Bonjour, nous sommes le 24/08/2019 et il est 00 h 34.


Le neuropaludisme est l’une des formes graves du paludisme et constitue une urgence-médicale dont le pronostic est souvent grave.


L’objectif de cette étude était de décrire les aspects épidémiologiques, cliniques, thérapeutiques et évolutifs du neuropaludisme chez les enfants suivis aux soins intensifs pédiatriques de CUK en vue d’améliorer la prise en charge.



C’est une étude documentaire et descriptive menée de Janvier 2011 à Décembre 2013. Cinquante-six dossiers ont été retenus sur un ensemble de 223 cas suivis. Le sexe féminin était le genre le plus représenté avec un sexe ratio de 1,15 et l’âge moyen de patients était de 4,5 ± 2,85 ans Les mois de mai, juin, juillet et novembre étaient ceux d’une forte affluence avec un pic en juillet.



Au moins 71,4% d’enfants avaient moins de 5 ans ; dans 67% de cas ils étaient référés d’une structure périphérique ; les convulsions, l’asthénie intense, la fièvre et la pâleur étaient les plaintes à l’admission respectivement chez 96,4%, 85,7%, 82% et 60,7% de cas. Les convulsions répétées, l’altération profonde de la conscience, la pâleur conjonctivale, et la détresse respiratoire étaient retrouvés respectivement chez 100%, 89,2%, 57,1% et 51,7% d’enfants.



L’hypoglycémie a été la complication la plus retrouvée ( ). La quinine était le traitement de base (100%) et la durée d’hospitalisation à 4,5 jours en moyenne Vingt-cinq enfants (44,1%) sont décédés et 4 guérisons avec séquelles neurologiques ont été notées.



L’amélioration du pronostic du neuropaludisme de l’enfant repose sur un diagnostic précis et une prise en charge prompte et adéquate. Mots clés : Profil clinique, neuropaludisme, pédiatrie, CUK

Le paludisme est une maladie parasitaire connue depuis très longtemps. Il est l’une des affections humaines le plus répandues au monde. Ces symptômes ont été décrits par Hippocrate 400 ans avant Jésus-Christ. Il est causé par un hématozoaire découvert en 1880 par CHARLES–ALPHOSE LAVERAN. Il a disparu dans des régions tempérées mais persiste encore dans des régions tropicales. Toutes ces régions concernées sont confrontées à des difficultés de tout ordre. Ce sont des pays à revenu faible et fragilisés par les conflits internes, une démographie galopante et des catastrophes naturelles. Ces situations sont loin de favoriser une lutte efficace contre ce fléau. (1)



Le paludisme demeure une véritable préoccupation mondiale. C’est la première endémie parasitaire mondiale par son impact sur les populations et la gravité de sa pathologie. Le paludisme est l’un des problèmes majeurs de santé publique. Dans 99 pays touchés par la transmission, 3.3 milliards de personnes étaient à risque du paludisme en 2010, soit40 % de la population mondiale. L’organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé à 216 millions (entre149 à 274 millions) d’épisodes palustres en 2010 dont 80% soit 147 millions des cas en Afrique subsaharienne. La mortalité a été estimée à 655 millions (537000 à 907000) pour l’année 2010, parmi lesquels 91% soit 596000 (468 à 837000) en Afrique. (2)



Et 86% de décès imputable au paludisme ont frappé des enfants de moins de 5 ans à l’échelle mondiale. (3) Le taux de mortalité infantile dans le monde en 2009 était de 46 pour mille naissances contre 74 pour mille naissances en Afrique (4).





Le paludisme demeure en milieu tropical, la première cause de fièvre et d’hospitalisation en milieu pédiatrique (1).



L’hématozoaire devient de plus en plus résistant aux antipaludiques. Ainsi, on assiste à une recrudescence des formes graves dont le neuropaludisme qui fait beaucoup des victimes parmi les enfants(1).

Le paludisme constitue un problème majeur en Afrique subsaharienne(1) En dépit d’efforts de prévention et d’éradication déployés à l’échelle internationale, il demeure l’une des maladies les plus meurtrières au monde. En Afrique, 10% de décès d’enfants de moins de 5ans sont directement imputables au paludisme.(5)



Chaque année environ 300 à 500 millions de cas de paludisme à travers le monde entrainent le décès d’un millions d’enfants. (6)



Afin de réduire la morbidité et la mortalité palustre, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré une stratégie dont les éléments sont le diagnostic et le traitement précoces du paludisme(3)

Dans les régions où le paludisme est courant, il peut être non seulement la cause principale de décès mais aussi de retard de croissance. Le neuropaludisme, une de formes graves, est une urgence médicale dont le pronostic dépend de la rapidité et l’efficacité du traitement instauré.

La co-morbidité neuropaludisme et méningite constitue un réel problème de diagnostic différentiel surtout dans la tranche d’âge à risque (0 à 5 ans) où devant un syndrome meningo-encephalitique, l’analyse du LCR peut révéler une pleiocytose difficile à différencier entre les deux pathologie (7-10). Il est admis que le LCR en cas du neuropaludisme est normal, tandis qu’il peut être trouble au cours d’une atteinte méningée (7).



L’OMS a révélé, dans une étude sur l’autopsie de 31 enfants présentant les critères de neuropaludisme avec une goute épaisse positive, que 23% de ces décès étaient dus à d’autres causes que le neuropaludisme (11).



Malgré le nombre de décès que causent le neuropaludisme et ses éventuelles complications neurologiques survenant lorsque le traitement n’a pas été instauré à temps, les données en rapport avec sa prise en charge dans notre milieu demeurent insuffisantes. C’est ce qui nous a poussé à choisir ce sujet, vu le nombre de décès que cause les complications neurologiques.

Durant notre stage au département de PEDIATRIE des CUK, nous avons été frappé par la fréquence des hypothèses diagnostiques formulées au profit des formes graves du paludisme; particulièrement le neuropaludisme. Nous avons alors décidé d’initier ce travail pour déterminer le profil épidémiologique, clinique, thérapeutique et évolutif du neuropaludisme.

Notre étude a été menée au Département de pédiatrie des Cliniques universitaires de Kinshasa dans le service des soins intensifs. Les CUK sont un hôpital universitaire de la capitale de la République démocratique du Congo. Cet hôpital occupe le sommet de la pyramide des soins (hôpital de niveau tertiaire) et est situé dans la commune de Lemba.

Nous avons enregistré au cours de notre étude 56 cas de neuro paludisme.



Notre étude a porté sur tous les enfants hospitalisés au département de pédiatrie, nous avons enregistré 223 cas d’admission entre 2011 à 2013

Nous avons retenu tous les cas de neuropaludisme transférés ou survenus aux CUK et dont le diagnostic et la prise en charge se sont déroulés au sein de l’hôpital.



Au cours de la période de l’étude, nous avons enregistré 223 enfants qui étaient hospitalisés aux soins intensifs de Pédiatrie de CUK entre 2011 à 2013 dont 56 patients soit 25% étaient éligibles pour le neuropaludisme selon nos critères.

Le moyen d’âge des enfants dans notre étude était de 4,71 ± 2,85 ans, ce qui rejoint l’étude de KEITA (34) qui avait trouvé un âge moyen aussi de 4,71 ans, en plus la tranche d’âge le plus touchée dans notre série est entre 1 et 5 ans soit (71,4%) ces résultats sont proches de celui de BOUBACCAR-OUATTARA au Mali (38) qui a trouvé plusieurs cas de neuropaludisme chez les enfants de 0 à 5 ans avec 77,84% de cas ; par contre DEMBELE (32) à trouvé 45% des cas entre 2 et 5 ans , NIAMBELE () et KEITA (34) rapportent respectivement 57,75% entre 6 mois et 4 ans et 53,9% entre 0 et 4 ans.



Cette prédominance tient du fait de la fragilité et de l’immaturité du système immunitaire de l’enfant face au neuropaludisme.

Une prédominance féminine a été observée dans notre série avec 30 filles (53,6%) contre 26 garçons (46,4%) et un sexe ratio de 1,15. Cette moyenne diffère de celle trouvée par BOUBACCAR-OUATARA au Mali (38) qui a noté une prédominance masculine (56,65%) contre (43,35%) pour le sexe féminine avec sexe ratio de 1,31 en faveur du sexe masculin.



Cette situation peut s’expliquer au fait qu’en RDC le taux de natalité des filles sont élevé par rapport à celui des garçons. C’est ce qui fait que les filles soient nombreuses par rapport aux garçons (33). Cette influence s’est aussi manifeste dans notre échantillon.

Dans notre étude la quasi-totalité des enfants ont été référés, ce qui rejoint l’étude d’HAMIDOU (30) qui a noté 57,2% d’enfants référés.



Dans cette étude, les communes de Mont-Ngafula et de Lemba étaient les plus représentées avec respectivement 32% et 23,3%. Ceci serait du à l’accessibilité géographique facile et du fait que le CUK est le seul grand hôpital de la zone de santé de Lemba et de Mont-Ngafula.

Au cours de notre étude, nous avons trouvé que les symptômes ont été nombreux, les plus frappants étaient la convulsion (96,4%), l’asthénie physique (85,7%), la fièvre (82%) et la dyspnée (60,7%).



Ces résultats sont proches de ceux trouvés par J.P. DIARRA (29) au cours du neuropaludisme falciparum, les hématies parasitées par le plasmodium falciparum subissent l’hémolyse aiguë à l’origine de l’anémie entrainant l’hypoxémie. Celle-ci occasionne l’hypoxie tissulaire à la base de l’asthénie physique et l’hyperventilation expliquant la dyspnée de type polypnéique.

L’asthénie et la dyspnée peuvent aussi être dues à l’hypoglycémie causées par les parasites et le traitement à la quinine. L’hémolyse massive entraine la libération des toxines dans la circulation sanguine. Ces toxines stimulent la libération des macrophages et lymphocytes tels que les cytokines pro inflammatoires (IL-1, 6, TNF) qui activent le phénomène vasculaire de l’inflammation tel que la vasodilatation. Celle-ci a deux effets, d’une part l’augmentation du flux sanguin provoquant le frottement des cellules à l’origine d’une élévation de la température qui détermine la fièvre, d’autre part l’augmentation de la perméabilité des capillaires profonds du cerveau favorisant une extravasation qui entraine l’œdème cérébral responsable de convulsion puis vomissements rosettes encombrent la lumière capillaire et entrainent l’hypoxie (2).

Notre étude à montré que tous les enfants ont présentés des convulsions répétées, et troubles de conscience (100%) ; l’hepatosplénomégalie a été présenté (94%) et la fièvre (82%).



Ces résultats correspondent de ceux de l’étude de BOUBACCAR. OUATTARA(38) qui a montré 97,29% des cas d’hepatosplénomégalie et 100% de coma, la rate est le cimetière où sont séquestrées les hématies détruites. D’où, l’hypertrophies par l’hyper hémolyse présente dans le neuropaludisme. L’hémolyse aiguë au cours du neuropaludisme est responsable de la pâleur cutanéo-muqueuse. La séquestration des globules rouges parasités par des Schizontes dans les capillaires Viscéraux profonds du cerveau entraine l’anoxie cérébrale responsable du coma. Celui-ci peut aussi avoir comme origine l’hypoglycémie entrainée par le plasmodium faciparum.

Aux cours de cette étude 54% de cas étaient en coma stade II et 35% de cas en coma stade I. DEMBELE (32) et KEITA (34) ont respectivement trouvé 42, 1% et 56,6% dans leurs études.

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