Freddy Matungulu Mbuyamu Ilankir, patron du méga-ministère de l’Economie, des Finances et du Budget entre avril 2001 et février 2003, dans le tout premier gouvernement formé par Joseph Kabila, peu après son avènement au pouvoir en janvier 2001, vient de se rappeler à la mémoire collective congolaise à travers une « Tribune » publiée par Jeune Afrique. Ce professeur d’universités et économiste bien connu des experts des institutions de Brettons Wood, vivant dans aux Etats-Unis d’Amérique, ne se montre pas du tout tendre vis-à-vis des animateurs des institutions en place à Kinshasa.


Il dénonce, en termes virulents, l’émergence « d’une société malade de son économie et de son élite ». Cette personnalité qui avait démissionné bruyamment de son poste au moment où son aura paraissait au top, dans une équipe gouvernementale où les « vertébrés » étaient à compter sur les doigts, se veut le porte-voix des sans-voix : « J’accuse et je crie ma révolte au nom de tous les Congolais de la majorité silencieuse, de ces compatriotes méritants, indignés et déçus , qui ne comprennent plus ce qui se passe chez nous en République Démocratique du Congo et sont à la recherche légitime de nouvelles façons d’être, d’agir, et d’exister… ».





Patriote à ses heures perdues, malgré son éloignement géographique de la terre nationale, Freddy Matungulu soutient qu’il entend, par sa révolte « honorer la mémoire de toutes les victimes de la tragédie congolaise, de même que la bravoure de ses compatriotes de grande valeur, d’hier et d’aujourd’hui, qui ont excellé dans leurs domaines professionnels ou ont dit non à la compromission pour que vive la nation congolaise, de Kasumbalesa à Gbadolite, et de Boma à Aru, en passant par Kinshasa et Goma ».



Au vu des mœurs politiques peu orthodoxes et de la prostitution de la science par l’élite nationale, l’ancien ministre de l’Economie, des Finances et du Budget désespère de l’émergence d’un Congo plus beau qu’avant. Ce paradis qui avait tant fait rêver les pères de l’indépendance ne fait que s’éloigner au jour le jour, regrette, très amer, Freddy Matungulu. Et de poursuivre : « Je dénonce la destruction de notre nation par ceux qui transforment l’homme congolais en être passif, malléable et corvéable à souhait, privé du sentiment d’avoir de la valeur… Je dénonce ce débat faux et anachronique sur la révision et le référendum constitutionnels, référendum que leurs Excellences n’auraient jamais osé envisager si le principe d’un scrutin transparent et équitable était acquis ».



Revenant sur le sommet de la pyramide en RDC, l’ancien élève du FMI et de la Banque Mondiale crie son ras le bol : « Je dénonce cette élite intellectuelle et politique qui affectionne les titres d’Honorable et d’Excellence, mais qui, chaque jour, se déshonore en excellant dans toutes les vilainies, absolument toutes, pour parvenir au sommet d’une hiérarchie sociale devenue nauséabonde ou s’y maintenir à tout prix, en entretenant la détresse et la déshumanisation de notre société désemparée ».



Dans sa peau de libre penseur s’exprimant à haute voix, Matungulu a tenu à dire quatre vérités aux «dignitaires» de la République : « je dénonce ces dirigeants politiques qui, après avoir exclu le peuple du processus de désignation de ses représentants, mettent toute leur énergie à vanter une croissance économique sans pain pour l’homme de la rue, dont ils sont en réalité les seuls vrais bénéficiaires visibles ».



Comme par hasard, ses critiques interviennent dans un contexte fort particulier, celui de la prolongation ou non des mandats des Chefs d’Etat ayant épuisé leur quota en la matière, et son corollaire, celui de la révision ou non des textes constitutionnels régissant certains pays d’Afrique. Vu sous cet angle, certains analystes politiques pourraient être tentés de placer Freddy Matungulu dans la corbeille des compatriotes totalement acquis à la cause de l’alternance politique fondée sur la passation des pouvoirs entre les gouvernants actuels et les candidats à leur succession.

D’autres pourraient le soupçonner de vouloir se positionner en sauveur de la patrie. Mais sa « peinture » de la classe politique congolaise, au regard des réalités sociales et politiques de l’heure, n’est pas loin d’une réalité que certains refusent de regarder en face. A deux ans de la fin de la mandature actuelle, ses critiques pourraient aider à changer, en bien, un certain nombre de choses, surtout dans le domaine social. La misère des masses, on ne le dira jamais assez, a toujours constitué « l’opposition naturelle » aux tenants des pouvoirs.

Kimp