loisirs,

-         le service du budget et finances.

 

Hormis ces services, on peut citer également les services spécialisés ceux qui s’occupent de renseignements et de la protection des personnes et de leurs biens. Il s’agit de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), de la Police Nationale Congolaise (PNC) et de la Direction Générale des Migrations (DGM).

 

Actuellement la Commune de Kimbanseke est dirigée par le Bourgmestre Edouard Gatembo Nu-Kaki et secondé par son adjoint Monsieur Paul Mabinda.

 


 


Organigramme de la commune de Kimbanseke

Conseil Communal

 

Secrétariat

 
 


Zone de Texte: Les services techniques Zone de Texte: Services administratifs

Source : Secrétariat Communal

 

SERVICES SPECIALISES

 

ANR

 

Jeunesse 

 

LES QUARTIERS

 

Population

 

PME-AEF

 

HABITAT

 

Comptabilité

 

TPAT

 

Economie et industrie

 

Sports et loisirs

 

Environnement

 

Tourisme

 

Culture & Arts

 

Affaires sociales

 

Dévelop rural

 

Agriculture

 

Police

 

DGM

 

Bourgmestre Adjoint

 

Bourgmestre

 

Chef de Bureau

 

HYGI7NE

 

Budget et finance

 

Contentieux

 

Personnel

 

Etat-civil

 
 


CHAPITRE II : LES DETERMINANTS SOCIOLOGIQUES DE LA PROLIFERATION DES EGLISES DE REVEIL

 

Dans ce second chapitre, la problématique des déterminants sociologiques de la prolifération des églises de réveil est examinée à travers  trois sections.

La première est consacrée à l’approche théorique de la notion de la pauvreté. La seconde s’appesantit sur les causes et les conséquences de la prolifération des Eglises. La dernière section vise à mettre en exergue les stratégies menées par les hommes de Dieu pour perpétuer leur pouvoir et maintenir leur emprise sur les adeptes.

Section 1 : Approche théorique de la pauvreté

 

Evoquer la question de la pauvreté ne manque pas d’incidences sur le niveau de vie des populations. Pour bien élucider les raisons à la base de la prolifération des Eglises de réveil, il nous a paru nécessaire de recourir au critère des obstacles au développement soutenu par John Kenneth Galbraith ([27]) dont la pertinence de l’analyse rejoint nos préoccupations.

Il part de l’observation selon laquelle tous les pays sous-développés ou en voie de développement présentent deux traits communs : la pauvreté de la plus grande partie de leur population et des obstacles qui les empêchent  de franchir le mur de la pauvreté.

 

Partant de ce critère, Galbraith distingue trois classes qu’il qualifie de modèles de pays ayant des difficultés à se développer :

-         Dans le premier modèle, l’obstacle au développement réside dans la faiblesse de « la base culturelle » de la société. Il considère que ces pays souffrent d’un taux d’analphabétisme encore élevé, on n’y trouve qu’un nombre très limité de personnes ayant bénéficié d’études supérieures, le système scolaire est nettement insuffisant à tous les niveaux.

 

Il ajoute, en outre, que dans la plupart des cas, il s’agit de pays ayant subi un régime colonial qui n’a pas contribué à créer les conditions favorables au démarrage : lorsque ces colonisateurs se sont retirés, ils laissaient  derrière eux un pays pauvrement équipé en ressources humaines. Tel est le cas de la République Démocratique du Congo où on ne trouvait qu’un très petit nombre de diplômes universitaires au moment de l’indépendance.

Galbraith poursuit en affirmant que la plus grave conséquence de cette situation, c’est la difficulté d’établir un gouvernement efficace, étant donné la carence, lors de la décolonisation, d’une élite instruite et compétente pour occuper les postes politiques et les emplois administratifs.

 

Par rapport à cette situation, renchérit l’auteur, ce qui menace constamment ces pays, c’est la résurgence du tribalisme, de l’anarchie et de la désintégration politique, ou encore la prise du pouvoir par des hommes ou des groupes qui ne poursuivent que des intérêts personnels ou particuliers. Face à cette prise de position de Galbraith, et pour ne citer que le cas de la RDC, l’approche de la faiblesse de la base culturelle a pris des proportions inquiétantes dans la mesure où l’on constate de plus en plus des taux élevés de déperdition et d’abandons scolaires en dépit de la politique de la gratuité de l’enseignement prôné par le gouvernement ([28]).

 

Bon nombre d’enfants congolais sont privés du privilège de la formation scolaire et ceci constitue un des facteurs déterminants de la pauvreté. Et c’est avec raison que William Easterly conclut dans l’une de ses analyses qu’en dépit de tous les nobles sentiments qu’inspire l’éducation, le rendement de l’explosion de l’instruction des quatre dernières décennies s’est révélé décevant. La création de compétences répond aux incitations à investir dans le futur. Certes, aucun pays n’est devenu riche avec une population complètement illettrée ([29]).

 

Consécutivement au niveau bas d’instruction et au taux de chômage de plus en plus élevé, ces Eglises de réveil se révèlent comme des abris ou lieux de refuges de tous les aigris et désœuvrés qui y passent la plus grande partie de leur temps où ils ont des tâches à effectuer bénévolement au profit des hommes de Dieu.

 

-         Le second modèle est le modèle latino-américain, qui considère que l’obstacle au développement réside dans la structuration sociale. La société est divisée en deux groupes, une petite minorité de possédant et une large masse des travailleurs non qualifiés travailleurs agricoles pour la plupart. Or, ni les possédants, ni la masse des travailleurs n’est un stimulant économique assez fort pour hausser la productivité de leurs capitaux ou de leur travail.

 

Cette situation latino-américaine ne diffère guerre de celle de la RDC où une infime minorité a la mainmise sur les richesses nationales et vit dans l’opulence alors que la grande majorité de la population croupit dans une misère atroce. Celle-ci est complètement démunie, sans travail et sans ressources. Elle se contente de la débrouillardise et certains de ses membres, courageux et rusés se transforment en « serviteurs de Dieu » en créant des Eglises.

 

-         Le troisième et dernier modèle est celui d’Asie du Sud-Est. L’obstacle au développement provient du déséquilibre entre les facteurs de production. Dans ces pays, l’accroissement de la population a toujours devancé l’augmentation de la production.

 

Il faut noter que l’empreinte de ce modèle marque également la République Démocratique qui voit sa population croître de manière géométrique alors que les moyens de subsistance ne suivent pas le même rythme car croissant de façon arithmétique. Il est vrai que la population congolaise consomme plus qu’elle produit moins à cause du caractère extraverti de son économie et surtout de la mauvaise gouvernance.

 

Par rapport à ce dernier modèle, il nous est utile d’examiner cette question oratoire de William Zasterly qui dit : ‘Faut-il avoir une population plus nombreuse ?. A cette question, l’auteur évoque des thèses opposées des uns et des autres. Pour les uns, une population plus dense pourrait par exemple endommager l’environnement et conduire à l’entassement, au grand dam de ses habitants actuels. Pour d’autres, chaque bébé supplémentaire est un futur contribuable qui pourra participer au financement des programmes publics.

 

Plus il y aurait d’enfants et plus grande serait la probabilité de compter parmi eux : futur Mozart, Einstein ou Bill Gates. Cet exemple relève du « principe du génie » qui évoque des possibles bienfaits d’une population plus nombreuse.

 

Pris dans le contexte de la population congolaise, en général, et de celle de la Commune de Kimbanseke, en particulier, la population nombreuse est à la base de plusieurs maux tels que la délinquance, la prostitution, la corruption, l’inversion des valeurs, la promiscuité, l’oisiveté et tant d’autres inhérents au phénomène de carence d’emploi et au chômage exacerbé fautes d’entreprises. C’est donc par manque de structures économiques de grande envergure devant absorber le chômage et résoudre l’épineux problème de sans emploi que des structures informelles se sont créées, les Eglises de réveil y comprises.

Section 2 : Causes et conséquences de la prolifération des églises de réveil

 

Après avoir analysé l’approche théorique de la notion du développement et de la pauvreté à la lumière de Galhraith et à nos réalités locales, il s’avère nécessaire, dans cette section, d’étudier les causes de la prolifération des Eglises de réveil en vue de déterminer les conséquences qui en découlent.

 

Après une longue période d’observation de l’ampleur du phénomène religieux et de son impact sur la population congolaise, cette hyper religiosité a aiguisé notre esprit scientifique et nous incite à nous lancer à la quête des causes et des conséquences de la prolifération des Eglises de réveil. D’où notre préoccupation première reste de savoir le pourquoi du foisonnement des Eglises de réveil et, en second lieu, de déterminer les conséquences y afférentes.

 

D’entrée de jeu, il sied de noter que les causes sont multiples et que chacune d’elles entraîne des conséquences spécifiques.

 

 

-         Causes économiques

 

La cause fondamentale de la prolifération des Eglises de réveil est liée à la pauvreté qui prend en otage la population congolaise depuis plus de trois décennies. En effet, la situation de la crise généralisée qui sévit à Kinshasa, en particulier, et en RDC, en général, est tributaire de la mauvaise gouvernance qui s’est illustrée par la destruction du tissu économique à la suite des pillages des années 1991 et 1993, aux guerres de libération, aux gabegies financières, aux détournements des deniers publics, aux dépenses ostentatoires des hommes au pouvoir, au vol des biens du pays par des particuliers, à l’instabilité de la monnaie nationale, etc.

 

Il y a lieu de considérer les facteurs ci-dessus énumérés comme ayant engendré le manque ou la perte d’emplois pour une grande partie de la population active du pays. Le chômage aidant, chacun devrait se lancer dans la débrouillardise pour vivre et se mettre à l’abri de la famine. L’effondrement du secteur formel de l’économie nationale a cédé le pas aux structures de type informel. Plusieurs activités ont été créées pour les besoins de survie : les pharmacies, les boutiques, les écoles privées agréées, les organisations non gouvernementales, le petit commerce, la vente des biens de consommation devant les parcelles, les avenues ou autres coins jugés avoir de l’attrait, les vendeurs ambulants, les petites usines de fabrication de peintures et d’autres produits.

Face à cette précarité de vie dans tous les milieux, certaines personnes, inspirées à leur manière, ont à leur tour créé des Eglises de réveil en vue d’apporter aux peuples de Dieu la vérité de la parole qui, jadis, selon leurs déclarations, leur était cachée. Au fil du temps, ces Eglises se sont multipliées à un rythme effréné à tel point que chaque avenue ou chaque rue devrait compter plus d’une église. Pour bon nombre d’observateurs, la création des églises devenait une occasion propice pour les pasteurs de s’en servir comme des unités de production, un moyen de vivre et une possibilité de gain facile. Grâce aux Eglises, les hommes de Dieu ont la facilité de trouver des solutions aux besoins élémentaires, se procurer du pain, scolariser leurs enfants, s’acheter des grandes concessions, des voitures, des appareils électroménagers, se payer des voyages, etc.

En conséquence, le train de vie des hommes de Dieu a changé et leur enrichissement facile a suscité le mécontentement des collaborateurs, l’appauvrissement des adeptes. C’est de cette manière qu’on est arrivé chaque fois aux scissions des églises, au vagabondage des membres d’une église  à une autre selon que les intérêts sont sauvegardés.  L’enrichissement des hommes de Dieu d’un côté ; et l’appauvrissement des collaborateurs et des adeptes, est qualifié par Gaston Mwene Batende, de « la paupérisation des adeptes », de l’autre côté.

 

De plus en plus, les pasteurs sont taxés d’égoïstes par leurs collaborateurs à cause des offrandes, des dîmes et des divers dons reçus sans partage. Cette situation dégénère en conflits et crée des camps au sein d’une même Eglise  où les critiques acerbes sont engagées contre le chef spirituel. Ces divisions ne tardent pas à susciter des départs des autres membres sous la conduite d’un proche ou d’un autre leader de l’assemblée.

 

-         Causes politiques :

 

Le gouvernement congolais, conscient de son incapacité à résoudre les problèmes sociaux du pays et en ayant aussi compris que la religion jouait un rôle important dans l’environnement du peuple à travers des enseignements soporiques, ferme les yeux sur les incartades des hommes de Dieu, car ne dit-on pas que « qui ne dit mot consent ».

Les veillées des nuits accompagnées des tapages, l’utilisation  des instruments musicaux même en pleine nuit, des cris stridents, des applaudissements à tue-tête sont autant des méfaits qui troublent la quiétude des populations voisines et pour lesquels les pouvoirs publics demeurent muets. L’intérêt revient à l’Etat de voir les gens retenus jours et nuits dans des prières en affichant l’optimisme d’être récompensés par Dieu seul. Dans ces conditions, ces populations s’éloignent de diverses revendications de type politique et la conséquence est qu’il y a consolidation des relations entre l’élite politique et l’élite religieuse. Voilà pourquoi on ne sera pas étonné de constater que la plupart des leaders religieux se penchent souvent du côté du pouvoir politique. Tel est par exemple, le cas de leur soutien au dialogue décidé par le Chef de l’Etat.

 

-         Causes culturelles

 

Dans la plupart des sociétés traditionnelles congolaises, les fonctions des chefs de clan ou de lignage étaient honorées de tous. Il en était de même pour tout chef de famille qui était digne d’estime et de considération de la part de ses membres. Dans tout produit agricole, de chasse, de cueillette ou de ramassage, une part non moins importante était réservée au chef qui détenait à la fois les pouvoirs politiques et religieux. Toute parole prononcée à l’occasion de n’importe quel événement avait un caractère sacré.

 

Partant de cette tradition, les hommes de Dieu s’en servent pour démontrer leur suprématie sur les autres tout en se considérant comme des pères spirituels. Ils prétendent que leur pouvoir vient de Dieu et qu’ils le représentent dans toutes les circonstances. Les adeptes les appellent affectueusement « papas » pour montrer le degré d’estime et de distance sociale. Par cette appellation, ils sont vénérés et reçoivent de la part de leurs croyants des dons en nature ou en argent et ne cessent de marteler que l’or et l’argent  appartiennent à Dieu. Ils se réservent le droit de bénir ou de maudire, selon le cas, ce qui conduit généralement à la soumission aveugle de leurs adeptes ainsi qu’aux abus.

 

-         Causes sociales

 

Les souffrances atroces liées à la vie sociale amènent ces populations à prier nuit et jour en quête du bien-être. Déçues par le gouvernement qui est incapable de les prendre en charge, ces populations se retournent vers Dieu où ils espèrent, à travers ses serviteurs, trouver des solutions à leurs problèmes.

Tout en étant dans la faiblesse morale, mentale, spirituelle  et matérielle, ces gens manifestent des comportements de résignance à l’égard de leurs maîtres spirituels. Ces comportements de naïveté, d’obéissance exagérée, de crainte à l’égard des pasteurs sont les résultats des enseignements assimilés et véhiculés par leurs dirigeants.

 

Cette situation conduit, dans la plupart des cas, à l’exploitation des adeptes, à la désunion de familles, à l’expulsion des enfants par leurs propres parents car qualifiés de « sorciers », aux troubles divers et aux conflits de leadership religieux entre les hommes de Dieu.

En définitive, ces comportements de naïveté des populations profitent aux dirigeants des Eglises de réveil tout en participant à la prolifération de ces dernières.


 

Section 3 : Stratégies d’exploitation des adeptes par les hommes de Dieu

 

La stratégie est comprise dans ce travail comme un ensemble des manœuvres, des pratiques appliquées par les hommes de Dieu, pour contrôler et garder sous leur dépendance les adeptes dans le seul but de garantir et de conserver leurs intérêts.

 

A cet effet, l’Eglise est considérée comme un véritable champ d’action où les pasteurs concentrent toutes leurs capacités pour avoir la facilité d’exploiter les adeptes. Pour y parvenir, ils se livrent généralement à la ruse et aux pratiques mensongères néfastes et occultes en vue de gagner la confiance des croyants par des « miracles », des prophéties et des démonstrations dites spirituelles.

Par ailleurs, toute stratégie permettant de conserver les intérêts des hommes de Dieu, est la bienvenue bien qu’elle puisse paraître bonne ou mauvaise comme on observe que ce sont des actions illogiques qui réussissent le mieux, « les envoyés de Dieu » appliquent, généralement, des actions frauduleuses afin d’asseoir leur pouvoir sur les adeptes.

 

Parmi les stratégies couramment utilisées par ces hommes, nous pouvons citer entre autres :

-         l’utilisation subjective de la Bible : leurs prédications gravitent autour des thèmes alléchants tels que le bonheur, l’élévation, la réussite, la délivrance, les voyages, les succès, etc. La condition sine qua non pour obtenir toutes ces promesses demeure la semence, l’offrande matérielle et les autres dons. Cette philosophie trouve son soubassement dans quelques passages bibliques utilisés par les pasteurs en guise d’illustration, tels que :

-         le Psaume 126 :5 : « Ceux qui sèment avec larmes, moissonnent avec cri de triomphe ».

-         II Corinthiens 9 :6 « En fait, celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment, moissonnera en abondance ».

 

Parallèlement à cette logique de semence, nous nous demandons si la bénédiction ne peut pas s’opérer d’une autre manière et ceux qui ne sèment pas n’ont-ils pas droit à la bénédiction ?

L’on constate cependant que cette population si pauvre, continue à semer beaucoup pour moissonner peu en s’appauvrissant davantage alors que les bénéficiaires ne sont autres que ces hommes de Dieu qui deviennent de plus en plus riches.

 

-         L’escroquerie spirituelle :

 

Nous entendons par escroquerie spirituelle tous les délits commis par les pasteurs en vue de s’approprier d’une façon malhonnête les biens de leurs fidèles tout en prétendant agir sous la pulsion du Saint-Esprit. A cet effet, ces pasteurs organisent des grandes campagnes d’évangélisation intitulées généralement « guérisons et miracles », événement par lequel on assiste à des scènes inexplicables où ils font parler des sourds, font marcher les boiteux, les aveugles recouvrent la vue, etc.

 

Mais ce n’est que par la suite qu’on se rend compte que toutes ces personnes étaient bien portantes, préparées à ce besogne dans une mise en scène pour démontrer leur puissance. Par des faux miracles, les adeptes croient naïvement et au retour, ils offrent de l’argent, des voitures, des maisons et les autres biens matériels aux prédicateurs, avec beaucoup de facilité.

 

Certains « hommes de Dieu » se renseignent en amont du milieu où vivent certaines familles ciblées à partir de leur situation économique, sociale, du nombre d’enfants possédés par l’entremise de leurs espions. Ils tirent profit de ces renseignements pour prophétiser et s’attirer de la sympathie des fidèles qui seront étonnés de ces révélations et avoueront qu’il s’agit là d’un véritable homme de Dieu.

 

-         L’autoconsidération

 

Les pasteurs ont inculqué dans l’esprit de fidèles leur sainteté, la vénération méritée, leur attachement à Dieu qui les a envoyés et qu’ils servent. Ils méritent alors un double honneur tout en s’inspirant de la Bible pour justifier leurs actions. Les passages les plus utilisés à ce propos sont : Ephésiens 6 :5 : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres avec crainte et tremblement dans la simplicité de votre cœur.

Colossiens 3 :9 : « Obéissez en tout à vos maîtres ».

 

Ainsi, après cet exposé sur les déterminants sociologiques à la base de la prolifération des Eglises de réveil à Kinshasa, en général, et, dans la commune de Kimbanseke, en particulier, nous abordons, dans le chapitre suivant, la présentation, l’analyse des données de terrain et l’interprétation des résultats de notre recherche.


 

CHAPITRE III : PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES DONNEES

 

Ce chapitre porte sur la présentation des données empiriques, sur leur analyse et sur leur interprétation.

Section 1 : Organisation matérielle de l’enquête

1.1.         Population d’enquête

 

R. Mucchielli définit la population d’enquête comme étant « l’ensemble de groupe humain concerné par les objectifs de l’enquête » ([30]).

Dans le cadre de notre travail, notre univers d’enquête est constitué par les habitants de la Commune de Kimbanseke.

Mais eu égard à l’impossibilité pratique d’interroger individuellement tous les habitants de la Commune, nous avons eu recours à la technique de l’échantillonnage.

1.2.         Echantillon

 

Ce concept évoque la portion de la population qui sera réellement enquêtée et qui permettra par extension de dégager les caractéristiques de l’ensemble de la population ([31]).

 

A ce fait, nous nous sommes servi de l’échantillon probabiliste ou aléatoire. Celle-ci tire selon le hasard scientifique en accordant une chance à tous les individus de la population mère d’y faire partie.

Nous avons pris pour base de sondage les habitants du quartier Kingasani. Notre enquête a été menée sur 50 personnes susceptibles de représenter l’ensemble de la population de notre univers d’investigation dont l’extrapolation des résultats s’avère fiable.

Section 2 : Dépouillements des données

 

L’opération du dépouillement des données nous a permis de coder les réponses afin de faciliter la version des données en pourcentage pour rendre possible leur exploitation.

2.1. Identification des enquêtés

 

Les variables telles que : tranche d’âge, sexe, état-civil, niveau d’étude, confession religieuse, province d’origine, fonction exercée à l’Eglise, nous ont permis d’identifier les enquêtés.

 

2.2. Question d’identification

 

Tableau n°1 : Répartition des enquêtés selon le sexe

 

Sexe

Effectifs

Pourcentage

Masculin

30

60

Féminin

20

40

Total

50

100

 

Il ressort de ce tableau que 30 enquêtés soit 60% sont du sexe masculin, tandis que 20 enquêtés soit 40% sont de sexe féminin.

 


 

Tableau n°2 : Répartition des enquêtés selon la tranche d’âge

 

Tranche d’âge

Fréquences

Pourcentage

18 – 22

18

36

23 – 27

8

16

28 – 32

5

10

33 – 37

4

8

38 – 42

1

2

43 – 47

6

12

48 – 52

6

12

53 et plus

2

4

Total

50

100

 

Il se dégage de ce tableau que 18 enquêtés, soit 36% l’âge varie de 18 à 22 ans ; 8 enquêtés soit 46% l’âge varie de 23 à 27 ans ; 5 enquêtés soit 10% l’âge varie de 30 à 34 ans ; 4 enquêtés soit 8% l’âge varie de 33 à 37 ans ; 1 enquêté soit 2% l’âge varie de 38 à 42 ans ; 6 enquêtés soit 12% l’âge varie de 48 – 52 ans, et 2 enquêtés soit 4% l’âge varie de 53 et plus.

 

Tableau n°3 : Répartition des enquêtés selon le niveau d’étude

 

Niveau d’études

Effectifs

Pourcentage

Diplômé d’Etat

32

64

Gradué

5

10

Licencié

11

22

Autres titres

2

4

Total

50

100

 

Ce tableau indique que 32 enquêtés soit 64% sont diplômés ; 5 enquêtés soit 10% sont gradués ; 11 enquêtés soit 22% sont licenciés, et 2 enquêtés soit 4% ont autres titres.

 

Tableau n°4 : Répartition des enquêtés selon la confession religieuse

 

Confession religieuse

Effectifs

Pourcentage

Eglise de réveil

34

68

Eglise catholique

8

16

Eglise protestante

3

6

Les témoins de Jéhovah

2

4

Autres Eglises

1

2

Total

50

100

 

Ce tableau renseigne que 34 enquêtés soit 68% sont des églises de réveil, 8 enquêtés soit 16% sont des églises catholiques ; 3 enquêtés soit 6% sont des églises protestantes ; 2 enquêtés soit 4% sont des églises de témoin de Jéhovah ; 1 enquêté soit 2% est d’une autre église et 2 enquêtés soit 4% ne sont dans aucune église.

 

Tableau n°5 : Répartition des enquêtés selon les fonctions occupées à l’église

 

Fonctions occupées

Effectifs

Pourcentage

Pasteur

3

6

Serviteur

25

50

Simple membre

22

44

Total

50

100

 

Ce tableau indique que 22 enquêtés soit 44% sont des simples fidèles : 25 enquêtés soit 50% sont des serviteurs et 3 enquêtés soit 6% sont des pasteurs.

Tableau n°6 : Répartition des enquêtés selon l’état matrimonial

 

Etat matrimonial

Effectifs

Pourcentage

Célibataire

26

52

Marié

24

48

Divorcé

0

0

Total

50

100

 

Ce tableau démontre que 26 enquêtés soit 52% sont célibataires, tandis que 24 enquêtés soit 48% sont mariés.

 

Tableau n°7 : Répartition des enquêtés selon la province d’origine

 

Province d’origine

Effectifs

Pourcentage

Bandundu

22

44

Kasaï-Oriental

12

24

Kasaï-Occidental

11

22

Equateur

1

2

Katanga

4

8

Total

50

100

 

Il ressort de ce tableau que 22 enquêtés soit 44% sont de Bandundu ; 12 enquêtés soit 24% sont du Kasaï-Oriental ; 11 enquêtés soit 22% sont du Kasaï-Occidental ; 1 enquêté soit 2% est de l’Equateur ; 4 enquêtés soit 8% sont du Katanga.

 

2.3. Questions d’opinion

 

2.3.1. Question n°8 : Qu’est-ce qui peut justifier la prolifération des églises de réveil ?

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

La pauvreté

31

62

La recherche des solutions aux problèmes

4

8

La recherche de la vérité

4

8

Le leadership

3

6

La diversité des visions

2

4

Le nouveau système du travail basé sur la démonstration des dons spirituels

2

4

Conflit entre les responsables et ses collaborateurs

2

4

La multiplication des maux

1

2

L’exode rural

1

2

Total

50

100

 

Il est enregistré dans ce tableau que 31 enquêtés soit 62% estiment que c’est la pauvreté qui peut justifier la prolifération des églises de réveil ; 4 enquêtés soit 8% des enquêtés pensent que c’est le nombre illimité des adeptes ; 4 autres enquêtés soit 8% croient que c’est la Bible (les écritures bibliques) ; 3 enquêtés soit 6% disent que c’est le souci du leadership ; 2 enquêtés soit 4% pensent que c’est le nouveau système du travail basé sur la démonstration des dons spirituels ; 2 autres enquêtés soit 4% estiment que cela peut être le conflit entre les responsables des églises et leurs collaborateurs ; 1 enquêté soit 2% cite la multiplication des maux, et un dernier enquêté soit 2% parle de l’exode rural.

 

2.3.2. Question n°9 : Quels sont les aspects positifs et négatifs de cette prolifération ?

 

Tableau n°9 a : Tableau relatif aux aspects positifs de cette prolifération

 

Réponses sur les aspects positifs

Effectifs

Pourcentage

Lutte contre les anti-valeurs (kuluna, vol, prostitution, …)

22

44

Le nom de Jésus-Christ devient renommé

11

22

Consolation à travers les enseignements

9

18

Solidarité

5

10

Diminution du tribalisme

2

4

Bonne interprétation de la parole de Dieu

1

2

Total

50

100

 

Ce tableau renseigne que 22 enquêtés soit 44% pensent que l’aspect positif qu’a amené la prolifération des églises de réveil serait la lutte contre les antivaleurs ; 11 enquêtés soit 22% estiment que c’est la renommée du nom de Jésus-Christ ; 9 enquêtés soit 18% mettent en avant plan la solidarité ; 2 enquêtés soit 4% citent la diminution du tribalisme et 1 enquêté soit 2% pense que la bonne interprétation de la parole de Dieu est l’un des aspects positifs que nous apporte cette prolifération.

 


 

Tableau 9 b : Relatif aux aspects négatifs

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Divisions de famille

7

14

Beaucoup de faux pasteurs

6

12

Demande exagérée des offrandes

11

22

Endormissement de la population

4

8

Tapage sonore

5

10

Appauvrissement des adeptes

11

22

Faits de proximité

2

4

Crée un esprit de fainéantisme chez les adeptes

2

4

Enrichissement des hommes de Dieu

2

4

Total

50

100

 

Dans ce tableau, 7 enquêtés soit 14% pensent que ce phénomène a favorisé comme aspect négatif la division des familles ; 6 enquêtés soit 12% citent l’avènement de beaucoup des faux prophètes ; 11 enquêtés soit 22% mettent l’accent sur des demandes exagérées des offrandes ; 4 enquêtés soit 8% parlent de l’endormissement de la population ; 5 enquêtés soit 10% pensent que c’est le tapage sonore ; 11 enquêtés soit 22% citent l’appauvrissement des adeptes ; 2 enquêtés soit 4% estiment que c’est les faits de proximité ; 2 autres enquêtés pensent que ce phénomène est porteur d’un esprit de fainéantise chez les adeptes ; 2 derniers enquêtés soit 4% pensent que ce phénomène enrichit les hommes de Dieu.

 


 

2.3.2. Question n°10 : Qu’est-ce qui différencie les Eglises de réveil des autres (protestante, catholique…)

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Les enseignements

21

42

La durée dans des prières

4

8

La façon de prier

5

10

L’habillement

2

4

Système de travail

6

12

Croyance aux dons spirituels (rites)

7

14

Aucune

5

10

Total

50

100

 

Ce tableau démontre que 21 enquêtés soit 42% pensent que ce qui différencie les églises de réveil des autres, sont les enseignements ; 4 enquêtés soit 8% estiment que c’est la durée dans des moments des prières ; 5 enquêtés soit 10% parlent de la façon de prier ; 2 enquêtés soit 4% citent l’habillement, 6 enquêtés soit 12% parlent du système de travail ; 7 enquêtés soit 14% citent la croyance aux dons spirituels ; 5 enquêtés soit 10% pensent qu’il y a aucune différence entre les églises de réveil et d’autres églises.

 


 

2.3.4. Question n°11 : Que dites-vous de la dislocation des églises de réveil ?

 

Tableau n°11 : Tableau relatif aux causes de dislocation

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

L’argent

26

52

Leadership

11

22

Diversité des visions

4

8

Jalousie

3

6

Conflit

2

4

La volonté de Dieu

4

8

Total

50

100

 

Il ressort sur ce tableau que 26 enquêtés soit 52% pensent que c’est l’argent qui détermine la dislocation des églises ; 11 enquêtés soit 22% pensent que c’est le leadership au pouvoir ; 4 enquêtés soit 8% pensent que c’est la diversité des visions ; 3 enquêtés soit 6% font mention du conflit, 4 enquêtés soit 8% mettent l’accent sur la volonté de Dieu, qui soit l’élément qui pourra justifier la dislocation des églises.

 


 

2.3.5. Question n°12 : Que pensez-vous de la parité dans ces églises ?

 

Tableau n°12 : Tableau relatif à la parité

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Elle existe

3

6

Elle n’existe pas

24

48

Elle est rare

3

6

Elle n’est pas respectée

3

6

Elle est limitée à un certain niveau

6

12

C’est une pratique étrangère

11

22

Total

50

100

 

Ce tableau indique que 3 enquêtés soit 5% pensent que la parité existe dans des églises de réveil, 24 enquêtés soit 48% estiment qu’elle n’existe pas ; 3 enquêtés soit 6% pensent qu’elle est rare ; 6 enquêtés soit 12% disent qu’elle est limitée à un certain niveau ; 11 enquêtés soit 22% pensent que cette pratique est étrangère à la bible.

 


 

2.3.6. Question n°13 : Combien de fois priez-vous par semaine ?

 

Tableau n°13 : Tableau relatif au temps de prière

 

Réponses

Effectifs

Pourcentages

1 fois

2

4

2 fois

3

6

3 fois

13

26

4 fois

4

8

5 fois

8

16

6 fois

2

4

Toute la semaine

18

36

Total

50

100

 

Ce tableau stipule que 2 enquêtés soit 4% prient une fois par semaine ; 3 enquêtés soit 6% prient 2 fois par semaine ; 13 enquêtés soit 26% prient 4 fois ; 8 enquêtés soit 16% prient 5 fois par semaine ; 2 enquêtés soit 4% prient 6 fois par semaine ; tandis que 18 enquêtés soit 36% prient chaque jour.

 

2.3.7. Question n°14 : Est-ce qu’il y a-t-il un changement qui intervient dans votre vie en priant ?

 

Tableau n°14 : Tableau relatif aux changements intervenus après la prière

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Oui

49

98

Non

1

2

Total

50

100

 

Ce tableau démontre que 49 enquêtés soit 98% disent qu’il y a un changement qui intervient dans leurs vies, tandis que 1 enquêté soit 2% estime qu’il y a aucun changement intervenu dans sa vie.

 

2.3.8. Question n°15 : Quels sont les problèmes majeurs auxquels ces Eglises sont confrontées

 

Tableau n°15 : Tableau relatif aux problèmes vécus par ces Eglises

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Soutien financier du gouvernement

10

20

Insultes par d’autres églises et sectes

12

24

Manque d’amour

8

16

Menace par l’Etat

6

12

Manque d’adresse fixe

4

8

Manque des moyens financiers

10

20

Total

50

100

 

Ce tableau prouve que 12 enquêtés soit 24% pensent que les Eglises de réveil sont confrontées aux problèmes du soutien financier du gouvernement ; 10 enquêtés soit 20% estiment que ce sont les insultes provenant des autres églises ; 8 enquêtés soit 16% parlent du manque d’amour ; 6 enquêtés soit 12% citent des menaces faites par l’Etat ; 4 enquêtés soit 8% parlent de manque d’adresse fixe, et 10 enquêtés soit 20% ont parlé du manque des moyens financiers.

 

 

 

2.3.9. Question n°16 : Que faire pour atténuer ou favoriser le phénomène de la prolifération des Eglises de réveil ?

 

Tableau n°16 : Tableau relatif à la question n°16

 

Réponses

Effectifs

Pourcentage

Créer des emplois

12

24

Qu’il y ait partage équilibré des offrandes

8

16

Limiter le nombre des églises par avenue

2

4

Créer une seule église de la place

1

2

N°16 B Réponses pour favoriser

 

 

Respecter la parole de Dieu qui veut que toutes les nations soient disciples de Christ

23

46

Augmenter le nombre des églises

2

4

Réaliser cette prolifération

1

2

L’Etat doit subventionner les hommes de Dieu

1

2

Total

50

100

 

Il se dégage de ce tableau que la majorité des enquêtés soit 46% pensent qu’il faudra favoriser la prolifération des églises de réveil, tout en respectant la parole de Dieu qui veut que toutes les nations soient disciples de Christ. Tandis que pour ceux qui pensent qu’il faut atténuer ce phénomène le pourcentage élevé était de 24% ces derniers proposent qu’il y ait création d’emploi.

 

 

 


 

Section 3 : Analyse et Interprétation des résultats

 

Dans le point présent, nous allons sur base des données empiriques présentées dans les différents tableaux, analyser et interpréter ces résultats.

 

a)    Identification

 

En rapport avec la question inhérente au sexe, il ressort que la majorité de nos enquêtés sont de sexe masculin. Cette inégalité peut s’expliquer par les comportements de méfiance, de résignance, et de désintéressement à plusieurs activités scientifiques remarqué chez les femmes alors que les hommes sont plus abordables que les femmes.

Quant à la question relative au niveau d’études, il se dégage qu’une grande partie de nos enquêtés sont diplômés. Cela peut se justifier par le fait que sur le terrain, on retrouve, généralement, les diplômés, parce que la tendance en RDC est de s’arrêter au diplôme d’Etat, certains hésitent d’affronter les études supérieures par manque de moyens financiers.

 

Quant à la question relative à la confession religieuse, il ressort que la tendance majoritaire soit 68% appartient aux Eglises de réveil. Cette majorité se justifie par le fait que les gens sont confrontés aux angoisses existentielles de la vie et les Eglises de réveil constituent un lieu des significations. Ce qui les pousse à recourir aux pasteurs pour trouver des solutions à leurs problèmes parce que, disent-ils, les Eglises universelles ne donnent pas des solutions aux problèmes existentiels.

 

En ce qui concerne la question relative à l’état-civil, la majorité de nos enquêtés sont célibataires. Celle-ci peut se comprendre dans la mesure où le manque du travail, le chômage les contraint à ne pas se marier. C’est pourquoi ils sont plus nombreux que les mariés, soit 52%.

 

En ce qui concerne les fonctions occupées à l’Eglise, il ressort que la majorité de nos enquêtés soit 50% sont des serviteurs à l’Eglise. Ceci peut se justifier par l’ambition et l’envie de devenir leader religieux en vue de bénéficier du prestige et des avantages inhérents aux hautes fonctions de l’Eglise.

 

Quant à la question relative à l’appartenance provinciale, il se révèle que la grande majorité de nos enquêtés soit 44% sont de Bandundu. Cela peut se justifier par des faits historiques qui renseignent que parmi les premiers habitants de la Commune de Kimbanseke, figurent en grand nombre les ressortissants de cette province. On ajoute à cela, la proximité de la province de Bandundu par rapport à la ville de Kinshasa. Il se fait aussi que dans les limites territoriales anciennes, le Kwango et le Kwilu faisaient partie intégrante de Léopoldville.

 

b)    Opinions

 

En ce qui concerne les éléments justifiant la prolifération des Eglises de réveil, la plupart de nos enquêtés ont évoqué l’argent comme étant à la base. Ceci peut se justifier par la crise généralisée, le manque d’emploi, le chômage, la plupart d’individus estiment que le métier par excellence où l’on peut se procurer promptement des maisons, des voitures, la stabilité financière serait la création d’une Eglise de réveil. C’est dans ce contexte que naissent généralement la plupart d’Eglises. Par conséquent, c’est l’argent qui est au centre de tout.

Quant aux éléments justifiant les aspects positifs et négatifs de la prolifération des Eglises de réveil, il est constaté, pour les aspects positifs, que la majorité de nos enquêtés sont pour la lutte contre les antivaleurs. Ceci peut s’expliquer par le fait que l’on remarque la diminution du phénomène Kuluna, ces jeunes gens qui semaient jadis la terreur à la population par leurs actes de criminalité sont, à nos jours, transformés en serviteur des hommes de Dieu, généralement, engagés au service de sécurité à l’église.

 

Quant aux aspects négatifs, la plupart de nos enquêtés ont déploré l’appauvrissement des adeptes. Ceci peut se justifier par de demandes exagérées des offrandes qui ne fait qu’appauvrir les adeptes et enrichir les pasteurs. Par ailleurs, la plupart des chrétiens ou des fidèles de ces Eglises ont un niveau de vie qui laisse à désirer.

 

Quant aux éléments de différenciation, la majorité de nos enquêtés ont mis l’accent sur les enseignements doctrinaux. Les Eglises de réveil dans leurs doctrines, pensent que Jésus-Christ est Dieu, ce qui n’est pas le cas pour les catholiques moins encore pour les témoins de Jéhovah. Ces derniers prônent dans leurs enseignements que Jésus-Christ est le fils de Dieu.

 

Pour la question inhérente à la dislocation des Eglises de réveil, la tendance majoritaire de 52% peut être comprise comme élément de base de la dislocation, l’argent. Celui-ci constitue la pomme de discorde dans la vie. Voilà pourquoi il y a scissiparité dans beaucoup d’Eglises de réveil.

 

En ce qui concerne la parité, la plupart de nos enquêtés soit 48% pensent qu’elle n’existe pas. Cette tendance majoritaire peut se justifier par le fait que la parité est une pratique étrangère à la République Démocratique du Congo sur le plan politique et sur le plan religieux. Son insertion est possible plus dans le monde politique que dans le monde religieux. Ceci s’explique par l’interprétation de la Bible par la plupart des pasteurs qui pensent que la femme n’a pas d’autorité à l’Eglise. Le Ministère est réservé aux hommes.

Quant au temps consacré à la prière par semaine dans des églises, il est constaté que la plupart de nos enquêtés soit 36 % passent tous leurs temps en priant dans des églises durant toutes les semaines. Cette tendance peut s’expliquer par le fait que la majorité de la population étant dans le chômage, manquant quoi faire, pense qu’elle peut trouver de l’emploi ou des solutions à leurs problèmes, en priant.

 

Considérant la question relative aux changements intervenus après la prière, la quasi-totalité de nos enquêtés ont observé des changements dans leurs vies. Ceci se justifie par les témoignages de nos enquêtés. Certains disent qu’ils sont devenus mariés par des prières, certains ont accouché par miracle, d’autres ont obtenu du travail par la bénédiction de l’homme de Dieu, d’autres par la délivrance de leurs corps par les esprits mauvais.

 

En rapport avec la question relative aux problèmes vécus par les Eglises, la plupart de nos enquêtés soit 24% ont parlé des insultes qui proviennent des autres Eglises. Ceci peut se s’expliquer par la jalousie qu’ont les églises traditionnelles d’avoir perdu un grand nombre de chrétiens qui se retrouvent, de nos jours, dans les Eglises de réveil.

En ce qui concerne les propositions pour soit atténuer soit favoriser la prolifération des Eglises de réveil, il se dégage de notre étude que la plupart de nos enquêtés soit 46% estiment que la prolifération est plus porteuse des faits positifs. Elle mérite, de ce fait, d’être favorisée au lieu d’être atténuée. Voilà pourquoi ils ont proposé qu’il y ait respect de la parole de Dieu qui veut que toutes les nations soient disciples de Jésus-Christ, or qui dit beaucoup d’Eglises, dit aussi prolifération des Eglises de réveil.

 

CONCLUSION

 

Cette investigation qui a porté sur « La pauvreté et les stratégies des Eglises de réveil dans la Commune de Kimbanseke », avait pour préoccupation de savoir, s’il y avait une corrélation entre la pauvreté et la prolifération des églises de réveil, et après cela chercher à déceler  les stratégies menées par les pasteurs qui leur permettent, non seulement, de rendre les individus dociles, mais aussi de les exploiter.

Nous avons également proposé des pistes de solutions susceptibles d’atténuer ce phénomène. Dans notre problématique, nous avons posé les questions ci-après :

-         quels sont les déterminants sociologiques de la pauvreté et de la prolifération des Eglises de réveil ?

-         quelles sont les stratégies menées par les pasteurs pour parvenir à rendre leurs adeptes dociles et exploitables ?

-         que faire pour atténuer, voire éradiquer ce phénomène envahissant devenu une pathologie sociale ?

La vérification des hypothèses émises à l’issue de la problématique était rendue possible grâce à l’analyse stratégique de Michel Crozier ainsi qu’aux techniques documentaires et aux techniques vivantes.

Notre travail a été subdivisé en trois chapitres :

Le premier chapitre a porté sur les généralités et la présentation du milieu d’étude.

Le second a abordé la question de déterminants sociologiques de la pauvreté et de la prolifération des églises de réveil. Le troisième chapitre a été consacré au dépouillement des données empiriques, à leur analyse et à leur interprétation.

Au regard des données de l’enquête, nous pouvons dire que notre hypothèse a été confirmée. En effet, la plupart de nos enquêtés ont affirmé que la cause majeure de la prolifération des Eglises de réveil est due aux diverses frustrations engendrées par la crise économique de ces deux dernières décennies.

Certes, il faut reconnaître que la prolifération des Eglises de réveil intéresse les chercheurs en sciences sociales et humaines. Notre étude a permis de déceler non seulement les maux décriés par la société, mais également de comprendre l’apport non moins prépondérant de ces Eglises qui ont largement contribué à l’action du pouvoir public par la socialisation, la lutte contre le tribalisme, les antivaleurs et le banditisme sous toutes ses formes.

En conséquence, il nous est quasiment impossible de prétendre épuiser cette matière sensible. Les travaux d’autres chercheurs vont en constituer un complément indispensable.

En guise de suggestions et par rapport aux différents constats, force est de reconnaître hormis les éléments néfastes décriés et les dégâts constatés, les Eglises de réveil jouent un rôle important pour le fonctionnement de la nation. Sur ce, nous proposons ceci :

-         qu’il y ait un contrôle permanent de ces Eglises par l’Etat congolais ;

-         que les Eglises de réveil s’engagent avec leurs fidèles dans la lutte contre la pauvreté et les anti-valeurs;

-         que toutes les offrandes, les dîmes et autres dons de l’Eglise ne soient pas centralisés chez les pasteurs, mais qu’ils servent également les orphelins et les veuves.

Et pour clore, l’Etat doit demander à chaque Eglise de contribuer au développement éducatif du pays par la construction des écoles, la création des centres de formation, des hospices de vieillards et autres services d’intérêt communautaire.

Ainsi, agir de cette manière permettra aux Eglises de réveil d’être au service de la nation pour le bien-être collectif.


 

BIBLIOGRAPHIE

 

I.                  Ouvrages

 

AMAZOU, E., Pourquoi la pauvreté s’aggrave-t-elle en Afrique noire ? Paris, Ed. l’Harmattan, 2008.

BONGELI, E., L’Université contre le développement au Congo-Kinshasa, Paris, Ed. l’Harmattan-RDC, 2009.

CABIN, P. et DORTIER, J., Sociologie, histoire et idées, Auxerre, Editions des sciences humaines, 2000.

CROZIER, M. et FRIEDBERG, E., L’Acteur et le système : les contraintes de l’action collective, Paris, ED. du Seuil, 1977.

DURKHEIM, E., Les formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie, Paris, 6ème éd., PUF, 1912.

EASTERLY, W., Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ? Paris, Nouveaux Horizons, 2006.

GALBRAITH, J., The Under developed country, Toronto, CBC Publications, 1965.

MUCHIELLI, A., Le questionnaire dans l’enquête psycho-sociale, Paris, EFS, 1971.

MWENE BATENDE, G., Le sacré et la quête de sens. Sociologie des Religions Nouvelles en Afrique noire christianisée, Kinshasa, éd. Kimbanguistes, 2010.

PINTO, R. et GRAWITZ, M., Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1991.

ROCHER, G., Introduction à la sociologie générale. Le changement social, Paris, Editions HMH, 1968.

 

 

II.               Articles de revues

 

-         MULUMA MUNANGA, A., « Les Eglises de réveil et vie quotidienne en RDC : Les spiritualités du temps présent », in MES, Kinshasa, 2012.

-         MWENE BATENDE, G., « Heureux ceux qui sèment. Eglise de réveil et paupérisation des adeptes à Kinshasa », in MES, Kinshasa, 2015.

-         TSHIBWABWA KUTWAYA, F., « De la contingence des exclusions intempestives des élèves dans les écoles de Kinshasa », in Cahiers congolais de Sociologie, n°25, avril 2012.

-         TSHIBWABWA KUTWAYA et BOTONGA MPUTU, « Elite politique congolaise : conservatisme ou règne de la culture de l’irrationalité ? », In Cahiers congolais de sociologie, n°28, 2013.

-         VERHAEGEN, B., « Pour une approche dialectique de leurs relations », in Analyses sociales, Volume 1, numéro 2, Mars-avril, LASK, 1984.

 

III.           Mémoires et notes de cours

 

-         KINKELA NSABI, Notes de cours d’Initiation à la Recherche scientifique, G1 Sociologie FSSAP, UNIKIN, 2013-2014 (inédites)

-         MANZIALA NZEY, Eglises de réveil et pollution sonore, TFC en sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2014-2015 (inédit)

-         NKUABIAU MATONDO, Délinquance juvénile dans la ville de Kinshasa. Cas de la commune de Masina, TFC en sociologie, FSSAP, UNIKIN, 2012-2013 (inédit)

-         NZUMBA MAMPA, Problématique du leadership féminin au sein des Eglises de réveil à Kinshasa, Mémoire de Licence en sociologie, FSSAP, 2013-2014 (inédit)

 

 

 

IV.           Autres documents

-         Archives de la commune de Kimbanseke

-         Dictionnaire de Sociologie, éd. Armand Colin, Paris, 5ème éd. 2004

-         Lexique de sociologie, Paris, Editions Dalloz, 2005.


 

TABLE DES MATIERES

 

DEDICACE. I

REMERCIEMENTS. II

INTRODUCTION.. 1

1.    PROBLEMATIQUE. 1

2.    ETAT DE LA QUESTION.. 3

3.    HYPOTHESE. 5

4.    METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE. 6

5.    CHOIX ET INTERET DU SUJET. 9

6.    DELIMITATION SPATIO-TEMPORELLE. 9

7.    DIFFICULITES  RENCONTREES. 10

8.    SUBDIVISION DU TRAVAIL. 10

CHAPITRE I : GENERALITES. 11

Section 1 : Définition des concepts. 11

Section 2 : Présentation du milieu d’étude. 18

2.1. Aspect juridique. 18

2.2. Aspect historique. 18

2.3. Aspect géographique. 19

2.3.1. Limites territoriales. 19

2.3.2. Coordonnées. 20

2.3.3. Types de climat 20

2.3.4. L’hydrographie. 20

2.4. Aspect démographique. 21

2.5. Organisation politico-administrative. 22

2.5.1. Organisation administrative. 22

2.5.2. Organisation politique. 23

Organigramme de la commune de Kimbanseke. 25

CHAPITRE II : LES DETERMINANTS SOCIOLOGIQUES DE LA PROLIFERATION DES EGLISES DE REVEIL  26

Section 1 : Approche théorique de la pauvreté. 26

Section 2 : Causes et conséquences de la prolifération des églises de réveil. 30

Section 3 : Stratégies d’exploitation des adeptes par les hommes de Dieu.. 35

CHAPITRE III : PRESENTATION, ANALYSE ET INTERPRETATION DES DONNEES. 38

Section 1 : Organisation matérielle de l’enquête. 38

1.1.     Population d’enquête. 38

1.2.     Echantillon. 38

Section 2 : Dépouillements des données. 39

2.1. Identification des enquêtés. 39

2.2. Question d’identification. 39

2.3. Questions d’opinion. 43

Section 3 : Analyse et Interprétation des résultats. 52

CONCLUSION.. 56

BIBLIOGRAPHIE. 58

TABLE DES MATIERES. 61

 



[1]BONGELI. E, Université  contre le développement au Congo Kinshasa, Paris, éd. L’Harmattan, 2009, p.30.

[2]Essé AMAZOU, Pourquoi la pauvreté s’aggrave-t-elle  en Afrique noire, Paris, éd. L’Harmattan, 2008.

[3]F. TSHIBWABWA, « De la contingence des exclusions intempestives des élèves dans les écoles de Kinshasa », Article, publié dans Cahiers Congolais de Sociologie n°28, novembre 2012

[4]MANZIALA NZEYI, Eglise de réveil et pollution sonore, TFC Sociologie, 2014-2015, p 36

[5]G. MWENZE BATENDE, « Heureux ceux qui sèment, Eglises de réveil et paupérisation des adeptes à Kinshasa », in MES, 2015

[6]SHOMBA KINYAMBA, Méthodologie et épistémologie de la recherche scientifique, Kinshasa, Presses de l’Université de Kinshasa, 2014, p.48. 

[7]R. PINTO et M. GRAWITZ, Méthode des sciences sociales, Dalloz, Paris, 1991, p.384.

[8] Pour ces éléments sur l’analyse stratégique, se reporter à M. CROZIER et E. FRIEDBERG, L’acteur et le système. Les contraintes de l’action collective, Paris, Seuil, 1977.

[9] Benoît VERHAEGEN, Pour une approche dialectique de leurs relations, in Analyses sociales, Volume 1, numéro 2, Mars – Avril, Laboratoire d’Analyses sociales de Kinshasa, 1984, p.50.

[10] Lexique de Sociologie, Paris, Ed. Dalloz, 2005, p.194.

[11] Lexique de Sociologie, op. cit, pp.194-195.

[12] Dictionnaire de Sociologie, éd. Armand Colin, Paris, 3ème édition, Paris, 2004, p.152.

[13] Idem, p.193.

[14] Lexique de Sociologie, op. cit, pp.194-195.

[15] Idem,

[16] Ibidem, pp.76-77.

[17] Léon de Saint MOULIN, « Les Eglises de réveil et environnement social, économique et politique en RDC, révélations dialectiques, in l’Economie des Eglises de réveil et développement durable en RDC, FCK, Kinshasa, 2003, p.12.

[18] René de HAES, Le sectes une interpellation, Kinshasa, Edition Saint Paul, 1982, p.7.

[19] Léon de Saint MOULIN, op. cit.

[20] Gaston MWENE BATENDE, Le sacré et la quête de sens. Sociologie des « religions nouvelles » en Afrique Noire christianisée, Ed. Kimbanguistes, Kinshasa, 2010, p.62.

[21] MULUMA MUNANGA Albert, « Les Eglises de réveil et la vie quotidienne en RDC », in Les spiritualités du temps présent, Kinshasa, Edition M.E.S, 2012, pp.229-253.

[22] Lexique de Sociologie, op. cit, p.214.

[23] Emile DURKHEIM, Les formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie, Paris, 6ème Ed., PUF, 1912

[24] Philippe CABIN et Jean François DORTIER, La sociologie, Histoires et Idées, Editions des Sciences Humaines, Auxerre, 2000, p.

[25] Philippe CABIN et Jean François DORTIER, op. cit.

[26] Archive de la Commune de Kimbanseke.

[27] Guy Rocher, Introduction à la sociologie générale. Le changement social, Paris, Editions HMH, 1968, pp.214-2015.

[28] Lire à ce sujet, GALBRAITH, J., The Under developed country, Toronto, CBC Publications, 1965.

 

[29] William EASTERLY, Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?, Paris, Nouveaux Horizons, 2006, p.108.

[30] MUCCHIELLI, R., Le questionnaire dans l’enquête psycho-sociale, EPS, Paris, 1971, p.16.

[31] KINKELA NSABI, Initiation à la recherche scientifique, syllabus de cours de sociologie, G1 Sociologie, 2012, p.33.

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