Bonjour, nous sommes le 30/03/2017 et il est 02 h 40.


Depuis plus de cinquante ans, il est vrai que la République Démocratique du Congo, pays aux potentialités immenses, ne devrait pas, après son accession à l’indépendance, figurer parmi les pays pauvres très endettés de la planète. Si de nombreux pays africains en général, et ceux du sud du Sahara en particulier, éprouvent des difficultés pour leur décollage économique, les raisons les plus avancées sont entre autres, qu’ils n’ont pas assez de ressources naturelles et sont confrontés aux diverses calamités naturelles, notamment la présence du désert.


Cette réalité est loin d’être envisagée en République Démocratique du Congo, pays qualifié de scandale géologique du fait de ses multiples ressources agricoles, minières, énergétiques, etc.



L’analyse de la structure de l’économie congolaise laisse entrevoir que l’indépendance politique acquise en 1960 n’a pas modifié les articulations et la logique qui a gouverné l’économie coloniale.



En effet, au départ, le secteur moderne de l’économie congolaise est né et s’est développé pour répondre aux besoins du marché mondial. Il est donc naturellement concentré sur l’exploitation des ressources naturelles particulièrement absentes aux pays d’importation : gisements miniers et cultures tropicales. La situation actuelle de l’économie congolaise s’inscrit aisément dans un schéma de développement extraverti caractérisé par les voies de communication et transport tournés vers l’extérieur, la production commercialisée qui vise essentiellement le marché extérieur, les intrants et le financement qui viennent essentiellement de l’extérieur.



Avant l’indépendance et particulièrement pendant les années cinquante, le pays a connu une croissance rapide, marquée par un bon comportement des produits primaires exportés. Il faut toutefois y ajouter une amorce de la diversification des activités, notamment dans le domaine de productions manufacturières orientées vers la consommation intérieure (textile, boissons, ciment, etc.). Au moment de l’indépendance, cette croissance retrouvée atteignait ses limites et des changements profonds devraient être envisagés.



Après l’indépendance, il appartenait aux scientifiques et dirigeants politiques de réfléchir sur le développement du pays de manière à induire des transformations structurelles visant l’introversion de l’économie nationale à l’effet de développer un marché intérieur. Rien dans ce sens n’a été envisagé, le Congo-Kinshasa est demeuré dépendant vis-à-vis de l’extérieur. Et depuis 1960, l’économie congolaise végète dans une structure économique désarticulée, désintégrée ; une économie vulnérable puisque tournée essentiellement vers l’extérieur.

Il a été prouvé par des recherches antérieures que le Sous-développement de la République Démocratique du Congo s’expliquerait en grande partie par le caractère extraverti de son économie et cela se prouverait à travers sa balance commerciale déficitaire.



Partant de ce qui précède, en analysant l’économie congolaise extravertie et ses exportations non compétitives, cause de son sous-développement, la présente étude tentera d’internaliser les externalités en réfléchissant sur l’introversion de l’économie congolaise.



Paraphrasant le Professeur BAKAFWA K., « … un pays est indépendant économiquement lorsque la production nationale est essentiellement tournée vers le marché intérieur. C’est-à-dire lorsque la production arrive à couvrir les besoins de la population » . Or l’incapacité du pays à transformer les innombrables ressources naturelles dont il dispose, le pousse à vendre du brut à un prix bas pour acheter le même produit très cher puisque devenu manufacturé ou fini.





Dès lors, cette étude se propose de répondre à la préoccupation suivante : Quelles stratégies pourrait-t-on envisager pour transformer la structure de l’économie nationale à l’effet de susciter une dynamique interne tout en demeurant ouverte à l’extérieur ?



En clair, il est question de réfléchir sur les possibilités d’introversion de l’économie congolaise.

 Jean Coussy a parlé de l’« Extraversion économique et inégalité de puissance. Essai de bilan théorique » où il a fait une analyse systématique et critique des effets de l’extraversion qui sont considérés comme asymétrique dans les pays dominants et dans les pays dominés. A l’issue de cette analyse, les résultats confirment que l'extraversion d'un pays développé est une source d'enrichissement et de puissance alors que celle d'un pays pauvre est un instrument de dépendance durable et de vulnérabilité. Départ ces résultats il donne les possibilités et les difficultés de surmonter la dichotomie des études d’extraversion.



 Gabriel MOLA dans son article, « la désindustrialisation de la RDC : facteurs explicatifs et perspectives », il essaie de démontrer les facteurs explicatifs de la désindustrialisation de la RDC qui convergent avec les vecteurs de variables explicatives de nature économique où il a affiné l’analyse et donc dégager quelques perspectives d’ensemble. Delà, il a remarqué que la désindustrialisation qui est passé de 6000 industries de 1960 à 2000 est un phénomène qui accompagne le processus d’intégration et crée une instabilité persistante en RDC ;



 LOKOTA EKOT’E dans son œuvre « La crise de l’industrialisation, la problématique des activités informelles et perspectives du développement endogène en Afrique Subsaharienne : Cas du Zaïre », il établie une démarcation d’industries et la prolifération des activités informelles en Afrique subsaharienne frein au développement endogène de cette région. En particulier, il a remarqué qu’au Congo-Zaïre, le processus de « désindustrialisation » qui provoque une réduction de la production nationale, explique la malnutrition dans le pays ce qui engendre les activités informelles qui freinent le développement du pays ;

 Dans le domaine de la recherche des voies de sortie de la crise du développement humain, Sergot Jacob a fait une étude sur le capital humain, efficience productive et stratégies paysannes en Haïti où il a remarqué que ce dernier ne semblait pas augurer une sortie de crise. Et pourtant en conclusion, le développement humain est une voie de sortie de crise définitive indispensable pour enclencher un processus durable de développement .


II.1. ASPECTS HISTORIQUES DE L’ECONOMIE CONGOLAISE

L’image qu’offre l’économie congolaise découle de la volonté du colonisateur de satisfaire les besoins de la métropole. Le parcours de son histoire économique permet de mieux saisir sa désintégration et son caractère extraverti.

La tenue de la Conférence de Berlin du 15/11/1884 au 12/02/1885, donnant naissance à l’Etat Indépendant du Congo, avait reconnu au Roi Léopold II, les droits de souveraineté sur ce dernier. L’acte de Berlin établissait aussi la liberté de commerce sur le bassin du Congo. Le point de départ est sans conteste l’établissement en 1892 d’un régime interventionniste de l’Etat donnant le monopole à l’Etat sur le commerce des principaux produits d’exportation. En outre, il instaurait l’obligation pour la population autochtone de récolter les produits commercialisés de cueillette et de la chasse en vue de les livrer aux agents de l’Etat.



Cette politique a permis à l’Etat d’augmenter considérablement ses prélèvements sur les activités économiques. C’est ainsi qu’entre 1895 et 1906, les recettes de l’Etat passent de 30 à 50% de la valeur des exportations.



En vue de procéder à l’exploitation de son territoire, le Roi Léopold II s’associe aux groupes financiers belges et anglais. Ces associations naquirent entre autre pour matérialiser le partenariat entre l’EIC et les groupes financiers occidentaux ; il s’agit de la Compagnie du Congo pour le Commerce et l’Industrie (CCCI), ensuite de la Compagnie du Chemin de Fer du Congo Matadi Kinshasa (CFC) et enfin les sociétés à charte dont le comité spécial du KATANGA (CSK), la Compagnie de Chemin de Fer du Congo supérieur aux lacs africains (CFL) et le Comité National du Kivu (CNK).

Poursuivant toujours cet élan d’exploitation de son territoire et en vue de répondre aux besoins de la colonie, il fut crée en 1906 : l’Union Minière du Haut KATANGA (UMHK), la Compagnie de Chemin de Fer du Bas-Congo au KATANGA (BCK) et la Société Internationale Forestière et Minière au Congo (FORMINIERE).



Dans cette association, le seul fait d’être propriétaire de toutes les richesses de l’EIC donnait au Roi le droit de participation au capital social de toutes les sociétés. En 1908, le Roi céda ses droits souverains sur l’EIC à la Belgique et celle-ci accepta l’héritage colonial de Léopold II. Toutefois, les parlementaires belges ont consacré dans la charte coloniale le principe d’autonomie monétaire et financière du Congo-Belge. En vertu de ces dispositions, le Congo devait assurer par lui-même l’équilibre de sa balance des paiements et la couverture de son budget.28



En 1910, les investissements privés estiment la suppression du monopole de l’Etat. Cette mesure s’accompagna d’une modification du mode de perception de l’impôt, celui-ci était désormais perçu en espèce, et cela a amorcé une évolution très différente de la situation antérieure.


II.1.2. De la période de 1920-1960

Au cours de cette période, le Congo-Belge avait connu une forte expansion stimulée par l’évolution favorable de la conjoncture économique internationale des années 1920. Plusieurs causes interdépendantes ont contribué à soutenir cette expansion, il s’agit notamment de :
o La période de l’après guerre suscita dans les pays industrialisés une forte poussée de la demande des matières premières et végétales dont la colonie Belge fut un producteur potentiel ;
o La période de la deuxième guerre mondiale et l’instabilité de la Chine ont détourné les investissements belges et donné un visage attrayant à la colonie qui apparaît comme un havre de sécurité ;
o Enfin, l’alignement de la monnaie coloniale sur le Franc belge en 1919, crée des conditions particulièrement favorables pour les exportations congolaises.
Cette situation favorable a entraîné des investissements orientés vers le marché intérieur. La colonie implante certaines sociétés pendant cette période notamment la Cimenterie à LUKALA, la Savonnerie de Léopoldville, la Brasserie à Léopoldville et à Elisabethville, des textiles et manufactures de cigarettes.

La structure économique commençait à se mettre en place et crée une forte expansion de l’activité, particulièrement entre 1920 et 1930. Pendant cette période les exportations ont connu une croissance remarquable. Cette évolution dans la structure de production des biens traduit bien un changement profond et rapide par rapport à la période antérieure.



Cette période est aussi dominée par les besoins très considérables en main d’œuvre. Des besoins découlant de la réalisation d’une infrastructure de base (réseau ferroviaire, piste, …). Pour faire face à l’urbanisation par l’immigration européenne, l’implantation administrative, ainsi que des besoins de l’industrie minière.


II.1.3. La période après l’indépendance

La politique d’investissement mise en place après l’indépendance n’a pas été en mesure d’améliorer la configuration de la structure économique extravertie et dépendante héritée de la colonisation.

L’affaiblissement des pouvoirs publics suite à la violente crise politique qui a secoué la période (1960-1965) ; l’absence d’une bourgeoisie locale dynamique et la prédominance du capital étranger sont autant de facteurs qui justifient dans une certaine mesure, le manque d’initiative pour la restructuration de l’économie congolaise.



Dès 1967, le Congo procède à la nationalisation de l’Union Minière du Haut KATANGA. Les diverses mesures incitatives prises en faveur de l’économie n’ont jamais produit des résultats escomptés en raison du poids des contraintes auxquelles il se trouve confronté.30



Les difficultés de financement des importations, l’insuffisance de trésorerie en monnaie nationale et la baisse du pouvoir d’achat de la population maintiennent l’économie à des niveaux d’activités faibles qui ne permettent quasiment pas le développement d’une production nationale compétitive.



Cette situation est consécutive à la conjugaison de plusieurs facteurs dont les plus importants sont :
- La grave crise qui a secoué l’économie congolaise suite à l’effondrement des cours du cuivre à la détérioration de la conjoncture internationale ainsi qu’à la fermeture du chemin de fer de Benguela ;
- Les effets néfastes des mesures de zaïrianisation et de radicalisation. Ces mesures ont mis en péril l’économie congolaise et ont pesé lourdement sur le secteur industriel dans la mesure où, d’une part, elles ont entraîné la dilapidation des petites et moyennes entreprises agro-industrielles, dont le dynamisme a permis à l’économie congolaise de tenir bon pendant la période bouleversée (1960-1965) et d’autre part, elles ont crée un climat de méfiance dans le chef des investisseurs étrangers ;
- La désintégration du réseau de transport et des voies de communication ;
- La mauvaise orientation et la faible rentabilité des investissements réalisés.
De ce qui précède, il y a lieu de constater qu’après son indépendance, le Congo (l’actuel RDC) n’a pas transformé ses structures économiques. Ceci s’explique par le caractère déséquilibré de sa structure économique, sa non-intégration et son extraversion.

Partant de l’analyse historique de l’économie congolaise de la période coloniale, à ce jour, il ressort que cette économie repose essentiellement sur trois grands secteurs qui sont le secteur agricole, le secteur minier et le secteur de transport (uniquement pour permettre l’évacuation des produits vers la métropole). Mais avant tout, il est important de présenter la nature de cette économie, son rôle tenu dans les économies mondiales et sa structure.

C’est une économie dotée des gisements des matières premières étant donné une dotation en ressources naturelles abondantes et variées ; et d’une réserve de travail, vu la disponibilité des personnes prêtes à travailler pour un minimum de salaire.

L’introversion de l’économie nationale requiert la construction des infrastructures des transports efficientes et cohérentes qui peuvent décloisonner le territoire national et partant impulser la croissance économique.

En effet, la configuration du système de transport en RDC répond à la préoccupation des créateurs de l’économie congolaise de la laisser subordonner sinon dépendante à tout point de vue de la métropole. Qu’il s’agisse des réseaux routiers ou ferrés, des biefs navigables (aménagés), le système de transport en RDC ne favorise ni l’intégration de l’économie, ni la possibilité de faire l’espace économique congolais « un véritable marché » à l’instar des autres où l’interconnexion entre grands centres urbains et entités rurales est aisée.



Subsidiairement aux infrastructures, le développement pouvant favoriser l’introversion de l’économie congolaise est de mettre en place un plan de développement économique et Social qui aura comme objectifs le développement durable et la lutte contre la pauvreté. Dans ce cadre là, les sources de croissance tiennent une place essentielle notamment sur les thèmes de la sécurité alimentaire, de l'exploitation des ressources naturelles, d'une alternative au secteur de transport en matière d'emploi et de la recherche scientifique.

Par l'insuffisance des intrants agricoles et le manque d’une politique encourageant la production agricole, la sécurité alimentaire a de tout temps représenté un sérieux problème national. La quasi totalité des ressources alimentaires de la République Démocratique du Congo est importée.

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