Bonsoir, nous sommes le 11/12/2017 et il est 19 h 14.

Situation géographique

La province du Sud-Kivu a une superficie de 69.130 Km2 et sa population s‛élevait à 3.028.000 habitants en 1997, elle est estimée actuellement à 3.500.000 habitants, soit une densité moyenne de 50,6 habitants par Km2. Le Sud-Kivu est situé à l‛Est de la République Démocratique du Congo, approximativement entre 1°36‛ de latitude sud et 5° de latitude sud d‛une part et 26°47‛ de longitude Est et 29°20‛ de longitude Est d‛autre part. La province est limitée à l‛Est par la République du Rwanda dont elle est séparée par la rivière Ruzizi et le lac Kivu, le Burundi, la Tanzanie, séparés du Sud-Kivu par le lac Tanganyika.

Relief

La frontière orientale du Sud-Kivu correspond au Rift Valley Occidental, dans ce fossé d‛effondrement logent les lacs Kivu et Tanganyika. Quant aux terrains qu‛on y trouve, ils peuvent être groupés en deux ensembles principaux : les terrains du socle et les terrains volcaniques, auxquels il faut ajouter un troisième ensemble : les terrains de couverture que l‛on trouve au fond des lacs Kivu, Tanganyika, ainsi que dans la plaine de la Ruzizi.

Le socle réunit tous les terrains antérieurs au carbonifère moyen et couvre pratiquement tout l‛Ouest et le Centre de la province, plus de 70 % de l‛étendue de la province. Ces terrains anciens sont riches en minerais : de cassitérite, l‛or, le colombo-tantalite, le wolframite etc. minerais exploités depuis la période coloniale jusqu‛à nos jours. Les environs de la ville de Bukavu sont des régions volcaniques où l‛on rencontre des roches basaltiques, voire des laves anciennes vers INERA MULUNGU. D‛ailleurs le Mont Kahuzi est un volcan éteint.

Quant au relief, il est très varié. L‛Est très montagneux s‛oppose au Centre et à l‛Ouest de la province où l‛on rencontre respectivement des hauts plateaux et 11 des bas plateaux. Cette diversité physique est l‛origine de l‛appellation du Kivu montagneux à l‛Est et qui diffère des contrées occidentales moins élevées. Le haut relief de l‛Est est sans doute la prolongation de la chaîne de Mitumba excédant parfois 3.000 mètres d‛altitude. Toutefois, un bas relief s‛observe dans la plaine de la Ruzizi depuis Uvira jusqu‛à Kamanyola.

Climat et végétation

Les facteurs principaux qui déterminent les climats du Sud-Kivu sont la latitude et l‛altitude. Le Kivu montagneux, c’est-à-dire l‛Est de la province jouit d‛un climat de montagne aux températures douces où la saison sèche dure 3 à 4 mois de juin à septembre. A titre d‛exemple Bukavu et Goma connaissent une température moyenne annuelle de 19°C, quant aux hauts plateaux de Minembwe, Mulenge, Kalonge et les montagnes de Kahuzi-Biega sont encore plus frais. Dans ces contrées poussent une végétation montagnarde étagée et à prédominance herbeuse.

Par contre, le centre et surtout l‛Ouest du Sud-Kivu, en particulier les territoires de Shabunda et celui de Mwenga connaissent un climat équatorial, domaine de la forêt dense équatoriale, car il y pleut abondamment et presque toute l‛année.

Cependant la plaine de la Ruzizi connaît un micro-climat, un climat tropical à tendance sèche et où les pluies sont quelque peu faibles ( ± 1.000 mm /an), la végétation étant une savane herbeuse à épines parsemée des cactus cierges. C‛est ainsi que la riche flore du Sud-Kivu héberge l‛un de meilleurs parcs du monde, celui de Kahuzi-Biega où l‛on rencontre les gorilles de montagne et une luxuriante forêt des bambous.

Hydrographie

Elle est abondante. On y rencontre deux lacs de montagne ; le lac Kivu (1.470 m). Il est le plus profond de l‛Afrique et le 2è du monde après le lac Baïkal (1.741 m) et le lac Tanganyika (773 m) et qui sont reliés par la rivière Ruzizi. Le lac Tanganyika est très poissonneux. Quant au lac Kivu, il est très peu poissonneux suite à la présence des gaz carbonique et méthane.

Les cours d‛eau du Sud-Kivu appartiennent au bassin hydrographique du fleuve Congo. La plupart de ces cours d‛eau prennent leur source dans les montagnes de l‛Est et coulent pour la plupart vers l‛Ouest où ils débouchent dans le fleuve Lualaba, d‛autres se jettent dans les lacs.

Pluviométrie

Les territoires de Kabare, Walungu, Kalehe, Idjwi et la ville de Bukavu connaissent deux saisons :la saison sèche qui dure 3 mois de Juin à Septembre et la saison de pluie qui dure 9 mois. La saison sèche connaît une température élevée et une rareté de pluies durant toute cette période. C‛est à ce moment qu‛on cultive les endroits marécageux. La saison de pluie connaît une forte précipitation mais ce dernier temps avec l‛abattage désordonné des arbres, la destruction de l‛environnement et la surpopulation fait que la pluie devient de plus en plus rare.

Dans les territoires forestiers comme Fizi, Mwenga et Shabunda situés à l‛entrée de la forêt équatoriale, il pleut abondamment toute l‛année. Quant au territoire d‛Uvira à part les hauts plateaux, la pluie commence à s‛y faire aussi rare et la température augmente de plus en plus à cause de la concentration de la population entraînant la destruction de l‛environnement.

Sols

A Kabare, Idjwi et Walungu, le sol est argileux et de plus en plus pauvre à cause des érosions et de la surpopulation. C‛est ainsi qu‛il y a beaucoup de conflits de terre dans ce territoire et l‛élevage diminue sensiblement par manque de pâturages

A Idjwi le sol est encore riche pour l‛agriculture mais le problème de surpopulation rend de plus en plus les espaces cultivables rares, le sol y est aussi argileux. A Kalehe, il y a aussi un sol argileux et riche à cause surtout de sa proximité avec la forêt. On y rencontre quelques gisements d‛or.

Les territoires de Shabunda, Mwenga et Fizi ont un sol sablonneux très riche pour l‛agriculture et contenant d‛importantes richesses minières (or, cassitérite, Coltan…) Le territoire d‛Uvira a aussi un sol sablonneux favorable à la culture du Riz et du Coton. Ses hauts plateaux avec son climat très doux sont plutôt favorables à l‛élevage.

SITUATION ADMINISTRATIVE ET POLITIQUE

La ville de Bukavu, située au Sud du lac Kivu est le chef-lieu de la Province du Sud-Kivu. A part sa fonction politico-administrative, Bukavu est également une ville commerciale, industrielle, touristique, religieuse et intellectuelle la plus importante de la Province. Sa population qui envoisine un million d‛habitants, connaît un fort exode rural accentué surtout par les troubles politiques dues aux rébellions dans le pays depuis 1996. Le Sud-Kivu est l‛une des trois provinces issues de l‛ancien Kivu et n‛a donc pas des districts comme le Nord-Kivu et le Maniema. La province est divisée en 8 territoires ruraux ainsi que 3 communes. Chaque territoire est divisé en collectivités et chaque collectivité en groupements. Ce dernier est enfin divisé en localités ou villages.

Communes et Territoires
A. BAGIRA
B. IBANDA
C. KADUTU
1. FIZI
2. IDJWI
3. KABARE
4. KALEHE
5. MWENGA
6. SHABUNDA
7. UVIRA
8. WALUNGU

Il est à noter que le Territoire de Shabunda à lui seul occupe 36 % de la superficie de la Province du Sud-Kivu, à peu près l‛équivalent du Rwanda (26.338 Km2).

Organisation administrative

A l‛instar des autres provinces du pays, le Gouverneur de Province est assisté de deux Vice- Gouverneur dont l‛un est chargé de l‛Administration et de la Politique, et l‛autre chargé de l‛Economie, Finances et Développement. La Mairie de Bukavu, la seule ville de la Province est gérée par un Maire assisté de deux Vice- Maires.

A la tête de chaque territoire, il y a un Administrateur du Territoire et deux Administrateurs du Territoire Assistants. Compte tenu de l‛immensité des territoires le gouvernement central a créé des postes d‛encadrement administratif dirigés par des administrateurs de territoires assistants résidents ou par les chefs de postes d‛encadrement administratif. C‛est dans le but de rapprocher les gouvernants des gouvernés.

A la tête de chaque groupement, il y a un chef de groupement souvent issu de la famille royale directement ou indirectement. Chaque groupement est formé de plusieurs villages avec à sa tête un chef du village nommé et révoqué par le chef de groupement après avis du chef de collectivité. Sous la 2è République les villages ont été organisés en d‛autres sous groupements appelés Nyumba kumi (10 maisons). Le but de cette organisation était d‛imprégner toute la population de l‛idéologie du MPR et du Mobutisme . Au Sud-Kivu toutes les collectivités sont des collectivités-chefferies. Les autorités coutumières sont donc très respectées considérées comme garant du pouvoir et de la coutume. Elles sont souvent plus écoutées que l‛autorité politico- administrative.

Environnement politique

La Province du Sud- Kivu connaît un environnement politique instable depuis l‛arrivée des réfugiés Rwandais en 1994 et la prise du pouvoir au Rwanda par le FPR. Les événements du Burundi voisin ne manquent pas d‛affecter l‛environnement politique, social et même économique depuis l‛assassinat du Président NDADAYE. Vient ensuite, la guerre de l‛AFDL en 1996 suivie de celle du RCD en 1998 et enfin les récents événements de Mai-Juin 2004 à Bukavu.

La gestion politique de la Province devient difficile. Chaque autorité gère son coin au bénéfice de son appartenance politique ou ethnique selon le cas. Toutes les guerres dites de libération partent donc du Sud-Kivu. Ainsi certains compatriotes dits « Maï-Maï » ont pris également les armes pour défendre l‛intégrité territoriale. Malheureusement quelques-uns, sans discipline, sèment de la désolation partout où ils passent.

Les « Intérahamwe » qui règnent en maître dans certains contrées ne sont pas inquiétés et font ce qu‛ils veulent. C‛est ainsi que la population du Sud-Kivu ne se retrouve plus dans ses dirigeants. Dans les Territoires de Walungu et Kabare non loin de la Ville de Bukavu trois groupes d‛Interahamwe sont bien identifiés sans être mis hors d‛état de nuire. Il s‛agit de : Les ALIR (Alliance de Libération pour le Rwanda). Très violents et agressifs, ils restent dans la forêt de Mugaba (forêt qui va jusqu‛à Shabunda). Ils sortent la nuit seulement pour piller, violer et tuer.

o Les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda). Eparpillés dans la forêt comme les ALIR, ils ont leur siège à Nindja en majorité des Ex- FAR, ils se considèrent comme l‛armée régulière du Rwanda. Moins violents, ils causent moins de tracas à la population et se contentent des rations hebdomadaires collectées par les chefs des villages.
o Les RASTA : c‛est un groupe qui s‛est retranché des autres. Ce sont des voleurs à mains armées qui barricadent les routes pour piller les véhicules ainsi que les passants. Aussi violents que les ALIR, ils s‛associent souvent aux jeunes voyous des quartiers pour leur indiquer les cibles. Ils tuent et violent femmes, filles et enfants. Avant la réunification du pays, ils s‛associaient parfois aux Maï-Maï.
La population de Nindja vit avec eux sans problème. A noter que les ALIR et les RASTA viennent parfois prendre des femmes et filles pour les amener dans la forêt.

Situé dans le lac Kivu entre BUKAVU et GOMA et l‛Ouest du Rwanda, le Territoire d‛IDJWI est resté épargné par la guerre, mais en a subi les effets. Elle était devenue comme un prolongement du Rwanda via la Préfecture de CYIBUYE. Toutes les attaques sur KALEHE passaient par là jusqu‛au limogeage au mois de Mai 2004 de son Administrateur par les autorités politico-militaires de la Province.

CARACTERISTIQUES SOCIO- CULTURELLES

Subdivisions administratives
COMMUNE DE BAGIRA
COMMUNE D‛IBANDA
COMMUNE KADUTU
COMMUNE KASHA
TOTAL VILLE DE BUKAVU
1. TERRITOIRE DE FIZI
2. TERRITOIRE D‛IDJWI
3. TERRITOIRE DE KABARE
4. TERRITOIRE DE KALEHE
5. TERRITOIRE DE MWENGA
6. TERRITOIRE SHABUNDA
7. TERRITOIRE D‛UVIRA
8. TERRITOIRE DE WALUNGU
9. TERRITOIRE BUNYAKIRI

D‛une manière générale la société se structure autour de la tribu. Chaque tribu est liée à sa terre. Le peuple se retrouve donc autour de son chef traditionnel qui est le garant de l‛unité et de la coutume. Vient ensuite la famille dont l‛institution la plus viable est la famille étendue. Elle joue un rôle économique en tant qu‛unité de production et de consommation, mais aussi un rôle social car c‛est en son sein que s‛expriment les rapports sociaux et l‛éducation des enfants.

La base de son organisation sociale est la force de la loi de la fraternité clanique. Ainsi au-delà de la famille étendue il y a le clan comprenant les familles ayant un ancêtre commun. L‛unité du clan n‛est pas seulement une unité économique et résidentielle comme la famille mais une forte solidarité entre les membres. Au niveau de la Ville de Bukavu et d‛Uvira la situation n‛est plus la même, les gens gardent l‛idée de leur tribu d‛origine mais ont tendance à vivre dans l‛isolement au sein de leurs familles respectives. Cependant, l‛on observe encore une certaine solidarité dans les quartiers populaires comme Kadutu à Bukavu.

Principaux Groupes Ethniques

La province du Sud-Kivu est un brassage éthno-culturel très important sur une vague d‛une forte tendance à l‛union mais entravée par les crises qui ont secoués notre province et les pays voisins pendant ces 10 ans de guerres. Parmi ces ethnies nous pouvons vous citer :

- Les BASHI : en territoire de Walungu, Kabare, Kalehe, Mwenga
- Les BAREGA : Mwenga, Shabunda, Fizi
- Les BAHAVU : Kalehe, Idjwi,
- Les BAVIRA : Uvira,
- Les BAFULERO : Uvira
- Les BARUNDI : Uvira
- Les BABEMBE : Fizi
- Les BANYINDU : Walungu, Mwenga
- Les BATWA : Kalehe, Idjwi, Kabare

Les Minorités ethniques

Le terme « Minorité ethnique » est souvent utilisé en référence au nombre de membres d‛une communauté ethnique ou tribale. Nous avons déjà cité les principaux groupes ethniques. Ici on trouve quelques groupuscules qui peuvent occuper quelques villages mais souvent elles se rattachent à l‛ethnie majoritaire.

Ainsi on a dans le territoire de Fizi les Babuyu, les Babwari, les Bazobu dans le territoire d‛Uvira. Il y a aussi les peuples autochtones vivant dans la forêt (les Batwa ou Pygmées). On les rencontre à Idjwi, Kabare, Kalehe, Mwenga. Enfin il y a les Banyamulenge un peuple tutsi venu du Rwanda qui se classe dans cette catégorie. Ce nom n‛existait pas dans la littérature congolaise avant 1960.

En fait dans les hauts plateaux d‛Uvira et à Fizi, habite un groupe des pasteurs tutsi venus en petit nombre entre le 17è et le 18è siècle. Avec l‛arrivée massive de leurs confrères venus du Rwanda en 1959 lors du conflit hutu-tutsi , ils sont venus grossir le nombre et avec le temps ils ont acheté des terres aux chefs locaux trouvés sur place jusqu‛à se constituer en groupe de lobbying. Leur nombre exact n‛est pas connu car au début de la guerre de l‛AFDL, Laurent Désiré Kabila déclarait qu‛il avait 30.000 Banyamulenge. Mais dernièrement une des autorités du pays a déclaré qu‛il y avait 45.000 réfugiés banyamulenge au Burundi et 30.000 au Rwanda.

D‛où est-elle venue l‛appellation Banyamulenge ? Jusqu‛à l‛indépendance de notre pays l‛ethnie Banyamulenge n‛existait pas au Congo. En 1970, un Député Tutsi du nom de GISARO a parlé pour la première fois du peuple Munyamulenge, Mulenge étant une localité des Bafulero dans le Territoire d‛Uvira. Petit à petit, ce peuple fut connu sous cette dénomination. La récupération politicienne qui voudrait faire de lui un peuple minoritaire alorsqu‛il n en est pas. En réalité, ce sont les PYGMEES que nous pouvons considérer comme groupe minoritaire dans la Province du Sud- Kivu.

Régime foncier chez les Bashi

Au Bushi, la terre appartient en principe au Mwami et son clan, ceux-ci accèdent aux terres par héritage. Les autres personnes acquièrent le droit d‛exploitation et de jouissance des terres grâce à 3 principaux types de contrats : le Bwasa, le Kalinzi et le Bugule. Le Bwasa est un contrat de location à courte durée et renouvelable chaque année moyennant un paiement ne dépassant pas une chèvre. Ce type de contrat ne favorise pas le développement agricole, car le locataire qui sait qu‛il peut perdre son droit d‛exploitation à n‛importe quel moment ne se soucie pas de faire des travaux qui impliquent des investissements coûteux rentables à long terme comme la mise en place des dispositifs anti-érosifs et des amendements des sols par des engrais.

Le Kalinzi est un contrat de location à longue durée négocié moyennant paiement d‛une ou plusieurs vaches. Toutefois le kalinzi n‛est pas un achat, car celui qui donne le kalinzi se fait entrer dans une relation d‛assujettissement envers le récipiendaire. Dans la hiérarchie sociale, celui qui donne la vache de kalinzi devient sujet de la personne qui la reçoit. Il lui doit reconnaissance, soumission et contributions minimums en cas de mariage, deuil, construction et tout autre événement intervenant dans sa famille. Si le bénéficiaire d‛un contrat de kalinzi se montre ingrat et insoumis envers son chef hiérarchique, ce dernier peut lui ravir son champ. Mais ce sont des cas qui arrivent rarement. D‛habitude, le kalinzi est héréditaire avec toutes ses implications.

Le Bugule est un contrat moderne. C‛est une vente pure et simple. Celui qui vend sa terre renonce définitivement à tout droit sur celle-ci. Il délivre un document écrit stipulant sans ambages qu‛il lui qu‛il vendu une terre et il n‛y a pas de relations sujet-chef entre les deux. Ce genre de contrat est plus libérateur que les deux précédents. Les contrats kalinzi et surtout bugule sont propices au développement agricole, car leurs bénéficiaires peuvent consentir des investissements coûteux rentables à long terme. Ils peuvent même y cultiver des bananiers et autres plantes pérennes, spéculations auxquelles les bénéficiaires des bwasa ne peuvent se livrer.

Cultures vivrières

Manioc
D‛une manière générale la culture du manioc est pratiquée sur toute l‛étendue de la province, mais son rendement est faible dans les hautes altitudes notamment au Bushi-Bukavu. Ce faible rendement est dû à l‛appauvrissement progressif du sol, à la dégénérescence du matériel végétal utilisé, aux mauvaises pratiques culturales (faible écartement), à la récolte prématurée ainsi qu‛à l‛attaque par certaines maladies cryptogamiques. La production pour la campagne 2002 a chuté à cause de la diminution du nombre des ménages agricoles.

Pomme de terre
Cette culture mieux indiquée pour les milieux de hautes altitudes devrait pratiquement remplacer le manioc cultivé par erreur sur les montagnes, malheureusement elle n‛entre pas dans les habitudes alimentaires de la population du Sud-Kivu montagneux. Sur le plan économique aussi, elle rapporterait plus de revenus à la population car ayant d‛abord un cycle végétatif plus court que celui du manioc et peut être cultivé deux fois par campagne alors que la récolte du manioc n‛intervient qu‛après 12 à 18 mois en altitude. Dans l‛ensemble le rendement moyen à l‛hectare durant les trois campagnes s‛est plus ou moins stabilisé.

Patate douce
La patate douce est également cultivée partout dans la province. Elle est considérée en général comme culture de soudure. La patate douce est surtout consommée avec le haricot principalement dans les territoires de Kabare et Walungu. Comme pour toutes les autres cultures vivrières, la rareté de terre cultivable est un handicap majeur pour son extension. La chute de la production pour la campagne 2002 est due à la réduction de nombre de ménages agricoles ainsi qu‛à celle des superficies emblavées.

Banane
Le bananier est cultivé sur toute l‛étendue du Sud-Kivu mais il se trouve attaqué par les cosmopolites sordidus. La variété la plus cultivée est la banane à bière qui constitue la matière première pour la préparation de la boisson locale 60 consommée surtout au Bushi-Buhavu. Elle peut couvrir 70 % de la superficie cultivable. Dans les territoires de Mwenga et Shabunda c‛est la banane plantain et de table qui dominent. Des gros efforts doivent être menées au Bushi-Buhavu pour amener le paysan à faire suffisamment d‛éclaircies dans sa bananeraie en faveur des autres cultures intercalaires comme le haricot, le sorgho, etc. mais cela n‛est pas entendu de bonne oreille car le paysan accorde trop d‛importance à la boisson locale Kasikisi qui est appréciée au même titre qu‛un aliment. Pendant la période de disette, la banane à bière entre dans la fabrication de la pâte en mélange avec la farine de manioc.

Colocase
Cette culture est pratiquée surtout en Territoires de Walungu, Uvira et Kalehe. Elle joue le même rôle que la patate douce en haute altitude. La production est généralement utilisée pour l‛autoconsommation. Les statistiques de production de deux campagnes 1001 et 2002 se sont presque équilibrées.

Igname
L‛igname est surtout cultivée dans les territoires de Kalehe et Kalonge, ainsi que dans Kabare, Walungu et Idjwi en petite quantité. Les statistiques en notre possession montrent que la campagne agricole 2002 a été très favorable et ce compte tenu de l‛augmentation des superficies emblavées.

Arachide
Elle est cultivée dans tous les territoires de la Province du Sud-Kivu. Dans la pratique on la rencontre souvent associée au maïs et au manioc. La vente d‛arachides ne pose pas de problème étant donné qu‛elle est très appréciée dans l‛alimentation. Il manque de statistiques fiables sur la production pour les dernières années.

Haricot
Après le manioc, le haricot et la culture vivrière la plus pratiquée dans la Province et entre dans le régime alimentaire de toute la population indistinctement. Ses feuilles sont aussi consommées comme légumes au stade très tendres. Avec la rareté progressive des terres arables dans les zones montagneuses, les variétés volubiles sont mieux indiquées.

Petit pois
Le petit pois est cultivé en petite quantité dans les territoires de haute altitude et un peu moins dans la ville de Bukavu. Son extension nécessite une forte propagande mais le problème de semence se pose car le petit pois est surtout récolté à l‛état vert et atteint très rarement la maturité complète. La chute de 61 la production pour la campagne 2002 est due à la forte diminution du nombre de ménages agricoles.

Soja
De plus en plus la population des territoires où sont signalées les conséquences de la malnutrition (Bwaki) a compris le rôle important que joue le soja dans la lutte contre le kwashiorkor en l‛incorporant dans le régime alimentaire comme remplaçant valable des protéines d‛origine animale. Etant donné que le paysan ne constitue pas le stock, le problème de manque de semence se pose à chaque début de saison.

Maïs
La culture du maïs est pratiquée partout dans la Province du Sud-Kivu car les conditions écologiques sont partout favorables et la population commence à comprendre la valeur nutritive de la pâte à base de la farine de maïs. La production reste faible à cause des semences dégénérées utilisées par la majorité de la population. La campagne agricole 2002 a été défavorable pour cette culture avec la diminution du nombre de ménages agricoles et de la superficie emblavée. Signalons également que le maïs est le produit de base pour la fabrication des boissons appelées Musululu et Kanyanga, sources de revenus pour beaucoup de familles pauvres.

Paddy
La culture du Paddy est une particularité du Territoire de Shabunda qui produit plus de la moitié de la production de la Province. Une autre partie de la production provient des Territoires de Mwenga, Fizi, Kalehe, Walungu et d‛Uvira dans la plaine de la Ruzizi où se pratique la culture du Riz irrigué. Il est déplorable de constater que toutes les usines de traitement de paddy qui existaient à l‛intérieur de la province ont été fermées ou détruites. Notons également que le mauvais état des routes rend difficile la commercialisation de la production. L‛absence du Territoire de Shabunda dans le secteur paddy pour la campagne 2002 justifie la diminution alarmante de tous les paramètres càd (MA, HAS, PT) dans le tableau des caractéristiques agricoles en annexe de cette Monographie.

Sorgho
Le sorgho est cultivé essentiellement pour la fermentation de la boisson locale Kasiksi très appréciée par les Bashi-Bahavu et les Bafulero. En plus sa farine donne une pâte très appréciée par ces mêmes tribus ainsi que la bouillie pour les nourrissons. Les rendements par ha sont restés presque le même pour les trois dernières campagnes.

Cultures maraîchères

Thé
Les usines de Thé ne fonctionnent plus sur toute l‛étendue de la province. Le secteur moderne et traditionnel sont paralysés. Les plantations sont devenues des pâturages, des réserves pour le bois de chauffe et de refuges pour les différents groupes armés.

Tabac
Bien que le Tabac soit une culture de rente, il n‛est pas pratiqué en secteur moderne. Toute la production passe en fraude au Rwanda. La diminution de la production sert à la base de la hausse de prix au producteur.

Palmier à huile
Dans le secteur traditionnel, cette culture est répandue surtout dans le territoire de Shabunda et en partie dans les territoires de Fizi, Mwenga et Kalehe (Bunyakiri). Les usines qui favorisaient le traitement des fruits n‛existent plus. Les paysans utilisent les prennes manuelles pour l‛extraction de l‛huile. Compte tenu de l‛importance économique de ce produit, les paysans ont toujours besoin de rajenir leurs vieux champs, mais ils leur manque des variétés hâtives et plus productives.

Canne à sucre
Dans le secteur traditionnel, la canne à sucre permet au paysan producteur de faire face à ses besoins élémentaires. L‛usine de Kiliba n‛est plus en activité, ses champs sont transformés en cultures vivrières par la population. Il n‛y a que dans le territoire d‛Uvira où la canne à sucre était cultivée sur une grande échelle par le paysan car la Sucrerie de Kiliba est sur place pour absorber la production.

Quinquina
Secteur traditionnel
Cette culture a été pratiquée dans la Province du Sud-Kivu en haute altitude où elle avait gagné du terrain pendant un certain nombre d‛années quand ses écorces étaient très recherchées sur le marché mondial. Actuellement à cause de la mévente de ce produit et à l‛apparition de la maladie du phytophtora qui a décimé beaucoup de champs et de plantations, cette culture a cédé du terrain pour les cultures vivrières.

Secteur moderne
La Société PHARMAKINA reste la seule entreprise agro-industrielle qui exploite et transforme elle-même cette spéculation. Cette société a aussi abandonné plusieurs de ses champs où il y a eu apparition du phytophtora. PHARMAKINA mène des recherches pour trouver le matériel végétal résistant à cette maladie.

Elevage

Elevage extensif individuel : l‛éleveur dispose d‛un, de deux ou trois bovins qu‛il fait nourrir aux alentours de son habitation, parfois la bête vit dans la même maison que l‛éleveur.
Elevage extensif collectif : l‛éleveur dispose d‛un troupeau souvent composé de plus de huit têtes. Les éleveurs s‛organisent pour mettre ensemble leurs animaux et les confier à un bouvier.
Elevage semi-intensif : il est souvent observé dans le territoire de Kalehe, Kabare et Walungu où les éleveurs disposent de certaines infrastructures.

Les vols du bétail, remarqués depuis 1995, ont atteint le paroxysme entre les années 2000 et 2002. Etaient victimes les éleveurs des territoires de Kalehe, Kabare, Walungu, Mwenga (Luhwindja). Ce phénomène a entraîné le découragement total et l‛abandon de cette activité par les paysans. Par contre, dans les hauts plateaux du Territoire de Fizi, il y a une évolution très encourageante du cheptel bovin. Cette augmentation est due principalement aux difficultés de commercialisation pendant les conflits armés vers les centres urbains pendant plus de cinq ans.

La Pêche

La pêche sur le lac Kivu
En 1956, un Agronome Belge, A COLLART, a transplanté des poissons « Ndakala » et « Lumbu » du lac Tanganyika au lac Kivu. A partir de 1974 la présence de lumbu a été enregistrée et aujourd‛hui, cette espèce constitue au moins 90 % de la faune répandue dans le lac.

Deux types de pêche se pratiquent au lac Kivu : la pêche traditionnelle par un équipement très rudimentaire (pirogue taillée dans un tronc d‛arbre, filets de dimensions réduites, lignes) et un rendement très faible. La pêche artisanale qui résulte de l‛amélioration d‛engins utilisés dans la pêche traditionnelle. L‛équipement consiste généralement en 3 pirogues attachées par de longues perches, de filets et un système d‛éclairage constitué par des lampes.

La pêche au lac Tanganyika
Le lac Tanganyika constitue la frontière naturelle entre la RDC et le Burundi. Les principales espèces de poissons sont les ndakala et les lumbu. L‛exploitation halieutique sur le lac Tanganyika est caractérisée comme sur le lac Kivu par la pêche traditionnelle et la pêche artisanale.

Exploitation forestière.

La présence des réfugiés Rwandais et Burundais depuis 1994 dans la Province du Sud-Kivu a contribué à la destruction de l‛environnement. Il en résulte la coupe désordonnée des arbres, l‛occupation anarchique des pâturages et des champs, réduisant à coup sûr l‛espace vital réservé aux populations locales dans un milieu déjà victime de la surpopulation.

L‛exploitation forestière dans la Province se fait presque exclusivement par la pratique de sciage de long qui s‛exécute de façon manuelle par une équipe restreinte de 5 à 6 personnes. L‛exploitation forestière industrielle au sens stricte est inexistante. Les essences exploitées sont les suivantes : entandrophagma, piptademia, lebrunia 5, lebrunia bushaie, mitragyne, macrolobium, fagara, ekeberghine. Et cette forêt se trouve dans les Territoires de Mwenga, Shabunda, Kalehe et Fizi.

La Province du Sud- Kivu est essentiellement montagneuse. Les menaces des érosions sont nombreuses. Dans le domaine de la lutte anti-érosive, le Projet Kabare intervient par l‛établissement de terrasses progressives et le reboisement dans certains sites à problème. 500.000 arbres ont été plantés par cette ONG entre 1995 et 2000. Toujours dans le cadre de la protection des ressources naturelles, le Projet FORESTERIE URBAINE du Ministère de l‛Environnement Ville de Bukavu, produit environ 80.000 plantules par an et procède à la plantation de ces 76 dernières à travers la Ville de Bukavu dans des sites menacés par les érosions ou les glissements de terre.

Voies navigables

Le lac Kivu relie Bukavu à Goma et le lac Tanganyika relie Uvira – Kalemie – Bujumbura - Kigoma (Tanzanie) et Mpulungu (Zambie). Ces voies facilitent l‛importation intense de marchandises par des bateaux de gros tonnage allant de 50 à 600 tonnes. Le lac Kivu facilite le trafic vers le Rwanda par botte motorisée (pour les denrées alimentaires) et vers Kalehe et Birava. Il y a plusieurs bateaux qui assurent chaque jour la liaison entre Bukavu et Goma. Il y a 2 de la SNCC, 1 bac de Office des Routes et plusieurs bateaux privés.

Transport aérien

La Province du Sud- Kivu dispose d‛un seul aéroport national de KAVUMU à 34 Km de la Ville de Bukavu et dont la dimension ne permet pas la navigation du type international. L‛aéroport n‛a ni aérogare, ni infrastructures, ni équipement de contrôle de navigation appropriés. L‛Aérodrome de Shabunda est géré par la RVA et est en bon état de praticabilité.

La piste de Kalehe servant de dégagement de l‛aéroport de Kavumu en mauvais temps est fermée depuis 1967 et la concession est occupée par les paysans pour leurs champs. Les pistes privées sont en terre battue et mal entretenues pour la plupart, elles exigent un rechargement et un reprofilage.

Mines

La Province du Sud- Kivu est assez pauvre en ressources du sous-sol. Les minerais les plus connus sont l‛or, les cassitérites, le coltan et les wolframites et dont les niveaux de production sont présentés dans le tableau ci-après.

La Province du Sud- Kivu ne possède pas de grandes unités industrielles à part la BRALIMA, la PHARMAKINA et la Sucrerie de KILIBA. Les conflits armés qui ont élu domicile sur le territoire depuis 1996 ont occasionné le pillage, la destruction et la fermeture de plusieurs unités de production industrielle.

Bukavu, chef- lieu de la Province du Sud- Kivu est la seule ville de la Province. Elle doit sa renommée à son statut de capitale de l‛ancienne Province du Kivu dont sont issues les actuelles Provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Maniema. La première occupation européenne date de 1900, lorsque les belges cherchaient à contenir la colonisation allemande du rwanda. L‛essor urbain remonte au début des années 40. Son attrait touristique, exploité autrefois, est aujourd‛hui dévié sur Goma, plus proche du parc des Virunga et mieux desservies par les voies aériennes. Capitale administrative, la ville n‛a aujourd‛hui qu‛une fonction économique restreinte.

La ville de Bukavu est reliée aux principaux centres urbains du nord, du Sud-Kivu et du Maniema. La liaison avec Goma se fait par route (207 km) et par voie lacustre. La liaison avec Kindu au Maniema se fait essentiellement par voie aérienne, la voie routière devenue impraticable. Elle est reliée à la Province du Katanga à partir du port de Kalundu sur le lac Tanganyika. La ville est également ouverte sur le Rwanda par Cyangungu et sur le Burundi par Kamvivira.

La Province du Sud- Kivu a été créée en 1988 par le découpage en trois Provinces de l‛ancienne Kivu. Cette entité est montagneuse dans sa grande partie sauf les Territoires forestiers de Mwenga et de Shabunda. Le Sud- Kivu a servi de porte d‛entrée pour les différentes guerres d‛agression dont les conséquences sont encore importantes sur la vie socio- économique de la population. Jadis très prospère, aujourd‛hui, le Sud- Kivu se compte parmi les trois Provinces les plus sinistrées du pays. L‛insécurité règne partout et surtout dans le monde rural. Les activités économiques et agricoles sont au rabais. L‛accessibilité aux services de base dont les soins de santé primaires, la scolarisation des enfants, les transports, etc. sont devenus très difficiles. Le déficit alimentaire est énorme et la Province doit dépendre de autres provinces et des pays voisins pour assurer la sécurité alimentaire de sa population. L‛industrie touristique est en panne à cause de la destruction de l‛environnement et de l‛insécurité. La plupart des industries de transformation ont été pillées, détruites et fermées.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUE

1. Commission Nationale de l‛Energie, Panorama Energétique du Sud-Kivu, vol.2 : Diagnostic énergétique dans la Ville de Bukavu, Bukavu, octobre 2003.
2. Division Provinciale de l‛EPSP, Rapport annuel année scolaire 2002/ 2003, Bukavu Janvier 2004.
3. Division Provinciale de l‛EPSP, Rapport annuel année scolaire 2003/ 2004, Bukavu Janvier 2005
4. Division du Tourisme, Etat des lieux de la Division Provinciale du Tourisme du Sud- Kivu, 2003.
5. Division Provinciale du Plan, Fiche Technique de la Province du Sud- Kivu, Bukavu, Août 2003.
6. Inspection Provinciale de la Santé, Rapport Annuel des activités 2004, Bukavu Janvier 2005.
7. PNUD / UNOPS, Monographie de la Province du Sud- Kivu, PNSAR, Kinshasa 1998.
8. UNICEF, Enquête Nationale sur la Situation des Enfants et des femmes, MICS2, Rapport d‛analyse, Kinshasa, juillet 2002.