Bonjour, nous sommes le 24/08/2019 et il est 00 h 42.


Les pays en développement et plus particulièrement les pays africains connaissent un sous-développement économique couplé avec le sous- développement financier. Ces deux concepts sont inextricablement liés.1 La théorie de l’industrie bancaire souligne la nécessité de modéliser les comportements des banques pour une meilleure compréhension de la formation des marges optimales. Dans ces conditions, il apparait que la banque n’agit plus comme un agent économique essentiellement passif (LAVIGNE & POLLIN, 1998).


Les ratios traditionnels de l’analyse financière s’avèrent insuffisants pour évaluer la solidité financière du système bancaire et sa performance face à l’émergence de chocs macroéconomiques dont la nature est par définition aléatoire et imprévisible ; l’adoption de modèles macroéconomiques ou mésoéconomiques, permettant la réalisation de simulations basées sur différents scénarios serait un complément utile et incontestable à la batterie d’indicateurs financiers traditionnels (ROUABAH, 2008).



Le système financier congolais dominé par le secteur bancaire, fut depuis quelques années paralysé, faisant de la RDC un des pays ayant un faible niveau de couverture bancaire au monde avec un taux de bancarisation de 5% (Noel K. TSHIANI, 2013).



Les faillites de la plus part des banques ont négativement affecté le circuit bancaire, ce qui a engendré un fort sentiment de méfiance des agents économiques qui ne leur apparait pas fiable, accentuant ainsi le développement de la thésaurisation.



Le secteur bancaire s’améliore mais en rupture avec la société car la majeure partie de la population est exclue du système. Les institutions officielles souffrent d’une crise de légitimité et d’un manque d’enracinement dans les populations. Les projets d’investissement à moyen et long terme sont pour l’essentiel financés hors du secteur bancaire, surtout par autofinancement.



La rentabilité des banques s’est également accompagnée d’une concentration vers les activités les moins risquées et plus particulièrement auprès de la population bancable et solvable.

Etant donné que les taux d’intérêts très élevés, rendent coûteux le recours au crédit et en contrepartie, les dépôts sont faiblement rémunérés car la nature des dépôts (en majorité de courte durée) oblige les banques à ne pas prendre le risque de s’engager dans des financements à moyen et à long terme. C’est ce qui justifie le comportement court-termiste et une surliquidité des banques. (Forum pour l’Afrique et al. 2006 ; PricewaterhouseCoopers, 2007).2



En outre, les entrepreneurs sont réticents vis-à-vis de la sélection et de la surveillance des projets par les banques. Ce processus est consommateur de temps, d’où la perte d’opportunités de profits pour les firmes et de même, souvent les entrepreneurs ne veulent pas révéler la vraie solvabilité de leurs projets.3 En plus, L’environnement juridique, institutionnel et règlementaire justifie l’aversion à la prise de risque des banques qui ne facilite pas le bon dénouement des contentieux. Les garanties sont difficilement réalisables et les supports ne sont pas protégés par des lois claires (HUGON, 2007). D’après la banque mondiale4, la raison principale pour laquelle les particuliers et certaines entreprises se voient refuser un prêt ou s’abstiennent d’en demander est l’insuffisance des garanties qu’elles peuvent fournir, l’inefficacité du système d’enregistrement des biens meubles et effets mobiliers et à l’absence de documents prouvant le bien fondé des revendications de propriété.



A en croire la banque africaine du développement5, le niveau des garanties exigées est de 137% de la valeur du prêt, ce qui est extrêmement élevé. Il existe donc une corrélation manifeste entre les progrès de l’intermédiation financière et la qualité juridique et règlementaire6.





Le système bancaire a connu une prolifération des établissements de crédit de 2002 à nos jours. Des progrès ont toutefois été accomplis à savoir : l’augmentation du taux de bancarisation dû au paiement des fonctionnaires de l’Etat par voie bancaire. Plusieurs banques se sont engagées dans des stratégies d’ouverture d’agences bancaires à Kinshasa comme en provinces, ciblant les zones les plus prometteuses comme les centres commerciaux en cours de construction par les groupes de distribution.



Certaines banques de la RDC se lancent dans des projets de diversification de leurs activités. C’est le cas de la banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) qui a ouvert une agence à Paris.

Ainsi, pour le compte de l’exercice 2008, La banque commerciale du Congo (BCDC), filiale du groupe français BNP-Paribas, affichait une rentabilité des fonds propres (ROE) de 17,4%. A titre de comparaison, en 2005, soit bien avant la crise financière, le ROE moyen des grandes banques américaines et françaises étaient respectivement de 15,5% et 13,9%. En outre, pour l’année 2009 et 2010, le ratio de rentabilité économique ROA, a été de 0,3 et 0,6 respectivement7.



Si les performances de ces banques, largement orientées vers une clientèle de grands comptes « corporate » ou publics sont dans la lignée de ce que l’on pourrait attendre de tel établissement, certains acteurs opérant aussi bien sur ces marchés traditionnels qu’auprès de clientèles marginalisés (financement des micros, petites et moyennes entreprises, par exemple) témoignent aussi d’une excellente rentabilité financière à l’instar de Procredit Congo (filiale du groupe allemand Procredit Holding), dont le ROE 2008 a atteint 48% et qui détient la moitié des comptes bancaires.8



Apres assainissement, le paysage bancaire congolais se joint à la prolifération des banques commerciales. Elle compte 20 banques en 2013 et qui s’accompagne d'une forte concentration de l'activité bancaire entre un nombre réduit de grandes banques ainsi qu'un renforcement du caractère oligopolistique du marché bancaire. Or, un marché bancaire fortement concentré peut être une source de coût de crédit élevé.

Cependant suivant l’orthodoxie microéconomique, un secteur rentable attire plus des entrants potentiels. Les banques opérant en RDC sont globalement rentables et en position de surliquidité. Les filiales des banques étrangères en Afrique et plus particulièrement en RDC semblent rentables que leurs homologues dans d’autres continents (PFISHER M., 2009). MVOGO J.P. (2005) qualifie dans sa thèse de doctorat « le paradoxe des institutions financières », c'est-à-dire fortes rentabilités mais faible efficacité9.

Dans un tel contexte, ce présent travail se propose d’examiner la question suivante : « Etant donné qu’en RDC, les banques évoluent dans une situation de concurrence, quels seraient les principaux déterminants de leur rentabilité? »


ETAT DES LIEUX DU SYSTEME BANCAIRE CONGOLAIS

Pour étudier la composition du système bancaire congolais, il convient d’abord de faire une étude historique de ce secteur afin de voir son évolution. Ceci nous permettra de mieux comprendre sa structure actuelle26.



Pendant la période précoloniale (avant 1885), on ne peut parler de l’existence d’une Banque pas plus que celle d’une activité bancaire au sens où on l’entend aujourd’hui. Néanmoins, à côté du troc qui était le moyen d’échange le plus répandu, on pouvait noter la présence de certains métaux comme le cuivre travaillé, utilisé comme monnaie.

En 1908, lorsque les territoires composant l'Etat indépendant du Congo sont cédés à la Belgique, il n'existe aucune banque sur place. Dans le milieu des affaires coloniales, ces perspectives d'un avenir économique en rapide progrès plaident en faveur de la création d’une banque au Congo. Selon certaines considérations, cette banque pourrait, dès le début, compter sur la clientèle de diverses sociétés, dont notamment la Compagnie du Chemin de Fer du Congo et sur l'essor de la région minière du Katanga. D'autres personnes soutenaient qu'une telle banque rendrait, en outre, de précieux services à l'Etat et au progrès économique du pays en assurant la diffusion de la monnaie sur tout le territoire. « Mais en cette année-là, tous ces arguments ne reposaient en somme que sur des hypothèses et la plupart des hommes d'affaires estimaient qu'il n'y avait encore aucune place au Congo pour des opérations bancaires ».



En 1909, la Belgique prend part, avec toutes les grandes banques belges, à la fondation de la banque du Congo Belge une société anonyme de droit belge.27

S'implantant progressivement dans les principaux centres économiques, elle va contribuer, petit à petit, à la diffusion de la monnaie étatique. La première agence est ouverte le 1er juin à Matadi, qui est déjà un centre commercial relativement actif abritant le port le plus important du pays et une bonne clientèle de la Compagnie du Chemin de Fer du Congo.



En octobre 1909, s'ouvre l'agence d'Elisabethville (actuel Lubumbashi) qui réunira ses premiers clients à l'Union Minière du Haut Katanga et parmi des recruteurs de main-d’œuvre locale ainsi que des commerçants venus de la Rhodésie voisine (actuellement, la Zambie). En août 1910, l'agence de Léopoldville (actuelle Kinshasa), future capitale du pays, ouvre ses portes profitant justement du régime du commerce libre et de l'obligation se conformant aux clauses de son mandat ultérieur d'institut d'émission et de caissier colonial, la Banque du Congo Belge établit deux nouvelles agences : à Boma le 1er octobre 1911 et à Stanley ville en janvier 1912. En 1912, près de 1.800 comptes ouverts à ses guichets. Elle poursuit sur cette lancée lorsque survient la première guerre mondiale de 1914-1918.

La Banque du Congo Belge va résister avec bonheur autant à la première guerre mondiale et à la grande déflation de 1920 qu'à la dépression économique et financière d'après 1929. Si, au début de la guerre, le caoutchouc, le copal, l'huile de palme et l'ivoire se vendaient mal, faute de preneurs, ces mêmes produits ont aussitôt bénéficié de la raréfaction des produits concurrents sur les marchés européens et, aussi, de l'ouverture de nouveaux débouchés en Amérique et au Japon. Les cours mondiaux du cuivre de l'Union Minière du Haut Katanga se sont également améliorés.



L'Etat a accru ses dépenses d'infrastructure, le pouvoir d'achat des populations s'est nettement amélioré, et l'activité bancaire a profité de cette expansion économique générale.



Après un décret du 18 juillet 1911, l'autorisation d'émettre des billets fut accordé à la Banque du Congo Belge pour une période de 25 ans ; le jour même où la Banque du Congo Belge se donnait de nouveaux statuts conformes à son mandat d'Institut d'Emission, une autre banque, la « Banque Commerciale du Congo » (BCDC), se constituait à son initiative afin de reprendre les opérations auxquelles son aînée devait renoncer. Le décret du 27 juillet 1935 confirma le privilège d'émission monétaire reconnu à la Banque du Congo Belge, non seulement sur les billets mais aussi sur les monnaies métalliques dont le Gouvernement de la colonie s'était réservé jusque-là le monopole.

Les monnaies frappées par l'Etat Indépendant du Congo étaient progressivement retirées de la circulation au profit du franc congolais émis par la Banque du Congo Belge. Le privilège d'émission qui lui était accordé fut prorogé jusqu'au 30 juin 1952.



Bien avant que n'expire la convention signée entre le Gouvernement et la Banque du Congo Belge, il est apparu qu'une réforme bancaire s'imposait dans le pays au regard de l'accroissement des établissements de banque. Il y avait déjà, à côté de la Banque du Congo Belge, six autres banques commerciales disposant d'une multitude d'agences et de succursales tel est le cas de la banque belge d’Afrique, B.B.A (1927) et la société Congolaise de Banque (1950) qui se sont installées au Congo. Elles deviendront respectivement l’U.B.C et la B.C.C.E. Les fonctions de Banque Centrale ne pouvaient donc rester concentrées entre les mains d'une banque privée, de surcroît, concurrente des autres banques qu'elle aurait dû superviser.



En outre, la politique monétaire faisant partie de la politique économique, il convenait de la placer sous le contrôle direct de l'autorité publique. C'est dans ce contexte que le décret royal du 30 juillet 1951 créa la « Banque Centrale du Congo Belge et du Ruanda-Urundi ».



Une association de droit public, appelée à reprendre les charges de l'émission monétaire au lendemain de l'expiration du privilège accordé à la Banque du Congo Belge. A sa création formelle en juillet 1951, l'Institut d'Emission s'appelait Banque Centrale du Congo Belge et du Ruanda-Urundi (BCCBRU).

Fin août 1960, soit deux mois après la proclamation de l'indépendance du Congo, une convention discutée à Genève admettait, le principe de la liquidation de la BCCBRU et de la création d'Instituts d'Emission distincts pour le Congo et pour le Ruanda-Urundi.

En octobre 1960, un décret-loi institua le Conseil Monétaire de la République du Congo dont la mission était de concevoir et de soumettre au gouvernement les propositions relatives à la création d'une Banque Centrale et à l'organisation d'un système bancaire approprié au nouveau contexte.



En février 1961, fut promulgué le décret-loi relatif à la création et aux statuts de la Banque Nationale du Congo (BNC). Toutefois, le Conseil Monétaire se substitua à la BNC et exerça temporairement ses attributions jusqu'au 22 juin 1964, date d'entrée en fonction de cette dernière. En raison du changement intervenu en octobre 1971 dans la dénomination du pays, la BNC fut rebaptisée Banque Nationale du Zaïre (BNZ), aux termes de l'ordre de service n°218 du 4 novembre 1971. Une rectification apportée par l'ordre de service n°219 du 25 novembre 1971 transforma cette nouvelle dénomination en Banque du Zaïre (BZ).

Le changement de régime politique survenu le 17 mai 1997 entraîna en même temps le changement du nom du pays de la République du Zaïre en République Démocratique du Congo, ainsi que la transformation de la Banque du Zaïre en Banque Nationale du Congo (BNC) puis en Banque Centrale du Congo (BCC). Tout au long de ces modifications, l'unité monétaire elle-même a revêtu différentes appellations allant d'abord de « franc congolais » hérité de l'époque coloniale, ensuite au « Zaïre » en 1967, puis au « nouveau zaïre » en 1993 et enfin à nouveau au « franc congolais » à partir de 1998.

La crise bancaire peut être définie comme une rupture dans le processus d’intermédiation bancaire, rupture provoquée soit par des retraits massifs des dépôts (course aux guichets), soit par l’insolvabilité d’une ou de plusieurs établissements suite à l’excès de risque.28


A. Les manifestations de la crise bancaire

En effet, depuis 1992, la monnaie scripturale est convertie en espèces avec décote dans les banques congolaises. Ce phénomène a résulté des paiements effectués par l’Etat en faveur de ses fournisseurs au moyen des virements non couverts en comptes bancaires. Ces paiements se faisant par écriture comptable ont fini par générer un gap important entre les dépôts bancaires et leur couverture en espèces.

Cette faiblesse a fait que les demandeurs d’argent reportaient leurs pressions sur un marché parallèle plus liquide. C’est ce qui explique la décote ou l’inconvertibilité au pair de la monnaie scripturale en monnaie fiduciaire. Concrètement, cela signifie que si la décote se fait dans une proportion de 1 à 10, le détenteur d’un dépôt bancaire évalué à 1.000.000 NZ (9,5 USD au taux de fin décembre 1997) ne peut recevoir que 100.000 NZ (0,95 USD) comme contrepartie en espèces.

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